Une marche sous le signe de la lenteur
Pour Léa Habourdin, participer à la grande marche en relais organisée par le collectif Tendance Flou était une expérience inédite. Habituée à d’autres processus, elle a dû se confronter à l’improvisation totale sur un territoire qu’elle ne connaissait pas, les Cévennes. Arrivée sur le chemin de Compostelle, au milieu de randonneurs pressés, elle a ressenti le besoin de ralentir pour véritablement regarder. Sa solution fut aussi simple que physique : ramasser chaque jour des pierres et les ajouter à son sac. Cette pesanteur volontaire l’a contrainte à une forme de lenteur, une manière, dit-elle en citant Bruno Latour, d’« atterrir » et de s’ancrer dans le réel, centimètre par centimètre.
« C’était une manière d’avoir les pieds vraiment sur la terre et même sur la pierre, et d’éviter tout envolé, justement, de prendre conscience qu’un pas est égal à quelques centimètres. »
Habiter le réel
Cette expérience de marche solitaire s’est révélée profondément transformatrice. Pour Léa Habourdin, elle a permis de se reconnecter à l’essentiel : marcher, regarder, ressentir. Ses photographies ne cherchent pas à être des documents, mais plutôt à « mystifier » le réel pour mieux l’habiter. L’eau devient noire d’encre, l’horizon brumeux, un trou dans une haie se charge d’une dimension sensuelle. Elle choisit de superposer du texte à ses images, comme avec la formule « se délester sans oublier les esseins », qui évoque à la fois la beauté du paysage et la disparition des abeilles. Ce dialogue entre le visible et l’invisible, le personnel et l’universel, est au cœur de sa démarche.
Interrogée sur sa place au sein de l’exposition collective, elle apprécie la diversité des approches. Alors qu’elle a fui le contact humain pour se plonger dans le paysage, d’autres, comme le photographe Fred Stussin qui a pris son relais, ont fait le choix inverse. C’est cette polyphonie de regards sur le territoire qui, selon elle, fait toute la richesse du projet.
Les références de l’épisode
- Personnes : Bruno Latour, Fred Stussin.
- Lieux : les Cévennes, le chemin de Compostelle.
- Collectif : Tendance Flou.
- Marque : Quechua.
Au fil de l’épisode
- Le défi d’improviser pour la première fois dans le cadre du projet de Tendance Flou.
- La confrontation avec les randonneurs pressés sur le chemin de Compostelle.
- Le rituel des pierres ramassées chaque jour pour s’alourdir et ralentir.
- L’éloge de la lenteur et de la pesanteur pour s’ancrer dans le paysage.
- La référence à Bruno Latour et à l’idée d’« atterrir ».
- L’importance du minéral, des falaises et des rochers comme témoins du temps long.
- Le choix d’écrire sur les photographies pour ajouter une double lecture.
- L’histoire derrière la phrase « se délester sans oublier les esseins » et le sort des abeilles.
- La photographie comme une connexion immédiate entre un paysage, une intention et un médium.
- L’expérience libératrice de marcher dix jours seule, sans parler à personne.
- Le rapport charnel et à échelle humaine avec le paysage des Cévennes.
- La volonté de « mystifier » le réel plutôt que de le documenter.
- La comparaison de son approche solitaire avec celle de Fred Stussin, qui a cherché le contact humain.
- Sa vision de l’exposition collective comme une mosaïque de regards singuliers.
FAQ
Qui est Léa Habourdin ?
Léa Habourdin est une photographe qui a participé à un projet de marche en relais à travers la France, organisé par le collectif Tendance Flou. Son travail, tel qu’évoqué dans l’épisode, se caractérise par une approche immersive et contemplative. Lors de sa traversée des Cévennes, elle a exploré les thèmes de la lenteur, de l’ancrage physique au territoire et d’une interprétation poétique, voire mystique, du paysage.
En quoi consistait son projet photographique dans les Cévennes ?
Dans le cadre d’une marche collective où 31 photographes se sont relayés, Léa Habourdin a marché seule pendant dix jours dans les Cévennes, un territoire qu’elle ne connaissait pas. Son travail reposait sur l’improvisation et la rencontre avec le paysage. Elle a développé une méthode personnelle pour ralentir son rythme et aiguiser son regard, se concentrant sur une connexion intime et physique avec son environnement plutôt que sur une approche documentaire.
Pourquoi Léa Habourdin ramassait-elle des pierres pendant sa marche ?
Elle a ramassé des pierres pour se forcer à ralentir. Confrontée au rythme rapide des randonneurs sur le chemin de Compostelle, elle a décidé d’alourdir son sac chaque jour. Cette pesanteur croissante l’obligeait à marcher plus lentement, à être plus consciente de chaque pas et à s’ancrer physiquement dans le territoire. C’était pour elle une manière de lutter contre la vitesse et de favoriser un état de contemplation et d’observation.
Comment Léa Habourdin décrit-elle sa relation au paysage ?
Elle la décrit comme une connexion profonde, à la fois physique et personnelle. Elle cherche à se situer au carrefour de l’émerveillement, de la contemplation et d’une conscience très concrète du sol. Plutôt que de produire des documents, elle cherche à « mystifier » ce qu’elle voit, à créer des images qui sont des interprétations. Pour elle, photographier est une façon d’habiter le réel de manière poétique et sensible.

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