Le photographe Thierry Ardouin, invité du podcast 9 Lives Magazine

Les Photaumnales 2019 : Rencontre avec Thierry Ardouin : Bonne ou mauvaise graine ?

La beauté cachée du vivant

Invité aux Photaumnales de Beauvais, Thierry Ardouin expose sa série « Portraits de graines », un projet né en 2009. À l’origine, une démarche journalistique pour le collectif Tendance Floue : interroger la notion de graines « légales » et « illégales » en faisant une analogie avec la question des sans-papiers, très présente à l’époque. Une graine de carotte certifiée ressemble-t-elle à une graine paysanne, sans « papiers » ? Pour le savoir, il fallait s’approcher, faire des portraits. C’est en plaçant les semences sous son microscope que le photographe a basculé de l’enquête à la contemplation. « Je me suis dit : mais c’est quoi cette beauté ? », raconte-t-il. Son travail a alors pris une autre dimension : révéler la splendeur du vivant pour mieux donner envie de le préserver.

Cette quête esthétique, qui transforme des graines en vaisseaux spatiaux ou en objets cosmiques, a séduit l’éditeur Xavier Barral, qui lui a proposé d’en faire un livre. Le projet s’est alors enrichi de spécimens issus des collections historiques du Muséum d’Histoire Naturelle.

Une agriculture sous contrôle

Derrière la beauté des formes et des couleurs, le photographe n’oublie jamais le fond politique de son sujet. Il dénonce un système où les agriculteurs ne peuvent semer que des graines inscrites à un catalogue officiel, favorisant une standardisation au profit des grands semenciers. Ces derniers, explique-t-il, ont nivelé la richesse du vivant, remplaçant des centaines de variétés locales adaptées à leur terroir par une poignée de semences standard, souvent non reproductibles. Il évoque les conséquences dramatiques de ce modèle, comme la « Révolution Verte » en Inde qui a épuisé les nappes phréatiques ou les vagues de suicides de paysans endettés par l’achat de semences OGM et des pesticides associés.

Face à cette privatisation du vivant, des réseaux de résistance s’organisent, comme les paysans-boulangers qui recherchent des semences anciennes. Thierry Ardouin rappelle le rôle essentiel d’institutions comme l’INRA, qui conserve des ressources biologiques et peut fournir des graines de variétés anciennes aux agriculteurs qui souhaitent retrouver leur autonomie.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Thierry Ardouin, Pascal Therme, Xavier Barral, Gilles Clément, Yann Solo.
  • Organisations et collectifs : Tendance Floue, Muséum d’Histoire Naturelle, INRA (Institut national de la recherche agronomique).
  • Événements et publications : Les Photaumnales, revue « Made in France ».
  • Œuvres citées : série « Portraits de graines », livre « Évolution » (de Xavier Barral), saga Star Wars.

Au fil de l’épisode

  • Présentation de l’exposition « Portraits de graines » au festival des Photaumnales 2019.
  • L’esthétique surprenante des graines au microscope, comparées au vaisseau de Yann Solo dans Star Wars.
  • La genèse du projet en 2009 : une analogie entre les graines « sans-papiers » et les immigrés clandestins.
  • Le basculement du projet journalistique vers une quête esthétique pour révéler la beauté du vivant.
  • La découverte des graines certifiées colorées, signe de leur traitement avec des produits toxiques.
  • La rencontre avec l’éditeur Xavier Barral et le projet de livre, enrichi par les collections du Muséum d’Histoire Naturelle.
  • La dimension politique du sujet : le contrôle des semences par l’agro-industrie et la standardisation du vivant.
  • L’exemple de la « Révolution Verte » en Inde et ses conséquences sur l’épuisement des ressources en eau.
  • La problématique des OGM, vendus avec des pesticides obligatoires, et leurs conséquences sociales dramatiques.
  • La résistance des paysans-boulangers et le rôle de l’INRA dans la préservation de la biodiversité.
  • Le symbolisme de la graine, sa dormance et ses stratégies de dissémination.
  • L’annonce de la sortie du livre au printemps 2020.

FAQ

Qui est Thierry Ardouin ?

Thierry Ardouin est un photographe français, co-fondateur en 1991 du collectif Tendance Floue. Son travail explore souvent les liens entre l’humain et son environnement. Dans sa série « Portraits de graines », il allie une approche esthétique, révélant la beauté microscopique des semences, à une dimension journalistique et politique forte, qui questionne la biodiversité et le contrôle de l’agriculture par l’industrie.

Quel est le sujet de la série « Portraits de graines » ?

Cette série photographique explore le monde des semences à travers des images en très gros plan. Le projet a débuté comme une enquête sur les graines « légales », inscrites à un catalogue officiel, et les graines « illégales » ou paysannes. Il a ensuite évolué pour mettre en lumière la beauté formelle et la diversité du vivant, tout en conservant une portée critique sur la standardisation agricole et la privatisation des semences.

Pourquoi certaines graines photographiées sont-elles colorées ?

Thierry Ardouin explique que les couleurs vives de certaines graines certifiées ne sont pas naturelles. Elles signalent que les semences ont été enrobées de produits toxiques. Ce traitement chimique a pour but de les protéger des parasites et des champignons durant la phase de germination. Cette coloration est donc un marqueur visuel des pratiques de l’agriculture industrielle.

Quel est le problème posé par les semences de l’agro-industrie ?

Selon l’épisode, les grands semenciers favorisent une uniformisation des cultures en vendant des graines standardisées, souvent non reproductibles d’une année sur l’autre (comme les OGM). Cela crée une dépendance des agriculteurs, qui doivent racheter leurs semences chaque année. Ce modèle entraîne une perte de biodiversité, car les variétés locales, adaptées à leur terroir, disparaissent au profit de quelques variétés mondialisées.


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