Seule au cœur du chaos
Christine Spengler raconte l’un des moments fondateurs de sa carrière : le bombardement de Phnom Penh, quelques jours avant l’arrivée des Khmers Rouges. Alors que tous ses confrères photographes profitent d’un dimanche de repos au bord de la piscine de l’hôtel, la jeune débutante décide d’aller travailler. « Elle sait pas encore que le dimanche, c’est repos de la guerre », lui lancent-ils. C’est pourtant ce jour-là, seule avec son chauffeur Monsieur Li, qu’elle assiste à la première attaque sur le centre de la capitale. Elle capture une image terrible, une scène de désolation sous un ciel embrasé, qui lui vaudra des comparaisons avec Goya, Jérôme Bosch ou le Guernica de Picasso.
Pour elle, cette expérience illustre sa démarche : être là où les autres ne sont pas, et témoigner au plus près de la souffrance. « Une photo la plus terrible ne suffit pas, car il manque les cris et les odeurs », confie-t-elle.
La force et la sensibilité
Se définissant comme « androgyne » dans son métier, Christine Spengler revendique une double approche : « J’ai la force, le courage et la détermination d’un homme, mais après, laissant parler mon cœur de femme, je me dirige toujours vers les survivants. » Elle refuse de photographier les corps démembrés ou le sang, à l’image de Robert Capa, préférant se concentrer sur la dualité des situations. Au Cambodge, elle photographie des enfants riant aux éclats au bord du Mékong, avant de retrouver l’un d’eux, une heure plus tard, agenouillé en larmes sur le corps de son père tué par une balle perdue. C’est ce contrepoint, entre l’innocence et la tragédie, qu’elle cherche à montrer.
Cette sensibilité lui permet de créer un lien unique avec les femmes qu’elle photographie, notamment en Afghanistan, où elles lui demandent de montrer leur beauté malgré le chador. Son travail se caractérise par le « regard frontal », preuve, dit-elle, qu’elle n’a « jamais volé une photo », respectant ainsi l’âme de ses sujets.
Les références de l’épisode
- Personnes : Béatrice Tupin, Pascal Therme, Goya, Jérôme Bosch, Picasso, M. Li (chauffeur de Christine Spengler), Catherine Leroy, Françoise de Mulder, Alexandra Bouddha, Robert Capa, Bernard Pivot, Don Macaulay.
- Lieux : Houlgate, Phnom Penh (Cambodge), Mékong, Irlande du Nord, Saïgon (Vietnam), Managua (Nicaragua).
- Organisations et événements : Festival Les Femmes s’exposent, Khmers Rouges, Associated Press, Croix-Rouge.
- Œuvres citées : Une femme dans la guerre (livre de Christine Spengler), Guernica (œuvre de Picasso).
Au fil de l’épisode
- Le bombardement de Phnom Penh, un dimanche où Christine Spengler était la seule photographe sur le terrain.
- La comparaison de son travail avec les œuvres de Goya, Jérôme Bosch et le Guernica de Picasso.
- Sa philosophie : une photo doit retranscrire plus que le visuel, comme les cris et les odeurs de la guerre.
- Son approche « androgyne » du métier, alliant la force d’un homme et la sensibilité d’une femme.
- Son refus de photographier les corps dépecés, préférant se tourner vers les survivants.
- L’histoire de sa photo d’une jeune fille au regard noir en Irlande du Nord.
- Le récit tragique des enfants rieurs au bord du Mékong, dont l’un perd son père une heure plus tard.
- L’importance du regard frontal dans son travail, comme preuve de respect et de non-agression.
- L’anecdote derrière sa photo d’enfants irlandais, classée parmi les 100 photos du siècle.
- Comment elle a été engagée par Associated Press au Vietnam grâce à une photo d’un buffle et d’un jeune soldat.
- La complicité établie avec les femmes afghanes, qui lui demandaient de montrer leur beauté sous le chador.
FAQ
Qui est Christine Spengler ?
Christine Spengler est une photographe de guerre française de renommée internationale. Elle est connue pour avoir couvert de nombreux conflits à travers le monde. Dans cet épisode, elle est présentée comme la marraine de l’édition 2020 du festival Les Femmes s’exposent. Elle se distingue par son approche humaniste, se concentrant sur les survivants et les opprimés plutôt que sur la violence graphique des combats.
Quelle est l’histoire de sa célèbre photo du bombardement de Phnom Penh ?
Alors qu’elle était une jeune photographe débutante à Phnom Penh, ses confrères plus expérimentés lui ont dit que le dimanche était un jour de repos, même en temps de guerre. Elle a décidé de sortir travailler quand même et a été la seule journaliste à photographier le premier bombardement du centre-ville par les Khmers Rouges. Cette expérience a marqué le début de sa carrière.
Comment Christine Spengler décrit-elle son approche de la photographie de guerre ?
Elle décrit son approche comme double, se sentant « androgyne » dans son travail. Elle allie ce qu’elle nomme la force et la détermination d’un homme sur le terrain avec un « cœur de femme » qui la pousse à se tourner vers les survivants. Elle refuse de photographier les scènes de carnage, préférant montrer le contrepoint entre l’innocence et la tragédie, et se place toujours du côté des opprimés.
Pourquoi le « regard frontal » est-il si important dans son travail ?
Le regard frontal est une caractéristique majeure du travail de Christine Spengler. Pour elle, il est la preuve qu’elle n’a jamais « volé » une photo. En capturant le regard direct de ses sujets, elle établit une connexion et montre qu’elle a obtenu leur consentement, même tacite. C’est une marque de respect profond envers les personnes qu’elle photographie, dont elle ne veut pas voler l’âme.
Comment a-t-elle été engagée par Associated Press au Vietnam ?
Le patron d’Associated Press à Saïgon lui a promis un poste si elle parvenait à photographier un buffle, l’animal de l’année à venir. À la fin de sa première journée, par miracle, elle aperçoit un buffle au bord de l’eau. Au même moment, un jeune soldat s’arrête pour nager. Elle a capturé l’instant précis où le buffle est passé entre le soldat et son fusil, une photo qui lui a valu d’être engagée sur-le-champ.

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