
Rachel Deghati, directrice de l'association Aina et de l'agence Webistan, raconte en version longue l'aventure lancée en 2001 avec le photojournaliste Reza pour soutenir les journalistes afghans après la chute des talibans. Magazines relancés, radio pour les femmes, formation à la photo et à la vidéo : elle détaille ce qui a fonctionné, mais aussi ce qu'on raconte moins, les difficultés de financement, les expatriés venus pour leur carrière et le décalage entre les bailleurs et le terrain. Un témoignage franc sur les limites de l'action humanitaire.
Aina, vingt-cinq ans au service des médias afghans
Dans cet épisode bonus de 101 Visages, Rachel Deghati, directrice de l’association Aina et de l’agence Webistan, revient en détail sur l’histoire d’Aina, fondée en 2001 à l’initiative du photojournaliste Reza. Elle explique que le mot signifie miroir en persan. Selon elle, tout commence à l’été 2001, quand une trentaine de journalistes se réunissent dans l’atelier parisien de Reza pour soutenir les médias afghans interdits sous les talibans. Quelques semaines plus tard, le commandant Massoud est assassiné le 9 septembre, puis viennent les attentats du 11 septembre. Après le départ des talibans du pouvoir, Aina devient un centre de formation à Kaboul, avec des départements photo, vidéo, presse et communication. L’association aide à la republication de huit journaux et magazines interdits, dont le Kabul Weekly, lance un magazine féminin écrit par des femmes, le magazine bilingue Les Nouvelles de Kaboul et Parvaz, un magazine pour enfants distribué dans tout le pays, et participe au lancement d’une radio faite par et pour les femmes afghanes. Rachel Deghati raconte aussi la face moins visible : les premiers fonds tirés des droits d’auteur de Reza et d’une vente aux enchères au Sénat, où il cède son Leica fétiche, les ressources de l’atelier mises au service des projets, le choix d’acheter du matériel neuf plutôt que d’envoyer du matériel usé, et la difficulté de convaincre des bailleurs qui veulent « du tangible ». Elle évoque sans détour des expatriés venus avec un plan de carrière, une attitude qu’elle qualifie de « néocolonialisme », et salue ceux qui sont restés jusqu’au bout.
Elle cite les réussites dont elle est fière : un premier documentaire réalisé par de jeunes femmes formées au département vidéo, nommé aux Emmy Awards, le prix Pulitzer reçu par Massoud Hossaini, l’un des premiers photographes formés par Aina, et Parvaz, qui selon elle se trouve encore dans les foyers vingt-cinq ans plus tard, quand beaucoup d’écoles construites à l’époque ont été détruites. Le but affiché dès le départ était de quitter l’Afghanistan le jour où les Afghans seraient autonomes : « ne pas devenir une béquille ».
Pour aller plus loin
- Le financement participatif du podcast (www.helloasso.com)
- Les tirages de Reza sur www.studioreza.com
Les références de l’épisode
- Aina : association créée en 2001 à l’initiative de Reza, enregistrée en France et en Afghanistan, centre de formation aux médias à Kaboul.
- Reza : photojournaliste qui couvre l’Afghanistan depuis 1983, cofondateur de l’association.
- Le commandant Massoud : assassiné le 9 septembre 2001, deux jours avant les attentats du 11 septembre.
- Kabul Weekly : l’un des huit titres afghans dont Aina a aidé la republication.
- Les Nouvelles de Kaboul : magazine bilingue animé par une équipe afghane et française.
- Parvaz : magazine pour enfants créé par Aina, dont le nom signifie l’envol en persan.
- Manoocher Deghati : il a lancé le département photo d’Aina.
- Massoud Hossaini : l’un des premiers photographes formés par Aina, lauréat du prix Pulitzer.
- Les Ateliers Reza et Webistan : producteurs du podcast 101 Visages.
Au fil de l’épisode
- 00:00:22 : la création d’Aina en 2001 et le sens de son nom
- 00:01:01 : le lien de Reza avec l’Afghanistan et l’assassinat de Massoud
- 00:02:19 : un centre de formation et la republication de huit journaux interdits
- 00:02:53 : un magazine féminin, Parvaz pour les enfants et Les Nouvelles de Kaboul
- 00:03:25 : une radio faite par et pour les femmes afghanes
- 00:05:22 : un lieu de culture autour d’un jardin de roses
- 00:06:00 : la double structure française et afghane, les premiers fonds
- 00:07:11 : la vente aux enchères au Sénat et le Leica de Reza
- 00:08:58 : du matériel neuf pour les journalistes formés
- 00:10:02 : chercher des financements et tenir la promesse faite aux Afghans
- 00:10:36 : les expatriés venus du monde entier
- 00:12:45 : volontaires, carrières et néocolonialisme
- 00:13:22 : ceux qui se sont engagés jusqu’au bout
- 00:15:13 : des jeunes femmes admises dans un centre mixte grâce à la confiance des pères
- 00:17:30 : comment mesurer l’impact d’un film ou d’un magazine
- 00:19:11 : réussir, c’est pouvoir quitter l’Afghanistan
- 00:21:29 : la raréfaction des fonds et les adversités
- 00:22:07 : un documentaire nommé aux Emmy Awards et le Pulitzer de Massoud Hossaini
- 00:23:19 : trois cents femmes réunies au centre et le regard de Rachel Deghati sur l’aventure
FAQ
Qu’est-ce que l’association Aina ?
Aina est une association créée en 2001 à l’initiative du photojournaliste Reza pour soutenir les médias afghans après la chute des talibans. Selon Rachel Deghati, elle a fonctionné comme un centre de formation à Kaboul, avec des départements photo, vidéo, presse et communication, et comme un lieu culturel accueillant expositions, concerts, projections et lectures.
Que signifie le nom Aina ?
Rachel Deghati explique qu’Aina signifie miroir en persan. Elle ajoute que l’équipe a appris plus tard que le mot veut dire vie en malgache et qu’on peut le traduire par toujours en finnois. Le nom renvoie au projet de l’association : donner aux Afghans les moyens de produire leurs propres images et leurs propres journaux.
Comment des jeunes femmes ont-elles pu étudier dans un centre mixte à Kaboul ?
Selon Rachel Deghati, Reza est allé voir lui-même certains pères pour leur présenter le projet d’Aina. Dans une société qu’elle décrit comme patriarcale, ils lui ont fait confiance, et leurs filles ont pu apprendre la photo, la vidéo ou le journalisme. Un groupe formé au département vidéo a réalisé un premier documentaire nommé aux Emmy Awards.
Pourquoi Aina a-t-elle eu du mal à se financer ?
Rachel Deghati estime que les bailleurs veulent des résultats mesurables, comme une école construite à photographier pour un rapport annuel. L’effet d’un magazine qui passe de main en main ou d’un film montré dans les villages ne se chiffre pas. Avec le temps, les fonds se sont raréfiés et l’équipe a dû consacrer son énergie à faire face aux difficultés.
EP 16: L’humanitaire en Afghanistan – Aina
29 Sep
OFF 01: Massoud, 25 ans après
9 Sep
EP 15: La guerre du Liban – L’appel des martyrs
19 Juil
EP 14: La révolution aux Philippines – Ferdinand Marcos
9 Juin
EP 13: Information et censure dans la presse – Prométhée
9 Mai
EP 12: Témoigner de l’enfermement – l’incarcération en France
12 Avr
EP 11: Femmes Afghanes – Transmissions
9 Mar
EP 10: Azzedine Alaïa – Des courbes et du marbre
9 Fév
EP 09: La CAN – Enjeux d’un continent
9 Jan
EP 08: L’épidémie du VIH – Le vent dans les tombes
9 Déc
EP 07: La petite fille de Sarajevo – Le siège
9 Nov
EP 06: La Libye sous Kadhafi – Le berger
9 Oct
Elles font la Culture : Marie Robert
25 Sep
S1302 – HOMMAGE À JEAN-FRANÇOIS LEROY, LE COFONDATEUR ET DIRECTEUR DE VISA POUR L’IMAGE
24 Sep
Laure Nillus · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Marine Lécuyer · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Sabatina Leccia · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Agné Gintalaitė · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Grégoire Delanos · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Dana Cojbuc · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Alessandra Calò · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Emilie Arfeuil · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Dora Tishmann · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Alexis Pichot · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
