
Dans 101 Visages, le photojournaliste Reza raconte l'histoire d'un de ses portraits : celui du couturier Azzedine Alaïa, réalisé pour une page spéciale de Paris Match. De la visite de l'atelier à l'idée de poser le créateur à côté d'une Vénus, il retrace la naissance d'une image. Dans la seconde partie, Camille Liu, designeuse spécialiste de la maille, explique ce qui faisait d'Alaïa un vrai couturier et ce que son travail continue d'inspirer.
Une Vénus pour un sculpteur de vêtements
Dans cet épisode de 101 Visages, le photojournaliste Reza revient sur le portrait d’Azzedine Alaïa qu’il a réalisé pour Paris Match, à la demande du directeur photo du magazine, Michel Sola. La mode n’était pas son domaine, mais le personnage l’attirait : il voyait dans ce couturier d’origine tunisienne installé à Paris « avant tout un sculpteur », qui taillait des vêtements comme une seconde peau, avec une précision presque architecturale. Avant de photographier, Reza passe une journée dans l’atelier, sans appareil, à observer. Alaïa l’accueille avec du thé, l’interroge sur ses reportages en Afghanistan et en Iran, et s’enthousiasme en apprenant qu’il est architecte de formation : « on fait la même chose ». En marchant ensuite au bord de la Seine jusqu’au Louvre, Reza résume ce qu’il a vu en deux mots, « sculpteur » et « femme parfaite », et trouve son image : la Vénus. Faute de pouvoir approcher l’original, il loue une copie à l’atelier de moulage du Louvre et l’installe dans un studio. Il demande au couturier de venir avec son petit chien, dont la présence adoucit son regard.
Le jour de la prise de vue, Alaïa, de petite taille, doit monter sur un tabouret peu stable pour se tenir à hauteur de la statue, la main posée sur son épaule. Une seule lumière, un réflecteur, et une phrase du couturier devant le tirage : « Si tu étais une femme, je te ferais un vêtement. »
Un vrai couturier, hors du temps
Dans la seconde partie, Camille Liu, designeuse spécialiste de la maille, explique qu’Azzedine Alaïa était d’abord un couturier, c’est-à-dire un artisan très proche du tissu, des volumes et de la construction, ce qui est plus rare qu’on ne le croit dans la mode. Elle retrace son parcours : les beaux-arts à Tunis, l’arrivée à Paris, un passage écourté chez Christian Dior, une formation chez Guy Laroche. Elle insiste sur son regard de sculpteur, sur les essayages sur de vraies personnes jusqu’à la perfection, sur son travail du cuir et de la maille, poussé par des techniques et des machines qui lui étaient propres, et sur la qualité singulière de son noir. Selon elle, Alaïa a contribué à faire naître la figure du mannequin vedette en laissant chaque femme s’exprimer dans ses défilés, et a fait entrer un art de vivre dans la mode avec ses dîners ouverts, où il servait lui-même ses invités.
Elle décrit un créateur resté à l’écart du rythme des saisons, dont la maison perpétue aujourd’hui les codes, la table d’Alaïa et un lieu d’exposition à Paris.
Les références de l’épisode
- Azzedine Alaïa : couturier d’origine tunisienne installé à Paris, sujet du portrait de Reza.
- Paris Match : le magazine qui a commandé le portrait pour une page spéciale.
- Atelier de moulage du Louvre : il a loué à Reza une copie de la Vénus pour la prise de vue.
- Christian Dior et Guy Laroche : deux maisons où Alaïa est passé à ses débuts, selon Camille Liu.
- Naomi Campbell et Tina Turner : femmes qu’Alaïa habillait, citées par Reza ; Camille Liu évoque sa relation presque paternelle avec Naomi Campbell.
- Peter Lindbergh : photographe avec qui Alaïa collaborait en lui laissant sa liberté.
- Grace Jones : figure associée à l’époque des robes bandage d’Alaïa.
Au fil de l’épisode
- 00:01:14 : la commande de Paris Match pour un portrait d’Azzedine Alaïa
- 00:03:14 : Alaïa vu comme un sculpteur plus que comme un créateur de mode
- 00:04:40 : une journée d’observation dans l’atelier
- 00:05:59 : l’architecte et le couturier : « on fait la même chose »
- 00:07:59 : la marche jusqu’au Louvre et l’idée de la Vénus
- 00:10:57 : l’atelier de moulage du Louvre et la location de la statue
- 00:13:03 : la venue d’Alaïa avec son chien
- 00:14:11 : la découverte de la Vénus dans le studio
- 00:15:35 : une prise de vue sur un tabouret
- 00:17:01 : une seule lumière, un réflecteur et la réaction d’Alaïa
- 00:18:06 : Camille Liu sur le métier de couturier
- 00:18:59 : le parcours d’Alaïa, de Tunis à Paris
- 00:20:10 : son rapport aux femmes et à la féminité
- 00:21:35 : mannequins et photographes libres de s’exprimer
- 00:22:56 : volumes, cuir et maille
- 00:24:23 : convivialité et refus des compromis
- 00:26:29 : les robes bandage et la maille du soir
- 00:27:24 : le travail du noir
- 00:28:17 : l’art de vivre et l’héritage de la maison
FAQ
Comment Reza a-t-il photographié Azzedine Alaïa ?
Pour Paris Match, Reza a photographié Azzedine Alaïa en studio à côté d’une copie de la Vénus louée à l’atelier de moulage du Louvre, avec son petit chien. Le couturier, de petite taille, est monté sur un tabouret pour se placer à hauteur de la statue. L’image a été faite avec une seule lumière et un réflecteur.
Pourquoi Reza a-t-il choisi la Vénus pour ce portrait ?
Après une journée dans l’atelier, Reza a résumé Azzedine Alaïa en deux mots : « sculpteur » et « femme parfaite ». Il a vu en lui un créateur de Vénus modernes et a voulu le photographier à côté de la statue. Alaïa a deviné l’idée dès que Reza lui a donné ces deux mots.
Qu’est-ce qui distingue un couturier d’un designer selon Camille Liu ?
Pour Camille Liu, être couturier signifie être extrêmement proche du tissu, des volumes et de la construction, au prix d’un travail laborieux et d’une vie d’apprentissage. Il y a, dit-elle, beaucoup plus de designers et de directeurs créatifs que de couturiers devenus des marques, et Azzedine Alaïa faisait partie de ces derniers.
Quel est l’héritage d’Azzedine Alaïa dans la mode ?
Selon Camille Liu, Alaïa laisse des créations intemporelles, un travail technique de la maille et du cuir resté sans égal, et une manière d’associer amis, artistes et clientes à l’identité d’une maison. Sa marque perpétue ses codes et sa table, et un lieu d’exposition à Paris continue de faire connaître son œuvre.
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