Portrait d'Audrey Hoareau, invitée du podcast 9 Lives Magazine pour parler de la photographie à l'ère du digital.

Rencontre avec Audrey Hoareau, directrice artistique de Photo Basel pour une édition 100% digitale

L’onde de choc

Audrey Hoareau raconte la sidération qui a frappé l’équipe du festival Circulation, dont elle assure la direction artistique. L’inauguration de la dixième édition anniversaire a coïncidé précisément avec les annonces de fermeture liées à la crise sanitaire. Après une seule journée d’ouverture dans des conditions très difficiles, avec des jauges serrées et des files d’attente, le festival a dû fermer ses portes. Les œuvres sont restées en place au 104, le lieu d’accueil, dans l’attente d’une possible réouverture durant l’été. Elle revient sur la difficulté de gérer cette situation au jour le jour, notamment avec les 45 artistes venus de toute l’Europe, face à des politiques sanitaires qui différaient d’un pays à l’autre.

« C’est très dur en même temps de dire stop, on arrête tout, personne ne vient ou rentrez tous. C’est un peu la logique d’un jour après l’autre et on voit ce qui se passe. »

L’audace du virtuel

Face à l’annulation des événements physiques, Audrey Hoareau et l’équipe de Photo Basel ont refusé de baisser les bras. La foire, initialement prévue en juin, a été décalée à la rentrée, mais une solution alternative a été trouvée pour les dates d’origine : une édition entièrement digitale. L’objectif était double : soutenir les galeristes en difficulté et continuer à proposer du contenu à un public en attente. Cette version virtuelle a été conçue non pas comme un simple substitut, mais comme une véritable opportunité. Avec des frais de participation très faibles pour les galeries, elle les a encouragées à prendre des risques qu’elles n’auraient pas tentés sur une foire classique : présenter des pièces de très grand format, oser des solo shows, et toucher un nouveau public.

Le principe reste celui d’une foire : les visiteurs peuvent se connecter gratuitement, se promener dans les stands virtuels, consulter la liste des œuvres et des prix, et contacter directement les galeristes pour acheter.

Réinventer le milieu

Cette crise a profondément bouleversé Audrey Hoareau, l’amenant à une remise en question de son métier et du fonctionnement du secteur artistique. La nécessité de passer au virtuel a mis en lumière ses forces mais aussi ses faiblesses. Le défi principal, selon elle, est de maintenir le lien humain et le rapport physique à l’œuvre, qui sont au cœur de l’expérience d’une foire. Au-delà de l’aspect technologique, cette période de pause forcée invite à une réflexion plus large sur le milieu de la photographie. Elle s’interroge sur une possible saturation du calendrier événementiel et sur la nécessité de réinventer les méthodes de travail.

« Je pense qu’il y a une vraie révolution, une vraie reformation, refondation de ce milieu, du milieu artistique, de notre milieu de la photographie aussi peut-être à revoir, à refaire. »

Les références de l’épisode

  • Festival Circulation
  • Le 104
  • Photo Basel

Au fil de l’épisode

  • La fermeture brutale de la 10e édition du festival Circulation en pleine inauguration à cause de la crise sanitaire.
  • La gestion de la crise au jour le jour avec les artistes européens et l’incertitude d’une réouverture.
  • L’impact personnel et professionnel de la crise sur son activité de commissaire d’exposition.
  • La réflexion sur la place croissante du virtuel, perçu comme un complément et non un substitut au physique.
  • La genèse de l’édition 100% digitale de Photo Basel, organisée aux dates initiales de la foire physique.
  • Une opportunité pour les galeristes de prendre des risques artistiques avec un faible enjeu économique.
  • Le fonctionnement de la foire virtuelle : accès, parcours, et achat des œuvres.
  • Le défi de recréer la relation humaine et le contact avec l’objet dans un environnement numérique.
  • La crise sanitaire comme catalyseur d’une remise en question du monde de l’art.
  • L’interrogation sur la saturation des événements et la nécessité de revoir les modes de fonctionnement du secteur.

FAQ

Qui est Audrey Hoareau ?

Audrey Hoareau est une directrice artistique et commissaire d’exposition indépendante. Dans cet épisode, elle s’exprime notamment sur ses fonctions de directrice artistique pour le festival de photographie Circulation et pour la foire d’art internationale Photo Basel. Elle partage son expérience de la gestion de ces événements majeurs face à la crise sanitaire du Covid-19 et sa vision pour l’avenir du secteur.

Pourquoi le festival Circulation a-t-il fermé en 2020 ?

La dixième édition du festival Circulation a dû fermer ses portes juste après son inauguration. La fermeture a été imposée par les mesures sanitaires gouvernementales prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19. L’événement, qui se tenait au 104, a été stoppé net, laissant les œuvres des 45 artistes exposants en place dans l’attente d’une éventuelle réouverture.

Pourquoi Photo Basel a-t-elle organisé une édition digitale ?

Face au report de son édition physique de juin, l’équipe de Photo Basel a décidé d’organiser une édition 100% digitale pour plusieurs raisons. Il s’agissait de soutenir les galeries durement touchées par la crise, de continuer à offrir du contenu au public et de ne pas abandonner le créneau de juin. C’était aussi une occasion d’expérimenter un nouveau format et d’encourager les galeries à prendre des risques artistiques à moindre coût.

Comment fonctionne une foire d’art virtuelle comme Photo Basel ?

La foire virtuelle de Photo Basel permet au public de se connecter gratuitement via un simple login. Les visiteurs peuvent alors se promener virtuellement à travers les stands des galeries, découvrir les œuvres et les expositions spéciales. Pour chaque œuvre, les informations techniques et le prix sont disponibles. Il est possible de contacter directement le galeriste pour échanger et procéder à un achat, tentant ainsi de maintenir le lien malgré la distance.


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