Quitter une ville en colère

Yohanne Lamoulère est la dernière photographe du collectif Tendance Floue à participer au projet de la « Marche des Azimuts », un périple de plus de 4000 kilomètres à travers le territoire, uniquement à pied. Son départ est marqué par un événement tragique qui a secoué sa ville : les effondrements de la rue d’Aubagne à Marseille, le 5 novembre 2018. Elle raconte avoir quitté une ville « meurtrie » et surtout « très en colère », une colère qu’elle ressentait physiquement. C’est dans cet état d’esprit qu’elle entame sa marche, un exercice d’endurance qu’elle compare à une forme d’auto-hypnose.

Pour l’accompagner, elle correspond avec un mathématicien, Yacine, qui rédige des probabilités absurdes sur les causes des effondrements, et avec une jeune femme vivant dans un bidonville qui explore la notion de refuge. En traversant un pays qu’elle perçoit comme « hyper choyé, hyper joli, hyper aimé », sa colère initiale se renforce par contraste avec l’état de sa propre ville, qu’elle sent « abîmée, salie ».

La marche comme un soin

Loin d’être une traversée des enfers, la marche se révèle être une expérience bénéfique, une véritable catharsis. Yohanne Lamoulère explique que ce périple lui a été offert comme un bâton de pèlerin, une occasion de prendre soin d’elle et de transformer sa rage. Elle confie qu’elle aurait été incapable de photographier directement les gravats de la rue d’Aubagne, trouvant la démarche trop frontale et complexe pour elle. La marche lui a offert la distance nécessaire, un « chemin de traverse » pour mieux parler de ce qu’elle ressentait.

Ce n’est qu’un an après, en cherchant où les gravats avaient été déplacés, qu’elle est allée les photographier dans les quartiers nord de Marseille. Pour elle, la marche et la photographie au Rolleiflex sont des moyens de rester ancrée dans le réel, de se concentrer sur le vivant. Chaque nuit, la quête d’un abri devient une préoccupation essentielle, faisant de la notion de « refuge » non pas un rêve, mais une réalité concrète et précieuse.

Les références de l’épisode

  • Le projet « La Marche des Azimuts »
  • Le collectif de photographes Tendance Floue
  • Bertrand Meunier, photographe
  • Les effondrements de la rue d’Aubagne à Marseille (5 novembre 2018)
  • Yacine, mathématicien
  • Appareil photo Rolleiflex

Au fil de l’épisode

  • Le contexte du projet de la « Marche des Azimuts », un périple de 4124 km à pied.
  • Le point de départ émotionnel : la colère suite aux effondrements de la rue d’Aubagne à Marseille.
  • La difficulté de quitter une ville meurtrie pour entamer ce long voyage.
  • Les correspondances qui nourrissent sa marche : un mathématicien et une jeune femme explorant la notion de refuge.
  • Le contraste ressenti entre les territoires traversés, perçus comme « choyés », et sa ville abîmée.
  • La marche vécue non comme un enfer, mais comme une catharsis et un soin.
  • La rencontre avec des migrants à la fin de son parcours, qui met en perspective sa propre expérience.
  • Les raisons pour lesquelles elle n’a pas pu photographier directement la tragédie dans le quartier de Noailles.
  • Comment elle a finalement photographié les gravats, déplacés dans les quartiers nord de Marseille.
  • L’importance de trouver un « refuge » pour la nuit dans des territoires parfois déserts.
  • L’usage du Rolleiflex comme un moyen de rester ancrée dans le réel.

FAQ

Qui est Yohanne Lamoulère ?

Yohanne Lamoulère est une photographe française, membre du collectif Tendance Floue. Dans cet épisode, elle raconte sa participation au projet de la « Marche des Azimuts », pour lequel elle a parcouru les derniers kilomètres d’un trajet total de plus de 4000 km à pied. Son travail est profondément lié à son expérience du territoire et à son vécu personnel.

Qu’est-ce que le projet Azimut ?

La « Marche des Azimuts » est un projet photographique mené par le collectif Tendance Floue. Il s’agit d’une longue marche de plus de 4000 kilomètres à travers la France, réalisée en relais par les membres du collectif. L’unique contrainte est de se déplacer à pied, sans aucun moyen de transport motorisé. Yohanne Lamoulère a été la dernière photographe à y participer, clôturant ainsi l’expérience.

Pourquoi la marche de Yohanne Lamoulère est-elle liée à Marseille ?

Le départ de sa marche a eu lieu peu de temps après les effondrements d’immeubles de la rue d’Aubagne à Marseille, le 5 novembre 2018. Cet événement a provoqué en elle une immense colère. Quitter sa ville meurtrie à ce moment précis a été très difficile, et tout son périple a été imprégné de ce traumatisme. La marche est devenue pour elle un exutoire et une manière de traiter ce qu’elle ressentait pour Marseille.

Comment la photographie a-t-elle accompagné sa marche ?

Yohanne Lamoulère explique avoir utilisé un appareil photo Rolleiflex pour rester ancrée dans le réel et se concentrer sur les êtres vivants. Elle considère que la distance physique imposée par la marche lui a permis de mieux parler de Marseille que si elle était restée sur place pour un travail de type journalistique. La photographie est ainsi devenue un moyen de prendre un « chemin de traverse » pour aborder un sujet douloureux.


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