La naissance d’une évidence
Pierre Terdjman raconte que le projet #Dysturb est né d’un besoin personnel en 2014, à son retour de Centrafrique. Marqué par un conflit d’une grande violence, il ressentait une frustration face au peu de visibilité de ses images dans la presse traditionnelle. L’idée de départ était simple : utiliser la rue, comme il avait pu le faire plus jeune avec le graffiti, pour montrer ses photos en grand format. Une rencontre avec un imprimeur lui permet de concrétiser cette envie. Très vite, il décide d’ouvrir le projet à d’autres photographes revenant de reportage pour ne pas se limiter à son propre travail.
Le collectif s’organise rapidement : un nom est trouvé, un logo créé, et les images collées sont systématiquement accompagnées de légendes pour que les passants puissent comprendre le contexte. « On a assez vite développé le truc », explique-t-il.
De l’affichage à la pédagogie
Le projet prend une nouvelle dimension en s’orientant vers l’éducation aux médias. Constatant l’intérêt des jeunes pour leurs affichages, les membres de #Dysturb développent des interventions scolaires. Le principe est de coller une photo dans la cour de récréation et d’utiliser des kits pédagogiques pour engager la discussion avec les élèves. Cette approche attire l’attention d’organisations comme les Nations Unies ou la Magnum Foundation, avec qui le collectif monte des campagnes de curation thématiques sur les réfugiés ou l’environnement. Si l’initiative a pu être accueillie avec scepticisme au début, Pierre Terdjman insiste sur le modèle éthique du collectif : « Nous on a toujours payé tout le monde dès le départ ».
#Dysturb n’est pas dans une démarche de vandalisme, mais « d’occupation de l’espace urbain à des fins de sensibilisation », utilisant des murs déjà tagués et de la colle à l’eau pour un impact informatif et non dégradant.
Un nouveau regard sur l’information
Pour Pierre Terdjman, le métier de photojournaliste a radicalement changé. L’ancien modèle des grandes agences comme Gama est révolu. Il estime qu’aujourd’hui, un photographe doit savoir diversifier ses revenus et devenir son propre média, notamment grâce aux réseaux sociaux qui permettent de toucher une audience parfois plus large que la presse papier. L’enjeu n’est plus seulement de produire des images, mais de trouver comment les montrer et à qui. Il s’agit de s’adresser à un public qui ne consomme pas l’information traditionnelle, de manière plus simple et plus directe. « Être dans la rue c’est vraiment le meilleur moyen d’être visible », affirme-t-il.
Cette philosophie se concrétise avec l’ouverture d’un nouvel espace à Paris, en collaboration avec le Consulat de Paris. Ce lieu accueillera des expositions, des conférences, des projections et des ateliers d’éducation à l’image, poursuivant la mission de #Dysturb de rendre l’information accessible à tous.
Les références de l’épisode
- Personnes : Pierre Terdjman, Benjamin Jirette, Benjamin Petit, Laurence Cornet, Thibaut Camus, Agnès Derbé, Laurence Gé, Jérôme Delet, Chauvin, Kidu, Lionel Benson Moun, Gipsy Ferrari.
- Organisations et médias : #Dysturb, Consulat de Paris, Nations Unies, Magnum Foundation, CICR (Comité international de la Croix-Rouge), Visa pour l’image, Agence Gama, Paris Match, The New York Times, Libération, Instagram, Facebook, Snapchat.
- Lieux : Centrafrique, Paris, New York, Mexico, Johannesburg, Jérusalem.
Au fil de l’épisode
- La genèse du projet #Dysturb après un reportage marquant en Centrafrique en 2014.
- L’envie d’utiliser la rue pour diffuser des photos en grand format.
- La première campagne d’affichage et la décision d’inclure d’autres photographes.
- La structuration du collectif : un nom, un logo et des légendes pour contextualiser les images.
- Le développement de l’éducation aux médias dans les écoles.
- La création de kits pédagogiques pour les professeurs et les élèves.
- Les collaborations avec des institutions internationales comme les Nations Unies.
- La création de campagnes mondiales à New York, Mexico ou Johannesburg.
- La perception initiale du projet par le milieu du photojournalisme.
- Le modèle économique de #Dysturb, qui rémunère les photographes pour chaque collage.
- La distinction entre l’occupation de l’espace urbain à des fins de sensibilisation et le vandalisme.
- La rue comme le plus grand réseau social au monde pour diffuser une information factuelle.
- L’évolution du métier de photojournaliste et la fin du modèle des grandes agences.
- La nécessité pour les photographes de devenir leur propre média et de diversifier leurs revenus.
- Le pouvoir des réseaux sociaux pour atteindre directement un large public.
- L’importance de toucher un public qui ne consomme pas l’information traditionnelle.
- La collaboration avec le Consulat de Paris pour l’ouverture d’un nouvel espace.
- Le programme du lieu : expositions, conférences, projections et éducation à l’image.
FAQ
Qui est Pierre Terdjman ?
Pierre Terdjman est un photographe professionnel depuis 2001. Il est surtout connu comme l’un des co-fondateurs du collectif #Dysturb, une initiative visant à afficher le photojournalisme dans l’espace public. Fort de son expérience de terrain, notamment pour des médias comme Paris Match ou le New York Times, il a voulu créer un nouveau moyen de diffusion pour des reportages qui, selon lui, n’avaient pas assez de visibilité dans la presse traditionnelle.
Qu’est-ce que le projet #Dysturb ?
#Dysturb est un collectif de photographes fondé par Pierre Terdjman, Benjamin Jirette, Benjamin Petit et Laurence Cornet. Son objectif est de rendre les grands sujets de photojournalisme accessibles au plus grand nombre en collant des photographies grand format sur les murs des villes. Le projet inclut également un volet important d’éducation aux médias, avec des interventions et des outils pédagogiques développés pour les jeunes et les scolaires.
Pourquoi #Dysturb a-t-il été créé ?
Le projet est né en 2014 d’une frustration de Pierre Terdjman à son retour d’un reportage sur le conflit en Centrafrique. Estimant que ses photos n’avaient pas été suffisamment vues, il a cherché un moyen de raconter cette histoire directement au public. L’idée d’utiliser la rue comme une galerie à ciel ouvert s’est imposée comme une évidence pour toucher un public différent et assurer une meilleure visibilité à des sujets d’actualité importants.
Comment #Dysturb se différencie-t-il de la presse traditionnelle ?
#Dysturb se distingue en sortant l’information du cadre des magazines ou des écrans pour l’intégrer dans le quotidien des gens, dans la rue. Cette approche permet de présenter des faits bruts, sans le filtre des analyses ou des opinions des commentateurs. Le collectif cherche à toucher une audience plus jeune ou moins habituée à consommer l’information, en proposant un accès plus direct, visuel et pédagogique aux grands enjeux contemporains.
Quelle est la vision de Pierre Terdjman sur l’avenir du photojournalisme ?
Selon Pierre Terdjman, le modèle traditionnel du photojournalisme, basé sur les commandes des agences et des magazines, est révolu. Il pense que les photographes doivent aujourd’hui se réinventer en devenant leurs propres médias. Cela implique de construire leur propre audience via les réseaux sociaux, de diversifier leurs sources de revenus et de trouver des manières innovantes de diffuser leur travail pour toucher le public qu’ils souhaitent réellement informer.

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