Un succès public, une survie en question
Christophe Laloi dirige le Festival Voies Off à Arles depuis près d’un quart de siècle. Il témoigne de la détresse qui touche aujourd’hui l’ensemble de la profession, des photographes aux structures culturelles. Son festival illustre un paradoxe criant : alors que sa popularité ne cesse de croître, avec 230 expositions cette année, sa survie est directement menacée. La cause principale, selon lui, est la volatilité des aides publiques, soumises aux changements politiques. « On passe de gauche à droite et on peut tout perdre », explique-t-il. Cette précarité est aggravée par un contexte économique tendu, où les collectivités doivent faire face à une explosion des dépenses sociales, laissant peu de place à la culture.
Cette situation a des conséquences humaines dramatiques. L’équipe du festival est passée de sept à un seul employé en un an et demi, et le déficit atteint 55 000 euros. Christophe Laloi évoque l’épuisement des équipes, le sien compris : « On a calculé que en avril mai juin […] on faisait 100 heures de présence par semaine au bureau pendant trois mois sans arrêt. »
Chercher les moyens, perdre le sens
Le modèle économique de Voies Off reposait sur un équilibre entre 50 % de subventions publiques et 50 % de ressources propres, issues de partenariats privés (Leica, PhotoFever, Speos…), de prestations et d’événements. La chute des financements publics a fait voler cet équilibre en éclats, forçant l’équipe à une course effrénée aux financements. Cette réalité a profondément transformé son métier. Il raconte avec amertume : « Il y a 25 ans, je parlais de photographie 10 heures par jour. Aujourd’hui, j’en parle 10 jours par an. » Le reste du temps est consacré à la gestion, à la stratégie et à la recherche de fonds, un travail épuisant qui l’éloigne de sa mission première : l’accompagnement des artistes.
Face à cette asphyxie, il pose une question fondamentale : « Qui a besoin de la photographie et de quelle photographie ? Et pour en faire quoi ? » Cette interrogation sur le rôle et la valeur de l’image dans la société est au cœur de son combat pour que les photographes et les structures qui les soutiennent puissent simplement vivre de leur travail.
Un nouveau lieu pour se réinventer
Malgré les difficultés, Christophe Laloi se projette dans l’avenir avec un projet ambitieux pour les 25 ans du festival. La mairie d’Arles, consciente de l’apport de Voies Off, a proposé de les loger dans les anciens locaux de l’École nationale supérieure de la photographie. Un lieu de 1500 m² en plein centre-ville, équipé d’une galerie, d’un auditorium et d’espaces pour des ateliers. Ce nouvel écrin serait principalement dédié à des résidences d’artistes, pour leur offrir le temps et les moyens nécessaires à la création, loin de la pression économique constante. Il imagine aussi y développer des résidences de production pour aider concrètement les photographes à monter leurs expositions.
Le défi est immense : lancer ce projet « complètement à poil », sans argent ni personnel. Mais l’histoire du festival et l’impact qu’il a eu sur la carrière de nombreux photographes lui donnent la force d’y croire. Il espère y trouver de nouvelles sources de revenus, via des masterclasses ou une billetterie, pour construire un modèle plus durable et continuer à faire de la photographie « un outil pour comprendre le monde qui nous entoure et pour partager des choses ».
Les références de l’épisode
- Festival Voies Off
- Les Rencontres d’Arles
- Aline Fanariotis
- Hervé Schiavetti
- École nationale supérieure de la photographie (Arles)
- Leica
- PhotoFever
- Speos
- Escourbiac l’Imprimeur
- Département des Bouches-du-Rhône
Au fil de l’épisode
- La détresse partagée des photographes et des structures culturelles.
- L’impact des décisions politiques sur la pérennité des financements publics.
- Le contexte économique global et la hausse des dépenses sociales qui pèsent sur les budgets de la culture.
- Le paradoxe d’un festival en plein développement mais au bord de la faillite.
- Le coût humain de cette précarité : 100 heures de travail par semaine et des salaires minimes.
- La réduction drastique de l’équipe, passée de sept à une seule personne.
- La question centrale : qui a besoin de la photographie aujourd’hui ?
- L’évolution de son métier, passé de la direction artistique à la recherche de financements.
- Le modèle économique du festival, entre subventions, partenariats privés et ressources propres.
- Le projet d’avenir pour les 25 ans de Voies Off : un nouveau lieu permanent.
- L’opportunité d’investir les anciens locaux de l’école de photographie d’Arles.
- La vision pour ce lieu : résidences d’artistes, aide à la production et ateliers.
- Le défi de lancer ce projet sans moyens financiers ni humains.
- L’importance du Prix Voies Off dans la carrière de certains photographes.
- Sa motivation profonde : la photographie comme outil de compréhension et de partage.
FAQ
Qui est Christophe Laloi ?
Christophe Laloi est le co-fondateur et directeur artistique du Festival Voies Off à Arles depuis près de 25 ans. Figure engagée de la photographie émergente, il œuvre à la découverte et au soutien des artistes photographes. À travers son témoignage, il se fait le porte-voix des difficultés que rencontrent les structures culturelles indépendantes face aux baisses de subventions et à la précarité du secteur.
Qu’est-ce que le Festival Voies Off ?
Le Festival Voies Off est un événement majeur de la photographie contemporaine qui se tient chaque été à Arles. Il propose un parcours alternatif aux Rencontres d’Arles, mettant en lumière la jeune création et la photographie émergente. Le festival se déploie dans toute la ville avec près de 230 expositions et des soirées de projection qui sont devenues un rendez-vous incontournable pour les professionnels et les amateurs d’images.
Pourquoi le Festival Voies Off est-il en difficulté ?
Le festival fait face à une grave crise financière due principalement à la baisse drastique des subventions publiques, conséquence de changements politiques locaux. Malgré un succès public indéniable et une programmation reconnue, cette perte de financement a entraîné un déficit important et une réduction massive de son personnel, menaçant directement sa pérennité et la poursuite de ses missions auprès des photographes.
Quel est le projet d’avenir pour Voies Off ?
Pour ses 25 ans, le festival espère s’installer dans les anciens locaux de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Ce projet vise à créer un lieu permanent de 1500 m² dédié à la création, avec des résidences d’artistes, une aide à la production d’expositions, des ateliers et des masterclasses. L’objectif est de bâtir un nouveau modèle économique plus stable pour continuer à soutenir la photographie vivante.

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