Une marche sous tension
Marine Lanier raconte son entrée en scène dans un projet de marche au long cours, au kilomètre 2616. Elle évoque l’appréhension qui a précédé son départ : la peur de ne pas tenir physiquement, l’angoisse de la solitude, mais aussi la pression de prendre le relais après les autres participants et de ne pas rompre la chaîne. Les deux premiers jours sont particulièrement difficiles, entre la nécessité de marcher, de trouver un logis, de prendre des photos et de rédiger des textes quotidiens. C’est finalement en fuyant la ville de Montpellier pour se plonger dans la nature des gorges de l’Hérault, une région qu’elle ne connaissait pas, que les choses se mettent en place. La beauté sauvage de l’arrière-pays et la force des rencontres lui permettent de trouver son rythme.
« Au départ, il y avait beaucoup de peur aussi physique, la peur aussi de ne pas arriver à tout faire. »
Du réel à la fiction
Le parcours de la photographe s’articule autour de trois lieux principaux qui ont particulièrement nourri son imaginaire. D’abord Anjan, une ville à l’histoire dense, ancienne abbaye devenue bagne pour enfants, où elle rencontre un jeune homme au visage « à la Pasolini ». Puis le pont du Diable, théâtre de rituels initiatiques où des jeunes gens se mesurent au paysage en plongeant de plusieurs mètres de haut. Enfin, le lac de Salagou et le village de Selle, qui a échappé à l’engloutissement. Ces lieux, chargés de légendes locales, imprègnent ses textes et ses images, la faisant basculer dans une forme d’autofiction. Elle se raconte une histoire pour tenir, endossant l’identité d’un personnage masculin, un « bandit de grand chemin ».
Cette marche hypnotique donne naissance à ce qu’elle appelle un « troisième lieu », un espace mental entre le réel, le rêve et le mirage, influencé par des références cinématographiques comme les films d’Antonioni.
Un travail en arborescence
Cette expérience a profondément marqué son travail, ouvrant des portes sur d’autres projets. Elle explique que ses séries ne sont jamais des espaces clos et qu’elle se sent libre de les revisiter. La marche a notamment donné naissance à une autre série, « Les Contrebandiers », une commande du CNAP qui résonne avec la découverte de ses origines italiennes. Pour Marine Lanier, les projets se nourrissent les uns les autres dans un processus créatif qu’elle décrit comme une arborescence plutôt que comme une ligne droite. Elle évoque ainsi ses expositions en cours, comme celle au Photonale de Beauvais, et ses résidences, qui s’enrichissent mutuellement.
« Pour moi c’est important en fait de pouvoir rejouer les cartes de certaines séries. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Pasolini, Antonioni, Alexandre.
- Lieux : Montpellier, Gorges de l’Hérault, Anjan, Pont du Diable, Saint-Guilhem-le-Désert, Lac de Salagou, village de Selle.
- Œuvres et projets : Le Désert rouge (film), « Les Contrebandiers » (série photographique), « Azimuth » (exposition), « Le Capitaine de vaisseau » (projet en résidence).
- Institutions : CNAP (Centre national des arts plastiques), Photonale de Beauvais, L’Imagerie (lieu de résidence).
Au fil de l’épisode
- Le début de la marche au kilomètre 2616, dans le cadre d’un relais photographique.
- Les peurs initiales : la solitude, le défi physique et la pression de la réussite.
- La gestion logistique des premiers jours : marcher, écrire, photographier et trouver un abri.
- La découverte des gorges de l’Hérault, un arrière-pays sauvage qui l’a surprise.
- Le sentiment d’évoluer dans un « western de l’arrière-pays ».
- L’organisation de son parcours autour de trois points d’ancrage principaux.
- Premier lieu : Anjan, son histoire d’abbaye transformée en bagne d’enfants.
- La rencontre avec Alexandre, un jeune homme au visage rappelant les films de Pasolini.
- Deuxième lieu : le pont du Diable, un site de plongeons et de rites initiatiques pour les jeunes.
- La confrontation avec une nature hostile et la dangerosité du lieu.
- Troisième lieu : le lac de Salagou et le village de Selle, qui devait être englouti.
- L’influence des légendes locales sur ses textes et ses photographies.
- La création d’un personnage fictionnel masculin, un « bandit de grand chemin », pour l’aider à avancer.
- La marche comme état d’auto-hypnose produisant un « film mémoriel ».
- Les références cinématographiques inconscientes, notamment à Antonioni et son film Le Désert rouge.
- L’émergence d’un « troisième lieu », entre le réel, le rêve et le mirage.
- Sa conception des séries photographiques comme des projets ouverts, jamais définitivement clos.
- L’envie de retourner sur certains lieux, notamment celui des plongeurs, pour y réaliser des vidéos.
- La série « Les Contrebandiers », une commande du CNAP née de cette expérience et liée à son histoire familiale.
- Sa méthode de travail « en arborescence », où les projets se nourrissent mutuellement.
FAQ
Qui est Marine Lanier ?
Marine Lanier est une photographe qui a participé à un projet artistique sous la forme d’une longue marche en relais. Dans cet épisode, elle partage son expérience solitaire dans la région de l’Hérault, où elle a dû combiner la marche, la prise de vue et l’écriture quotidienne. Son travail explore la frontière entre le réel et la fiction, en s’inspirant des paysages et des légendes des lieux qu’elle traverse.
En quoi consistait l’expérience de marche de Marine Lanier ?
Son expérience faisait partie d’un projet collectif où plusieurs photographes se relayaient pour parcourir un long trajet. Elle a pris le relais au kilomètre 2616, près de Montpellier, pour une marche en solitaire de plusieurs jours. Le défi était à la fois physique, logistique et créatif, puisqu’elle devait chaque jour produire des images et des textes tout en assurant sa progression et son hébergement.
Quels lieux de l’Hérault ont marqué son parcours ?
Marine Lanier a été particulièrement marquée par la nature sauvage des gorges de l’Hérault. Son parcours s’est cristallisé autour de trois lieux forts : Anjan, une ville à l’histoire complexe (ancienne abbaye puis bagne pour enfants) ; le pont du Diable, un lieu de rites de passage pour de jeunes plongeurs ; et le lac de Salagou, avec le village de Selle qui a échappé à l’engloutissement.
Comment la fiction s’est-elle invitée dans son projet ?
Face à la solitude et à l’intensité de la marche, Marine Lanier a laissé la fiction s’emparer de son expérience. En s’imprégnant des légendes locales et de l’atmosphère des paysages, elle s’est créé un personnage masculin de « bandit de grand chemin ». Cet alter ego fictionnel lui a permis de transformer l’épreuve physique en une quête onirique, un récit personnel où elle devenait l’héroïne de sa propre histoire.
Quel est le lien entre sa marche et la série « Les Contrebandiers » ?
La marche dans l’Hérault a servi de catalyseur à un projet ultérieur intitulé « Les Contrebandiers ». Cette nouvelle série, qui a fait l’objet d’une commande du CNAP, prolonge les thèmes de l’errance et de la fiction explorés pendant son périple. Elle y fait également un lien avec son histoire familiale, ayant découvert que son arrière-grand-mère était italienne, ce qui a fait remonter des références au cinéma de ce pays.

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