Sur le terrain, à la poursuite des meurtres
Pour Véronique de Viguerie, un reportage commence toujours avec un angle précis. Partie aux Philippines pour le magazine Marie-Claire, son objectif initial était de documenter le sort des veuves et des enfants des victimes de la guerre contre la drogue. Une fois sur place, la réalité du terrain prend le dessus. Elle raconte comment les journalistes et photographes, souvent philippins, se postent près des commissariats et suivent la police dès qu’une intervention est lancée pour arriver sur les lieux des meurtres. Un système macabre s’est même mis en place, où certains policiers préviennent directement les pompes funèbres pour toucher une commission sur chaque cadavre.
Son approche consiste alors à « commencer l’histoire à l’envers » : partir du cadavre, attendre que le corps soit identifié, puis se faire accepter par la famille pour suivre les funérailles et raconter leur histoire.
Montrer le contexte, dénoncer l’arbitraire
Au-delà des scènes de crime, Véronique de Viguerie insiste sur la nécessité de montrer le contexte pour que le reportage ait du sens. Photographier la vie à Manille, la ferveur catholique ou les relations familiales permet de comprendre l’environnement dans lequel cette violence s’inscrit. C’est en documentant cette réalité qu’elle a découvert le bras de fer entre l’Église et le président Duterte, un sujet qui a donné lieu à un second reportage pour le magazine Géo. Pour elle, cette situation est emblématique d’un phénomène plus large : la montée du populisme.
« Au prix de la sécurité, beaucoup de gens dans beaucoup de pays […] sont prêts à accepter n’importe quoi », explique-t-elle. Ce permis de tuer accordé par le pouvoir ouvre la porte à tous les règlements de comptes, où n’importe qui peut être éliminé sous prétexte de trafic de drogue.
Les références de l’épisode
- Personnes : Rodrigo Duterte
- Lieux : Philippines, Manille, Irak
- Médias : Marie-Claire, Géo
- Institutions : l’Église catholique, la Cour de Justice Internationale
- Substances : le « shabu » (méthamphétamine)
Au fil de l’épisode
- L’importance d’avoir un angle précis avant de partir en reportage.
- La méthode pour couvrir les exécutions : suivre la police et les autres journalistes sur les scènes de crime.
- Le système de corruption mis en place entre certains policiers et les pompes funèbres.
- L’approche narrative consistant à « commencer l’histoire à l’envers », en partant du cadavre pour remonter jusqu’à la famille.
- La découverte sur le terrain du conflit entre l’Église catholique et le président Duterte.
- La nécessité de photographier le contexte social et religieux pour donner de la profondeur au récit.
- L’analyse de la situation philippine comme un symptôme de la montée mondiale du populisme.
- Le parallèle avec l’opinion publique acceptant la condamnation à mort de djihadistes français en Irak.
- Comment le « permis de tuer » ouvre la porte à tous les abus et règlements de comptes personnels.
FAQ
Qui est Véronique de Viguerie ?
Véronique de Viguerie est une photojournaliste française. Dans cet épisode, elle parle de son expérience de terrain, notamment de son reportage aux Philippines qui documente la violente guerre contre la drogue menée par le président Rodrigo Duterte. Son travail vise à montrer non seulement la violence des événements, mais aussi le contexte social et humain dans lequel ils se déroulent, en se concentrant sur le sort des familles des victimes.
Quel est le sujet de son reportage aux Philippines ?
Le reportage de Véronique de Viguerie porte sur la guerre contre la drogue déclarée par le président philippin Rodrigo Duterte. Elle s’est particulièrement intéressée aux conséquences humaines de cette politique, en documentant les exécutions extrajudiciaires et en racontant l’histoire des victimes, notamment des veuves et de leurs enfants. Son travail met en lumière l’arbitraire du pouvoir et la violence d’État qui en découle.
Comment une photojournaliste travaille-t-elle dans un tel contexte ?
Véronique de Viguerie explique qu’elle travaille en immersion, souvent en collaboration avec des journalistes locaux. Pour couvrir les meurtres, elle suivait les convois de police ou se fiait aux informations de confrères. Une fois sur une scène de crime, son approche consiste à « commencer l’histoire à l’envers » : elle suit le corps de la victime, attend son identification, puis tente de se faire accepter par la famille pour documenter leur deuil et leur histoire.
Pourquoi le contexte est-il si important dans ses photos ?
Pour Véronique de Viguerie, se contenter de photographier les cadavres ne suffirait pas à expliquer la situation. Elle estime crucial de montrer le contexte plus large : la vie quotidienne à Manille, la ferveur religieuse des Philippins, ou les relations familiales. Ces éléments permettent de comprendre les tensions sociales et politiques, comme le conflit entre l’Église catholique et le président Duterte, et de donner une dimension plus humaine et complète à son reportage.
Quel lien fait-elle entre la situation aux Philippines et le populisme ?
Elle analyse la situation philippine comme un exemple de la montée du populisme à l’échelle mondiale. Selon elle, le président Duterte a été élu sur la promesse de régler le problème de la drogue, et une partie de la population accepte la violence extrême de ses méthodes en échange de cette promesse de sécurité. C’est un phénomène où, au nom d’un objectif jugé prioritaire, les gens sont prêts à fermer les yeux sur des violations graves des droits humains.

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