Une étude née du terrain
À l’origine de l’Observatoire de la mixité, il y a une question posée par un journaliste à l’association Les Filles de la Photo sur son rôle à l’époque de MeToo. Florence Moll explique que cette interpellation a fait naître le besoin d’une réponse mesurée et objective pour comprendre la place des femmes dans l’écosystème de la photographie. L’originalité de la démarche a été de confier la rédaction des questionnaires à des professionnels de chaque secteur (galeristes, médias, etc.) afin de toucher un large panel d’acteurs, des indépendants aux grandes structures. L’objectif n’était pas de produire une enquête statistique exhaustive, mais de tester une hypothèse centrale : que se passe-t-il pour les femmes photographes avant même les étapes de sélection ?
« Le fait de poser la question était déjà intéressant, a pu éveiller le fait qu’on se rend compte que personne ne compte ou très peu. »
Confiance et parentalité, les freins identifiés
L’Observatoire a permis de quantifier un premier constat : les femmes sont plus présentes lorsque les outils de candidature (pour des prix, des résidences) sont clairement explicités. Mais les conclusions les plus fortes sont ailleurs. L’étude révèle que le principal obstacle est un manque de confiance en soi, un « plafond de verre psychologique » qui se manifeste par une difficulté à négocier, à se sentir légitime ou à se libérer du temps. Cette hypothèse sociologique du « taux d’audace au féminin » a été confirmée par les réponses aux questions ouvertes. L’autre enjeu majeur est celui de la parentalité, un impératif qui, culturellement, est encore très majoritairement géré par les femmes, limitant leur disponibilité pour des résidences ou des déplacements professionnels.
Selon Florence Moll, il est essentiel de comprendre les racines culturelles de cet état de fait pour faire évoluer les mentalités, tant chez les hommes que chez les femmes.
Accompagner, outiller et inspirer
Face à ces constats, Les Filles de la Photo ont lancé plusieurs actions concrètes. L’association propose les « têtes à tête », des rencontres avec des professionnels pour conseiller les photographes sur leur parcours et leur donner les codes du milieu, sans juger leur travail artistique. Un programme de mentorat sur un an va également être lancé pour accompagner cinq femmes photographes, tous âges confondus, dans le développement de leurs projets. Enfin, un « répertoire des bonnes pratiques » sera élaboré en dialogue avec les différents acteurs de l’écosystème, sous la direction de Chantal Néjib, pour faire évoluer les processus de sélection et les rendre plus transparents et inclusifs.
Ces initiatives visent à apporter des réponses sur le temps long, en agissant à la fois sur l’accompagnement individuel et sur les structures du secteur.
Les références de l’épisode
- Les Filles de la Photo
- L’Observatoire de la mixité
- Association Femmes PHOTOgraphes
- Les Rencontres d’Arles
- Chantal Néjib
- Sam et Aurélie
- Jablancas (auteur)
- Marie Dauché
- Collectif La part des femmes
- CNPAV (Conseil national des professions des arts visuels)
Au fil de l’épisode
- La genèse de l’Observatoire de la mixité, né d’une question de journaliste post-MeToo.
- La méthodologie de l’étude, menée par des professionnels de chaque secteur de la photographie.
- Le partenariat précoce avec les Rencontres d’Arles.
- L’analyse du « taux d’audace au féminin » et de son impact sur les carrières.
- Le constat : les femmes candidatent davantage quand les processus de sélection sont transparents.
- Le manque de confiance en soi, identifié comme un frein psychologique majeur.
- Le poids de la parentalité et la charge mentale qui pèse davantage sur les femmes.
- L’action des « têtes à tête » pour conseiller les photographes sur leur parcours professionnel.
- Le lancement d’un programme de mentorat annuel pour cinq photographes.
- La création d’un répertoire des bonnes pratiques pour améliorer la transparence.
- La nécessité de comprendre les racines culturelles des inégalités pour faire évoluer les mentalités.
- Les échanges avec d’autres initiatives, comme celle de Marie Dauché.
FAQ
Qui est Florence Moll ?
Florence Moll est la co-présidente de l’association Les Filles de la Photo. Dans cet épisode, elle présente les travaux et les conclusions de l’Observatoire de la mixité, une étude initiée par son association pour analyser la place et la visibilité des femmes dans l’écosystème de la photographie en France. Elle détaille la genèse du projet, ses principaux enseignements et les actions concrètes qui en découlent.
Qu’est-ce que l’Observatoire de la mixité ?
L’Observatoire de la mixité est une étude menée par l’association Les Filles de la Photo pour comprendre les mécanismes qui expliquent la sous-représentation des femmes photographes. Plutôt que de compter leur présence dans les galeries ou les prix, l’étude s’intéresse à ce qui se passe en amont des processus de sélection. Elle analyse des freins comme la confiance en soi, la parentalité ou le manque de transparence des candidatures.
Quelles sont les principales conclusions de l’Observatoire ?
L’étude montre que les femmes sont plus nombreuses à candidater lorsque les processus sont clairs et formalisés. Les principaux obstacles identifiés sont d’ordre psychologique et culturel : un manque de confiance en soi, qui freine l’audace et la négociation, et le poids de la parentalité, qui est encore majoritairement assumé par les femmes et limite leur disponibilité professionnelle.
Quelles actions Les Filles de la Photo mettent-elles en place ?
Suite à l’Observatoire, l’association a lancé plusieurs actions. Elle organise des « têtes à tête », des rencontres de conseil professionnel, ainsi qu’un programme de mentorat sur un an pour accompagner des photographes. L’association va également créer un répertoire des bonnes pratiques en matière de processus de sélection, en collaboration avec les acteurs du secteur, pour encourager plus de transparence et d’égalité.

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