Portrait de Sylvie Hugues, co-directrice artistique du Festival du Regard à Cergy

Rencontre avec Sylvie Hugues autour de la 5ème édition du Festival du Regard à Cergy

Maintenir le cap

La cinquième édition du Festival du Regard aurait dû se tenir au printemps, mais la crise sanitaire en a décidé autrement. Pour Sylvie Hugues et Mathilde Terraube, les deux directrices artistiques, annuler n’était pas une option. Poussées par la volonté de leur directeur Éric Vialatel et par un sentiment de responsabilité envers les photographes, elles se sont battues pour reporter et maintenir l’événement à l’automne. Cette décision a nécessité des adaptations, notamment pour investir le lieu principal, un ancien centre de tri postal de 1500 m² à Cergy, prêté par Poste Imo. Un défi logistique relevé pour soutenir un secteur en difficulté. « Face à la paupérisation de ce métier de photographe et aux difficultés qu’ils rencontrent, par solidarité on voulait absolument maintenir l’édition coûte que coûte », explique Sylvie Hugues.

Le festival s’est donc tenu, avec une programmation quasi identique à celle prévue initialement, offrant une bouffée d’air et de culture dans une année éprouvante.

Un voyage extraordinaire

Le thème de cette édition, « Voyage Extraordinaire », a été choisi bien avant la pandémie, inspiré par le lieu même du festival, cet ancien centre de tri d’où partaient des lettres vers le monde entier. Cette référence à Jules Verne a pris une dimension inattendue alors que les déplacements devenaient impossibles. « On ne pouvait plus voyager aussi librement qu’avant, donc on se serait dit finalement ça tombe bien, les visiteurs vont pouvoir voyager en images », raconte Sylvie Hugues. La programmation a été conçue pour explorer toutes les facettes du voyage, loin des clichés. Des voyages historiques avec les œuvres cultes de Bernard Plossu et Max Pam, aux voyages sentimentaux de Flore, en passant par les dystopies de Cédric Delceau ou les mythes américains revisités par Rémy Noël. Chaque photographe a été choisi pour la singularité de son regard, qu’il s’agisse de la Sibérie colorée d’Edgenia Arbugaéva, des carnets de Grégor Beltig ou du périple littéraire de Philippe Seclier sur les traces de Pasolini.

L’objectif était de présenter des voyages subjectifs et autobiographiques, faisant appel à l’imaginaire du spectateur.

Coups de cœur et regards de femmes

Interrogée sur ses expositions favorites, Sylvie Hugues peine à choisir mais confie une tendresse particulière pour celle de Sabine Weiss. À 96 ans, la photographe a ouvert ses archives pour présenter une série inédite sur la Laponie, réalisée en 1957 dans des conditions extrêmes. Un autre coup de cœur est une exposition collective proposant un tour du monde en vingt photographies du XIXe siècle, avec des tirages d’époque de pionniers comme Félice Beato ou Félix Bonfils. Elle cite également le travail de Richard Moss sur le Congo, emblématique de l’évolution de la photographie contemporaine. Si la parité n’est pas atteinte cette année, avec neuf femmes pour seize hommes, Sylvie Hugues souligne que la question est centrale pour la direction artistique. Elle met en avant des figures majeures comme Anita Conti, première femme océanographe, Evangelia Craniotti et son film sur la vie des marins, ou encore Françoise Nonaise, qui a consacré son travail aux femmes rencontrées en voyage.

« Ces femmes-là, elles valent deux hommes, j’ai envie de dire », plaisante-t-elle, soulignant la force de leur présence dans la programmation.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Sylvie Hugues, Mathilde Terraube, Éric Vialatel, Bernard Plossu, Max Pam, Flore, Cédric Delceau, Rémy Noël, Edgenia Arbugaéva, Rodan Guiyou, Grégor Beltig, Graciela Etourbide, Manuel Alvarez Bravo, Philippe Seclier, Pier Paolo Pasolini, Sabine Weiss, Olivier De Georges, Adnan Silver, Félice Beato, Georges Sommer, Félix Bonfils, Richard Moss, Viviane Maïor, Anita Conti, Evangelia Craniotti, Françoise Nonaise, Jules Verne.
  • Lieux : Festival du Regard, Cergy-Pontoise, Poste Imo, Sibérie, Hawaï, Arménie, Géorgie, Inde, Mexique, Italie, Laponie, Congo (région du Nord Kivu).
  • Œuvres : « Voyage mexicain » (livre de Bernard Plossu), « Goïniste » (livre de Max Pam), « La longue route de sable » (texte de Pier Paolo Pasolini), « Exotica, Érotica » (film d’Evangelia Craniotti).
  • Institutions : Poste Imo, EDF.

Au fil de l’épisode

  • La décision de reporter la 5e édition du Festival du Regard du printemps à l’automne 2020.
  • Les adaptations logistiques pour organiser l’événement dans un ancien centre de tri postal.
  • La volonté de maintenir le festival par solidarité avec les photographes.
  • Le choix du thème « Voyage Extraordinaire », inspiré par le lieu et sa résonance avec la pandémie.
  • L’approche curatoriale visant à montrer des visions singulières et subjectives du voyage.
  • Les voyages historiques de Bernard Plossu et Max Pam.
  • Les voyages sentimentaux et sensoriels de la photographe Flore.
  • Les univers fantastiques de Cédric Delceau et les mises en scène de Rémy Noël.
  • Les regards uniques sur des pays lointains : la Sibérie par Edgenia Arbugaéva, Hawaï par Rodan Guiyou.
  • Les carnets de voyage de Grégor Beltig et le regard surréaliste de Graciela Etourbide sur l’Inde.
  • Le voyage littéraire de Philippe Seclier sur les traces de Pier Paolo Pasolini en Italie.
  • Le coup de cœur de Sylvie Hugues pour l’exposition de Sabine Weiss sur la Laponie.
  • L’anecdote du reportage de Sabine Weiss en 1957, réalisé dans des conditions extrêmes.
  • La fierté de présenter une exposition sur le tour du monde en photographies du XIXe siècle.
  • L’importance du travail de Richard Moss sur le Congo avec un film infrarouge.
  • Le défi créatif que représente le changement de lieu d’exposition chaque année.
  • Les mesures sanitaires mises en place pour assurer la sécurité des visiteurs.
  • L’incertitude quant à la date de la prochaine édition du festival.
  • La question de la parité femmes-hommes dans la programmation.
  • La mise en avant de grandes voyageuses et photographes comme Anita Conti, Evangelia Craniotti et Françoise Nonaise.

FAQ

Qui est Sylvie Hugues ?

Sylvie Hugues est la co-directrice artistique du Festival du Regard, un événement dédié à la photographie qui se tient à Cergy. Avec Mathilde Terraube, elle est en charge de la programmation et de la conception des expositions. Dans cet épisode, elle explique les choix et les défis liés à l’organisation de la 5e édition du festival dans le contexte particulier de la crise sanitaire de 2020.

Quel est le thème de la 5e édition du Festival du Regard ?

Le thème de la 5e édition du festival est « Voyage Extraordinaire ». Ce choix, inspiré par le lieu principal de l’exposition (un ancien centre de tri postal), est une référence à l’univers de Jules Verne. Il a pris une signification particulière avec les restrictions de déplacement liées à la pandémie, proposant aux visiteurs un voyage par l’image à travers les regards singuliers de nombreux photographes.

Pourquoi le Festival du Regard a-t-il été maintenu malgré la pandémie ?

La direction du festival a tenu à maintenir l’événement par solidarité avec les photographes, un secteur durement touché par la crise et les annulations. Sylvie Hugues explique que c’était une responsabilité de soutenir les artistes, notamment en maintenant leur rémunération. Maintenir le festival était un acte de résistance pour continuer à faire vivre la culture et la photographie malgré les difficultés.

Quels types de photographes sont exposés au Festival du Regard ?

Le festival présente une sélection éclectique de photographes, allant de grandes figures historiques à des artistes contemporains. La programmation de l’édition « Voyage Extraordinaire » inclut des pionniers de la photo de voyage comme Bernard Plossu et Sabine Weiss, des regards plus conceptuels comme celui de Richard Moss, et des approches sentimentales ou littéraires. L’accent est mis sur la singularité des regards et la subjectivité des expériences.

Où se déroule le Festival du Regard ?

Le Festival du Regard se déroule dans la ville de Cergy-Pontoise. Chaque année, il investit un lieu différent. Pour sa 5e édition, le cœur du festival se situait dans un ancien centre de tri postal de 1500 m², un espace industriel transformé en lieu d’exposition. Des expositions sont également présentées en extérieur, dans le parc et sur les bassins de la préfecture.


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