Portrait de la sociologue Irène Jonas, invitée du podcast 9 Lives Magazine

Sortie de l’étude sur les parcours des femmes photographes Rencontre avec la sociologue Irène Jonas

Saisir les parcours de vie

La sociologue Irène Jonas explique la démarche de son étude « Et pourtant elles photographient », commandée par le collectif La Part des Femmes. Plutôt qu’une approche statistique, elle a choisi une méthode qualitative, basée sur de longs entretiens avec 25 femmes photographes d’âges variés, de 28 à plus de 60 ans. L’objectif n’était pas de quantifier un phénomène déjà connu, mais de comprendre les processus à l’œuvre. « L’idée était vraiment de saisir des parcours de vie de femmes photographes, et de voir les différents lieux de blocage », précise-t-elle. En analysant leur trajectoire depuis la famille d’origine jusqu’à leur situation actuelle, elle a cherché à identifier les moments de crispation comme les éléments facilitateurs.

Cette approche générationnelle a permis de constater des évolutions, mais aussi des stagnations tenaces dans les parcours professionnels.

Les freins persistants

Si le fait qu’une femme puisse être photographe n’est plus remis en question, notamment grâce à leur présence majoritaire dans les écoles d’art, des obstacles majeurs demeurent. La question de la maternité reste un point de bascule critique. La répartition des tâches au sein du couple pénalise encore lourdement les femmes, dont le départ en reportage ou en résidence est souvent mal vécu par le conjoint. Irène Jonas fait un parallèle avec sa précédente étude sur les photojournalistes : les hommes et les femmes réagissent de la même manière face à une discrimination (doute, colère, silence), qu’elle soit économique ou sexiste. « Comment se fait-il que l’on puisse mettre en cause l’ubérisation du métier […] mais qu’il soit impossible de parler du sexisme, dont les discriminations procurent exactement les mêmes sentiments ? »

Elle souligne aussi le paradoxe de certaines femmes en position de pouvoir, comme des iconographes, qui ne font pas nécessairement travailler d’autres femmes.

Une formidable vitalité

Malgré un tableau général peu optimiste, où les femmes doivent souvent cumuler travail alimentaire, travail artistique et vie de famille, Irène Jonas retient une note d’espoir. Le mot qui lui semble le plus fort pour qualifier ces parcours est celui d’« adaptation ». Elle a été frappée par la capacité des femmes à ne jamais lâcher, à tenir le fil et à s’adapter en permanence, quitte à mettre leur santé en danger en travaillant sur leur œuvre à 4h30 du matin. « C’est quelque chose, je trouve, qui est plein d’espoir, qui est joyeux, qui est plein de vie. » Un dernier obstacle, particulièrement cruel, les attend cependant : au moment où, leurs enfants élevés, elles ont enfin du temps pour leur création, elles se heurtent à une limite d’âge dans les concours et les résidences.

La crise liée au confinement et au télétravail risque, selon elle, d’alourdir encore la charge qui pèse sur les femmes.

Les références de l’épisode

  • L’étude « Et pourtant elles photographient »
  • Le collectif La Part des Femmes
  • Le Ministère de la culture
  • La SAFE (syndicat)
  • La SCAM (société d’auteurs)
  • Le festival Visa pour l’image

Au fil de l’épisode

  • La démarche de l’étude : une approche qualitative pour comprendre les « bugs » et les blocages dans les parcours des femmes photographes.
  • La méthodologie : 25 entretiens avec des femmes de quatre générations différentes, de 28 à plus de 60 ans.
  • L’évolution des mentalités : si le métier est aujourd’hui ouvert aux femmes, la maternité et la répartition des tâches restent un frein majeur.
  • Le parallèle avec la précarité : les femmes face au sexisme et les hommes face à la crise du métier réagissent de la même manière à la discrimination.
  • Le paradoxe des femmes en poste (iconographes, journalistes) qui préfèrent parfois travailler avec des hommes.
  • Le poids de la « triple activité » : travail alimentaire, travail artistique et charge familiale.
  • La conclusion de l’étude : malgré les difficultés, une « formidable vitalité » et une capacité d’adaptation remarquable.
  • L’ultime injustice : être écartée des concours et résidences pour des raisons d’âge au moment où elles ont enfin du temps pour créer.

FAQ

Qui est Irène Jonas ?

Irène Jonas est une sociologue et photographe. Elle a été missionnée par le collectif La Part des Femmes pour réaliser une étude sociologique intitulée « Et pourtant elles photographient », qui porte sur les parcours professionnels et les obstacles rencontrés par les femmes photographes en France. Elle avait auparavant mené une étude sur la santé des photojournalistes.

Quelle est la méthode de l’étude « Et pourtant elles photographient » ?

Il s’agit d’une étude sociologique qualitative, et non statistique. Irène Jonas a mené des entretiens approfondis, d’une à deux heures chacun, avec un panel de 25 femmes photographes. Celles-ci ont été choisies pour représenter différentes générations, afin d’analyser l’évolution des conditions d’exercice du métier et des freins rencontrés au fil du temps.

Quels sont les principaux obstacles pour les femmes photographes ?

Selon l’étude, la maternité et la gestion de la vie familiale restent un point de bascule majeur qui pénalise les carrières. S’y ajoutent le sexisme ordinaire, par exemple lors de lectures de portfolio, et un manque de confiance parfois instillé dès l’enfance. L’ensemble de ces facteurs constitue un « plafond de verre » qui rend leur parcours particulièrement laborieux.

Pourquoi l’étude est-elle malgré tout optimiste ?

Malgré le constat d’un parcours semé d’embûches et d’une charge mentale et professionnelle très lourde, Irène Jonas retient une « formidable vitalité » de ses entretiens. Elle souligne l’incroyable capacité d’adaptation des femmes photographes, leur ténacité à « ne jamais lâcher » et à continuer de créer en dépit des circonstances, ce qu’elle trouve plein d’espoir et de vie.


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