Des héroïnes réinventées
Première lauréate du Grand Prix Les Femmes s’exposent en 2018, Anne Kuhn explique la démarche derrière sa série « Héroïnes ». Elle y explore les destins de figures féminines de la littérature qu’elle qualifie de « maltraitées » ou de « génies oubliés », de Lolita à Judith Shakespeare en passant par Emma Bovary. Le choix de photographier des femmes est pour elle une évidence : « C’est une manière pour moi beaucoup plus simple d’identification parce que j’en suis une aussi et que à travers elles finalement je peux me projeter. » Chaque héroïne est dépeinte à travers un diptyque : la première image la représente dans son contexte romanesque, contrainte par son époque ou par une domination masculine ; la seconde lui offre une voie alternative, une tentative de s’accomplir.
Cette deuxième image ne vise pas une fin heureuse, mais cherche à montrer que ces femmes « ont tenté d’aller vers elles-mêmes ». Pour illustrer la rage de Célestine, qui aurait pu devenir une grande écrivaine si son époque le lui avait permis, Anne Kuhn raconte l’anecdote d’une séance photo : pour obtenir un cri authentique du modèle en camisole de force, elle et toute son équipe se sont mises à crier en même temps.
Les références de l’épisode
- Festival : Les Femmes s’exposent (Houlgate)
- Série photographique : « Héroïnes » par Anne Kuhn
- Personnages et œuvres cités : Emma Bovary, Lolita (Vladimir Nabokov), Thérèse Desqueyroux, Wolbistein (Analdoïque Duras), Judith Shakespeare (Virginia Woolf), Ariane (Ovide), Célestine, Les Quatre Filles du docteur March
- Artistes mentionnées : Séraphine de Sanlis, Camille Claudel
Au fil de l’épisode
- La photographie comme moyen d’identification et de projection personnelle pour Anne Kuhn.
- Le concept de la série « Héroïnes » : donner une seconde chance aux figures féminines contraintes de la littérature.
- La structure en diptyque : une première photo fidèle au roman, une seconde qui explore une tentative d’émancipation.
- L’exemple de Célestine : la camisole de force comme métaphore de l’hystérisation des femmes qui tentent de s’exprimer.
- L’anecdote du cri collectif pour obtenir une photographie plus authentique.
- Le choix de moderniser ou non les personnages selon les besoins du récit, comme pour Ariane ou les quatre filles du Docteur March.
- Les titres des œuvres, formulés comme des questions ouvertes au public.
FAQ
Qui est Anne Kuhn ?
Anne Kuhn est une photographe française. Elle est la première lauréate du Grand Prix Les Femmes s’exposent, qu’elle a reçu en 2018 pour sa série photographique intitulée « Héroïnes ». Son travail explore la condition féminine, notamment à travers la réinterprétation de grandes figures de la littérature.
En quoi consiste sa série photographique « Héroïnes » ?
La série « Héroïnes » est un ensemble de diptyques photographiques consacrés à des personnages féminins de romans. Chaque œuvre présente deux images : la première met en scène l’héroïne telle qu’elle est décrite dans son histoire originale, souvent contrainte. La seconde propose une relecture de son destin, une tentative de s’affirmer et de trouver sa propre liberté.
Quelles sont les figures féminines explorées dans cette série ?
Anne Kuhn s’intéresse à des personnages comme Emma Bovary, Lolita, Thérèse Desqueyroux, Judith Shakespeare, Ariane ou encore Célestine. Elle aborde aussi des figures collectives comme les quatre filles du Docteur March. Son travail se concentre sur des femmes qu’elle estime avoir été maltraitées par leur histoire ou injustement oubliées.
Pourquoi Anne Kuhn utilise-t-elle des diptyques ?
Le format du diptyque permet à Anne Kuhn de créer une tension narrative. En juxtaposant deux images, elle oppose le destin subi par le personnage dans le roman à un destin choisi. Cette confrontation visuelle invite le spectateur à s’interroger sur la liberté des femmes, les contraintes sociales et la possibilité de réécrire sa propre histoire.

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