Une scénographie en miroir
Co-commissaire de la rétrospective consacrée à Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton, Marie-Laure Bernadac revient sur la genèse de ce projet, auquel l’artiste a souhaité l’associer. Elle avait en effet déjà exposé son travail en 1999 au CAPC de Bordeaux. Pour cette nouvelle présentation, la scénographie, conçue comme une « boule à facettes », joue un rôle central. L’artiste a été immédiatement séduite par cette proposition qui utilise des miroirs pour démultiplier les perspectives et les regards, offrant une vision originale de son œuvre, loin des rétrospectives plus classiques de Londres ou du MoMA.
« Cet effet de miroir, évidemment, colle au travail parce que d’abord, on se voit vrai ou faux, les tableaux sont démultipliés, donc il y a toute cette idée de l’artiste du miroir, de s’exposer, de se regarder », explique la commissaire.
Des débuts aux tapisseries Instagram
L’exposition met en lumière des facettes méconnues du travail de Cindy Sherman, en particulier ses toutes premières œuvres. Marie-Laure Bernadac tenait à montrer la « matrice » de sa création, des petits films aux collages de la série « Play of Self », où se mêlent déjà les thèmes de la mode, du cinéma, de l’identité et du genre. L’autre nouveauté majeure est la présentation de ses travaux les plus récents, réalisés entre 2018 et 2020, qui n’avaient jamais été montrés en France. On y découvre notamment des tapisseries monumentales, issues de ses expérimentations sur Instagram.
L’artiste y utilise les applications pour se déformer, prenant le contre-pied de la culture du selfie. Pour donner une existence matérielle à ces images éphémères, elle les transforme en tapisseries, passant du pixel au fil, du petit format au portrait « gigantesque et monstrueux ».
Le corps, entre grotesque et monstruosité
Marie-Laure Bernadac aborde également la dimension plus sombre et transgressive de l’œuvre de Cindy Sherman. Une partie de l’exposition est consacrée à des séries comme les « Sex Pictures », où l’artiste disparaît au profit de mannequins et de prothèses pour explorer un érotisme déshumanisé, en pleine épidémie du Sida. Ces œuvres, ainsi que ses contes de fées macabres, révèlent une fascination pour le gore, le grotesque et le carnavalesque, une facette de la culture américaine. C’était aussi pour elle une manière de réagir au succès de ses séries précédentes.
« Elle dit donc je vais leur faire des trucs horribles, dégueulis, vomi, et personne ne mettra ça sur son caractère », raconte Marie-Laure Bernadac. Cette exploration de la monstruosité la rapproche, selon la commissaire, d’autres grandes artistes femmes comme Louise Bourgeois, qui partagent une capacité à sonder les tréfonds de la sensibilité féminine.
Les références de l’épisode
- Cindy Sherman
- Fondation Louis Vuitton
- Olivier Michelon
- Ludovic Delalande
- CAPC-Musée d’art contemporain de Bordeaux
- MoMA (Museum of Modern Art)
- Série « Film Stills »
- Série « Play of Self »
- Clément Cogitore
- Annette Messager
- Louise Bourgeois
- Marie-Dario Sec
- Série « Sex Pictures »
- L’exposition au « jeu de poume » (mentionnée comme passée)
Au fil de l’épisode
- La demande de Cindy Sherman d’associer Marie-Laure Bernadac au projet d’exposition.
- La scénographie de l’exposition, conçue comme une boule à facettes avec de nombreux miroirs.
- L’importance de montrer les premières œuvres de l’artiste, la « matrice » de son travail.
- Les thèmes déjà présents à ses débuts : mode, cinéma, identité, genre.
- La présentation des œuvres récentes (2018-2020), inédites en France.
- L’utilisation d’Instagram par Cindy Sherman pour se déformer et critiquer la culture du selfie.
- La transformation de ses photos Instagram en tapisseries monumentales.
- Le dialogue entre les œuvres de Cindy Sherman et celles d’autres artistes comme Clément Cogitore ou Annette Messager.
- La revendication d’une identité multiple comme une spécificité féminine dans l’art.
- L’évolution de l’image de la femme dans son travail, de la starlette aux personnages grotesques.
- La série des « Sex Pictures », où elle utilise des prothèses et des mannequins à l’époque du Sida.
- Sa volonté de créer des images « horribles » pour contraster avec le succès de ses œuvres précédentes.
- Le parallèle avec l’univers de Louise Bourgeois sur les thèmes de l’identité et de la monstruosité.
- Le report de l’ouverture de l’exposition en raison du confinement.
- L’origine du projet, née de la collection de la Fondation Louis Vuitton.
FAQ
Qui est Marie-Laure Bernadac ?
Marie-Laure Bernadac est une commissaire d’exposition, spécialiste d’art contemporain. Dans cet épisode, elle intervient en tant que co-commissaire, aux côtés d’Olivier Michelon et Ludovic Delalande, de la rétrospective consacrée à l’artiste Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton. Elle avait déjà exposé le travail de cette dernière en 1999 au CAPC de Bordeaux, et c’est à la demande de l’artiste elle-même qu’elle a été associée à ce nouveau projet.
Quelle est la particularité de la scénographie de l’exposition Cindy Sherman ?
La scénographie de l’exposition est conçue pour être une expérience immersive et déroutante. Elle repose sur un jeu de miroirs et de facettes, à la manière d’une « boule à facettes » ou d’un éventail. Cette idée, proposée par le scénographe, a immédiatement plu à Cindy Sherman. L’effet de miroir démultiplie les œuvres et le regard du spectateur, faisant écho aux thèmes de l’identité, du reflet et de la multiplicité des personnages explorés par l’artiste.
Comment Cindy Sherman utilise-t-elle Instagram dans son art ?
Cindy Sherman utilise Instagram à contre-courant de l’usage habituel. Plutôt que de se mettre en valeur, elle se sert des applications et des filtres pour se déformer, se rendre laide et grotesque, critiquant ainsi la culture du selfie. Considérant que ces images ne sont pas des œuvres d’art en soi, elle a trouvé un moyen de leur donner une matérialité : elle les transforme en tapisseries monumentales, passant de l’image numérique éphémère à un objet d’art textile et pérenne.
Pourquoi certaines œuvres de Cindy Sherman sont-elles considérées comme dérangeantes ?
Une partie du travail de Cindy Sherman explore des thèmes sombres et transgressifs. C’est le cas de la série des « Sex Pictures », réalisée à l’époque de l’épidémie du Sida, où elle met en scène des mannequins et des prothèses dans des postures érotiques et déshumanisées. D’autres œuvres s’inspirent de contes de fées pour créer des scènes macabres. L’artiste revendique cette dimension « gore et trash » pour choquer et réagir au succès commercial de ses œuvres plus accessibles.

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