Portrait de Sylvie Dannay, rédactrice photo, invitée du podcast 9 Lives Magazine

Covid-19 et les métiers de la presse : Entretien avec Sylvie Dannay, rédactrice photo

Un service photo en télétravail forcé

Sylvie Dannay, rédactrice photo pour le quotidien La Croix depuis vingt ans, raconte comment la crise du Covid-19 a brutalement imposé le télétravail à son service. Alors que son équipe et elle-même avaient refusé cette option quelques mois plus tôt, la jugeant incompatible avec les besoins de concertation et de contact du métier, ils ont dû s’adapter. Contre toute attente, l’organisation à distance fonctionne, notamment grâce à des outils comme Teams. Le service, composé de cinq personnes, parvient à faire tourner le journal alors que moins de dix personnes sont présentes physiquement à la rédaction.

Malgré cette réussite technique, elle confie son manque du contact humain, que ce soit les échanges spontanés avec ses collègues ou les rencontres avec les photographes. « Ce qui me manque aussi, c’est le contact avec les photographes, très clairement. » Elle souligne également l’importance des vernissages, non pas pour la fête, mais comme des lieux d’échanges essentiels qui nourrissent son travail et lui apportent de nouvelles idées.

Le photojournalisme sous contrainte

Le confinement a profondément modifié la manière de commander et de produire des images. Les reportages à l’étranger sont à l’arrêt, et les déplacements en France sont très limités. Pour un sujet en Alsace, Sylvie Dannay a dû faire appel à un photographe de la presse quotidienne régionale qu’elle ne connaissait pas, une solution pragmatique dictée par la proximité géographique. Le choix des photographes est désormais soumis à de nouvelles contraintes : leur volonté de travailler, leur équipement de protection et la nécessité de leur fournir une lettre de mission pour leurs déplacements.

Évoquant une polémique liée à un numéro du magazine Le Monde ne présentant que des photographes hommes confinés, elle se positionne contre l’idée de quotas. Pour elle, le talent prime sur le genre, et elle affirme que La Croix fait travailler de nombreuses femmes photographes sans distinction. « C’est le photographe qui prime, c’est comme tout, c’est le professionnel quel que soit le domaine. »

Les références de l’épisode

  • Personnes : Anne Hidalgo
  • Médias : La Croix, Le Pèlerin, Le Monde, L’Alsace, Les DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace), Le JDD (Le Journal du Dimanche)
  • Agences photo : AFP, Reuters, AP, Max PPP, DPA
  • Entreprises : Bayard Presse
  • Outils : Microsoft Teams
  • Lieux : Colmar, Strasbourg

Au fil de l’épisode

  • Le quotidien d’une rédactrice photo à La Croix depuis 30 ans au sein du groupe Bayard.
  • L’organisation du service photo en télétravail quasi-total durant le confinement.
  • Les réticences initiales du service photo face au télétravail, et le changement d’avis forcé par la crise.
  • Les avantages personnels du télétravail, comme l’économie de temps de transport.
  • Le manque du contact direct avec les collègues et les photographes.
  • L’importance des vernissages comme lieu d’échange professionnel et de découverte.
  • La diminution des reportages sur le terrain et l’arrêt des commandes à l’étranger.
  • L’exemple d’un reportage en Alsace, réalisé au téléphone par le journaliste mais illustré par un photographe local.
  • Les nouvelles difficultés pour commander des reportages : trouver un photographe proche, s’assurer de sa volonté et de sa sécurité.
  • L’impact économique de la crise sur La Croix : baisse des ventes en kiosque et des revenus publicitaires, mais fidélité des abonnés.
  • La forte augmentation des abonnements numériques, accélérant la réflexion sur le futur digital du journal.
  • La difficulté de trouver des photos d’actualité non liées au Covid-19.
  • Les échanges avec les photographes pour les conseiller et réfléchir à l’après-crise.
  • La réaction à la polémique du magazine Le Monde sur la publication de photographes confinés exclusivement masculins.
  • Sa position contre les quotas hommes-femmes, privilégiant la compétence du photographe avant tout.

FAQ

Qui est Sylvie Dannay ?

Sylvie Dannay est rédactrice photo pour le quotidien national La Croix. Au moment de l’entretien, elle travaille depuis 30 ans dans la presse au sein du groupe Bayard, dont 20 ans pour La Croix. Son métier consiste à choisir les photographies qui illustrent les articles du journal, à passer des commandes auprès des photographes et à gérer les relations avec eux et les agences photo.

Comment le journal La Croix s’est-il adapté au confinement de 2020 ?

Durant le confinement lié au Covid-19, la rédaction de La Croix a massivement basculé en télétravail. Sur 145 personnes, moins de dix étaient présentes chaque jour dans les locaux. Le service photo, composé de cinq personnes, a fonctionné presque entièrement à distance, utilisant des outils de communication comme Teams pour collaborer et assurer la parution quotidienne du journal malgré les contraintes.

Quel a été l’impact de la crise du Covid-19 sur le travail des photojournalistes ?

La crise a fortement limité le travail des photojournalistes. Les commandes de reportages, notamment à l’étranger, ont été suspendues. Pour les sujets en France, la presse a dû privilégier des photographes locaux pour éviter les longs déplacements. Les conditions de travail ont changé, avec la nécessité pour les photographes de disposer d’équipements de protection et d’une lettre de mission officielle pour se déplacer.

Quelle est la position de Sylvie Dannay sur la place des femmes photographes dans la presse ?

Sylvie Dannay se déclare opposée à l’instauration de quotas pour assurer la parité entre hommes et femmes. Selon elle, le seul critère de sélection doit être la qualité du travail et le professionnalisme du photographe, indépendamment de son genre. Elle précise qu’à La Croix, le service photo fait travailler de nombreuses femmes sans se poser la question du genre, sauf dans des cas très spécifiques comme un reportage dans un monastère.


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