Le combat pour la survie
À la tête de l’agence Signatures et présidente du CLAP (Comité de liaison et d’action pour la photographie), Frédérique Founès raconte la genèse d’un combat né il y a un peu plus de deux ans. Le point de départ : une intervention de Christophe Barbier sur France Inter, alors directeur de la rédaction de L’Express, qui banalisait les retards de paiement des droits d’auteur. Face à des délais pouvant atteindre huit à neuf mois, plusieurs agences et collectifs se regroupent de manière informelle pour obtenir un droit de réponse, puis publient une tribune dans Libération. Cette mobilisation aboutit à la création du CLAP et à des actions marquantes comme l’opération « Paye ta photo » aux Rencontres d’Arles, soutenue par une pétition de plus de 15 000 signataires pour sensibiliser le public et les professionnels à la précarité du métier.
« On met un poids sur la table, on tape sur la table et on dit stop, les photographes sont en souffrance, les structures sont en souffrance, on va où avec la photographie française ? »
Un métier réinventé dans la douleur
Frédérique Founès décrit une profession dont le modèle économique a été pulvérisé par le numérique et Internet. Autrefois sectorisés, les photographes sont aujourd’hui contraints à une polyvalence extrême pour survivre. La chute drastique des revenus issus des archives, cannibalisés par les offres à bas coût des grandes agences filaires, a poussé les auteurs à multiplier les activités : reportages pour la presse, commandes pour des entreprises et vente de tirages en galerie. Elle illustre cette économie défaillante par l’exemple d’un reportage sur les Rohingyas au Bangladesh, coûtant 6 000 euros au photographe pour une seule publication vendue 2 500 euros.
À cette précarité s’ajoute une augmentation considérable du temps de travail. Les photographes doivent désormais assurer eux-mêmes la post-production de leurs images, une tâche chronophage qui n’est quasiment jamais rémunérée par la presse.
Des victoires fragiles face à la culture du gratuit
Grâce à leur regroupement, le CLAP a pu ouvrir un dialogue avec le ministère de la Culture et faire pression sur les médias. Leur demande de conditionner les aides de l’État à la presse au respect des délais de paiement, bien que non obtenue, a servi de menace. Des actions concrètes ont suivi : certains titres de presse ont signé des conventions avec le ministère et d’autres, comme L’Express ou L’Obs, ont écopé de lourdes amendes pour leurs retards systématiques. Frédérique Founès insiste également sur l’enjeu capital des métadonnées, essentielles pour assurer la traçabilité et la propriété des images à l’ère numérique.
Malgré ces avancées, le combat est loin d’être gagné. La culture du gratuit reste omniprésente, beaucoup de photographes acceptant de travailler pour la seule « visibilité ». De nombreux festivals et centres d’art n’ont toujours pas de ligne budgétaire dédiée aux droits d’auteur, proposant une production d’exposition en guise de paiement.
Les références de l’épisode
- Personnes : Marie Dauché, Irène Jonas, Christophe Barbier, Sonia de Villers.
- Organisations et entreprises : Signatures, CLAP (Comité de liaison et d’action pour la photographie), La Part des Femmes, agence MODS, agence VU, Tendance Floue, MIOP, Association nationale des iconographes (ANI), UPP (Union des Photographes Professionnels), Snapig, Saphir, Saïf, SNJ (Syndicat national des journalistes), Miro, Nuru.
- Médias : France Inter, L’Express, Libération, Le Nouvel Observateur (L’Obs), Marie-Claire.
- Événements et campagnes : Les Rencontres d’Arles, campagne « Paye ta photo ».
Au fil de l’épisode
- Introduction de la table ronde et des intervenantes : Frédérique Founès, Marie Dauché et Irène Jonas.
- La création de l’association CLAP pour défendre le droit d’auteur et lutter contre les retards de paiement.
- L’élément déclencheur : les propos de Christophe Barbier sur France Inter concernant les délais de règlement à L’Express.
- Les premières actions collectives : un droit de réponse à la radio et une tribune dans Libération.
- L’opération « Paye ta photo » aux Rencontres d’Arles pour sensibiliser le public et les professionnels.
- L’évolution du métier : la fin des spécialisations et la nécessité de la polyvalence pour les photographes auteurs.
- La chute des revenus des archives, concurrencées par les forfaits des grandes agences.
- L’augmentation de la charge de travail non rémunérée, notamment la post-production des images.
- Le dialogue avec le ministère de la Culture et la pression exercée sur les titres de presse.
- Les amendes infligées à certains journaux pour retards de paiement systématiques.
- L’importance cruciale des métadonnées pour la traçabilité et la protection des œuvres.
- La fragmentation des organisations professionnelles, un facteur de faiblesse pour la photographie.
- La culture du gratuit et la pression de la « visibilité » qui pousse les photographes à accepter des travaux non rémunérés.
- Le problème des droits de représentation dans les festivals et centres d’art, souvent non budgétés.
- La vision du futur : un marché à deux vitesses, entre une grande précarité et une niche d’auteurs reconnus.
FAQ
Qui est Frédérique Founès ?
Frédérique Founès est la co-directrice de Signatures, une maison de photographes, et la présidente du CLAP (Comité de liaison et d’action pour la photographie). Elle est une figure engagée dans la défense des droits des photographes auteurs en France. À travers ses actions, elle lutte notamment contre les retards de paiement de la presse et pour une meilleure reconnaissance de la valeur du travail photographique.
Qu’est-ce que le CLAP ?
Le CLAP, ou Comité de liaison et d’action pour la photographie, est une association fondée par plusieurs structures, dont Signatures, MODS, VU et Tendance Floue. Son objectif principal est de défendre le droit d’auteur et la création photographique française. L’association mène des actions pour lutter contre les délais de paiement excessifs de la part des clients, notamment la presse, et pour sensibiliser le public et les institutions à la précarité économique des photographes.
Pourquoi les photographes sont-ils dans une situation financière difficile ?
Leur situation précaire résulte de plusieurs facteurs. Les retards de paiement systématiques de la part de la presse étranglent leur trésorerie. L’arrivée du numérique et d’Internet a provoqué une chute des prix des archives, concurrencées par des offres de forfaits à bas coût. De plus, leur charge de travail a augmenté, car ils doivent désormais gérer la post-production, souvent sans compensation financière, tout en multipliant les activités pour survivre.
Qu’est-ce que la campagne « Paye ta photo » ?
« Paye ta photo » est une opération de sensibilisation lancée par le CLAP lors des Rencontres d’Arles. Accompagnée d’une pétition qui a recueilli plus de 15 000 signatures, elle visait à alerter le grand public, les photographes et les acheteurs d’images sur les difficultés économiques du secteur. La campagne dénonçait les retards de paiement, mais aussi la pratique courante de publier ou d’exposer des photographes sans les rémunérer.

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