
Le photojournaliste Reza revient dans 101 Visages sur une photographie prise en 1991 au Caire, dans une tribune où s'affrontent les supporters d'Al-Ahly et de Zamalek, deux clubs qui racontent selon lui les fractures de la ville. Le journaliste sportif Said El Abadi, auteur de « L'histoire du football africain », explique ensuite comment les ultras portent la voix du peuple et pourquoi la Coupe d'Afrique des Nations est liée aux indépendances du continent.
Al-Ahly contre Zamalek, le Caire dans une tribune
Dans cet épisode de 101 Visages, le photojournaliste Reza raconte la photographie qu’il a prise en 1991 lors d’un match entre Al-Ahly et Zamalek, les deux grands clubs du Caire, puis Said El Abadi, journaliste sportif et auteur de « L’histoire du football africain », explique ce que le football dit de l’Égypte, du monde arabe et de l’Afrique. Reza, qui jouait au football en club dans sa jeunesse, raconte sa commande pour le National Geographic : alors qu’il était habitué aux sujets précis du Time, de Géo ou de Paris Match, la rédaction lui demande de montrer « votre cœur » du Caire. Il comprend vite que la rivalité entre les deux clubs raconte la ville : selon lui, Al-Ahly, né en 1907, a été fondé par de jeunes Égyptiens presque anticolonialistes, tandis que Zamalek, installé sur l’île du même nom, accueillait les étrangers et la bourgeoisie. Au stade, il observe des supporters habillés différemment, des rangées vides tenues par des policiers en blanc pour séparer les tribunes, et un chef de la police qui ne regarde que le match. Il dit avoir retrouvé ces supporters côte à côte lors de la révolution de janvier sur la place Tahrir, où les ultras des deux clubs ont, selon lui, tenu face à l’attaque des partisans de Moubarak montés sur des chameaux. Sur son image, il cherchait à la fois une géométrie, des couleurs et une idée : être seul dans la foule.
« Nous sommes toujours entourés de gens, mais au fond, nous sommes seuls », dit Reza à propos de cette photographie.
La CAN, du panafricanisme au soft power
Said El Abadi rappelle que l’Égypte possède le plus grand palmarès du football africain et que la rivalité entre Al-Ahly et Zamalek, née selon lui en 1907 et 1911, compte environ 250 matchs depuis le premier, en 1917. Il distingue les ultras qui animent les stades de ceux qui, dans les pays arabes, se font les porte-parole du peuple sur la vie chère, l’éducation ou la santé, et cite le Hirak en Algérie ou les chants des supporters du Raja Casablanca au Maroc. Il retrace la naissance de la Coupe d’Afrique des Nations dans les années 1950, en pleine période des indépendances : entrer à la FIFA donnait une voix, et une sélection permettait de porter son drapeau dans le monde. Il juge que la CAN est aujourd’hui la troisième compétition de football la plus regardée de la planète, après la Coupe du monde et l’Euro, et regrette le regard longtemps condescendant, qu’il appelle folklorique, porté sur le football africain. Il évoque le rôle des diasporas, la demi-finale du Maroc à la Coupe du monde 2022 et l’usage politique du sport, qu’il appelle sportocratie, en citant le Maroc et le Rwanda, avec ses avantages et ses limites.
Pour lui, le football est une porte d’entrée vers l’histoire et la géopolitique : « le sport c’est politique ».
Les références de l’épisode
- « L’histoire du football africain » : livre de Said El Abadi, aux éditions Faces cachées
- Al-Ahly : club du Caire fondé en 1907, au cœur de la photographie de Reza
- Zamalek : club rival d’Al-Ahly, né sur l’île de Zamalek au Caire
- National Geographic : magazine pour lequel Reza a réalisé son reportage sur le Caire
- Place Tahrir : lieu de la révolution de janvier où Reza a vu les supporters des deux clubs marcher ensemble
- Coupe d’Afrique des Nations (CAN) : compétition créée dans les années 1950
- Raja Casablanca : club marocain dont les ultras sont connus pour leurs chants
- FIFA : fédération dont l’adhésion a donné une voix aux pays africains devenus indépendants
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 : description de la photographie de 1991 par une voix extérieure
- 00:01:52 : Reza et le football, de son enfance à ses reportages
- 00:03:18 : le stade comme arène et la commande du National Geographic sur le Caire
- 00:05:34 : « c’est votre cœur que nous voulons voir »
- 00:07:05 : Al-Ahly et Zamalek, deux clubs, deux classes sociales
- 00:09:44 : au stade, supporters et policiers
- 00:11:53 : les supporters des deux clubs réunis place Tahrir
- 00:13:43 : ce que raconte la photographie, seul dans la foule
- 00:14:59 : Said El Abadi, l’Égypte pays de sport
- 00:15:58 : naissance et histoire de la rivalité
- 00:17:15 : violence, ultras et contestation dans les tribunes
- 00:19:25 : le Hirak et les chants des ultras marocains
- 00:22:11 : la Coupe d’Afrique des Nations, troisième compétition la plus regardée
- 00:23:21 : le football, appui des indépendances africaines
- 00:25:04 : en finir avec le regard folklorique sur l’Afrique
- 00:27:01 : le rôle des diasporas
- 00:28:35 : soft power et sportocratie
- 00:30:18 : le football, porte d’entrée vers l’histoire
FAQ
Pourquoi Al-Ahly et Zamalek sont-ils rivaux ?
Selon Reza et Said El Abadi, Al-Ahly a été fondé en 1907 par de jeunes Égyptiens dans un esprit nationaliste face à la présence britannique, tandis que Zamalek, né quelques années plus tard, accueillait davantage les étrangers et l’élite. La rivalité, sportive au départ, est devenue celle de deux classes sociales.
Quel lien entre la Coupe d’Afrique des Nations et les indépendances ?
D’après Said El Abadi, la CAN est née dans les années 1950, au moment où les pays africains réclamaient leur indépendance. Devenir membre de la FIFA donnait une voix, et avoir une sélection permettait de porter son maillot et son drapeau dans le monde, et donc d’affirmer son indépendance.
Que montre la photographie de Reza prise au Caire en 1991 ?
Elle montre une tribune lors d’un match entre Al-Ahly et Zamalek : des supporters tendus, des rangées de policiers et de soldats chargés de séparer les camps. Reza dit y avoir cherché une géométrie de triangles, des couleurs, et surtout la solitude d’un homme au milieu de la foule.
BONUS #EP16 : Rachel Deghati – version longue
8 Oct
EP 16: L’humanitaire en Afghanistan – Aina
29 Sep
OFF 01: Massoud, 25 ans après
9 Sep
EP 15: La guerre du Liban – L’appel des martyrs
19 Juil
EP 14: La révolution aux Philippines – Ferdinand Marcos
9 Juin
EP 13: Information et censure dans la presse – Prométhée
9 Mai
EP 12: Témoigner de l’enfermement – l’incarcération en France
12 Avr
EP 11: Femmes Afghanes – Transmissions
9 Mar
EP 10: Azzedine Alaïa – Des courbes et du marbre
9 Fév
EP 08: L’épidémie du VIH – Le vent dans les tombes
9 Déc
EP 07: La petite fille de Sarajevo – Le siège
9 Nov
EP 06: La Libye sous Kadhafi – Le berger
9 Oct
Elles font la Culture : Marie Robert
25 Sep
S1302 – HOMMAGE À JEAN-FRANÇOIS LEROY, LE COFONDATEUR ET DIRECTEUR DE VISA POUR L’IMAGE
24 Sep
Dora Tishmann · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Alexis Pichot · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Laure Nillus · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Marine Lécuyer · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Sabatina Leccia · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Agné Gintalaitė · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Grégoire Delanos · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Dana Cojbuc · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Alessandra Calò · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Emilie Arfeuil · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
