
Le photojournaliste Reza a photographié Ahmed Shah Massoud pendant de nombreuses années. Vingt-cinq ans après l'assassinat du commandant afghan, il répond aux questions d'Emma Sednaoui dans le premier épisode de 101 Visages OFF, le format court du podcast. Il raconte le penseur qui doutait derrière l'icône, la visite en Europe d'avril 2001 et l'avertissement lancé à l'Occident, puis dit ce qu'il photographierait aujourd'hui de l'héritage de Massoud.
Massoud, l’homme derrière l’icône
Le photojournaliste Reza, qui a photographié Ahmed Shah Massoud pendant de nombreuses années, répond aux questions d’Emma Sednaoui, réalisatrice de 101 Visages, pour le 25e anniversaire de l’assassinat du commandant afghan. Dans ce premier épisode du format court 101 Visages OFF, il décrit l’homme qu’il a connu avant que le monde n’en fasse une icône : un penseur, un homme de culture qui « ne rêvait que d’un mot, l’indépendance », pour l’Afghanistan comme pour la pensée, et qui doutait sans cesse de ce qu’il faisait. Reza revient sur la visite de Massoud en Europe en avril 2001, à ses côtés : reçu avec les honneurs par la présidente du Parlement européen et par le président du Sénat, mais pas par Jacques Chirac ni par Bernard Kouchner. Massoud disait alors que les dirigeants l’écoutaient poliment sans entendre ce qu’il disait. Reza rappelle son message au président américain George Bush : si la paix n’était pas faite en Afghanistan, le peuple américain en souffrirait, puis le monde entier. Massoud est assassiné deux jours avant l’attaque contre les tours de New York ; pour Reza, les deux faisaient partie d’un même plan. Il souligne que Massoud a résisté six ans avec quelques milliers d’hommes face aux talibans, à Al-Qaïda et à l’armée pakistanaise, sans aide, quand 100 000 soldats occidentaux n’ont pas su l’emporter en vingt ans.
Aujourd’hui, selon lui, Massoud serait en colère devant la perte de liberté des Afghans et l’interdiction d’étudier faite aux filles, mais aurait de l’espoir en voyant de jeunes Afghans continuer à résister. S’il photographiait l’Afghanistan, Reza ferait le portrait de ces jeunes résistants dans la montagne et de ces femmes contraintes à la burqa : « photographier ce qui ne se voit pas ».
Pour aller plus loin
- Le site studioreza.com, où retrouver le tirage de Massoud
- Le financement participatif du podcast 101 Visages
Les références de l’épisode
- Ahmed Shah Massoud : le commandant afghan photographié par Reza pendant de nombreuses années, assassiné deux jours avant le 11 septembre 2001.
- 101 Visages : le podcast consacré aux photographies de Reza, dont deux épisodes portent sur Massoud.
- Les Ateliers Reza et Webistan : les producteurs du podcast.
Au fil de l’épisode
- 00:00:04 : quel homme se cachait derrière l’icône Massoud
- 00:01:54 : la visite de Massoud au Parlement européen en avril 2001
- 00:03:17 : « ils m’écoutent poliment, mais ils n’entendent pas ce que je dis »
- 00:04:32 : le message adressé au président George Bush
- 00:05:10 : l’assassinat de Massoud et l’attaque du 11 septembre
- 00:05:58 : six ans de résistance face à vingt ans d’intervention occidentale
- 00:08:35 : ce que Massoud penserait de l’Afghanistan d’aujourd’hui
- 00:10:44 : ce que Reza photographierait de l’héritage de Massoud
FAQ
Qui était Ahmed Shah Massoud selon Reza ?
Pour le photojournaliste Reza, qui l’a photographié pendant de nombreuses années, Massoud était avant tout un penseur et un homme de culture, attaché à l’indépendance de son pays et à l’indépendance de pensée. Il le décrit comme un homme qui doutait constamment de ses actions, mais continuait toujours, loin de l’icône vénérée par le monde.
Que disait Massoud aux Européens en avril 2001 ?
Selon Reza, présent à ses côtés, Massoud a averti que si la paix n’était pas faite en Afghanistan, le peuple américain puis le monde entier en souffriraient. Il ne demandait pas d’aide militaire, seulement la fermeture de la frontière pakistanaise aux armes, et disait que les dirigeants l’écoutaient poliment sans l’entendre.
Que photographierait Reza aujourd’hui en Afghanistan ?
Reza dit qu’il ferait le portrait des jeunes résistants qui continuent le combat de Massoud dans la montagne, et des femmes que les talibans obligent à porter la burqa et à se taire dans la rue. Il chercherait, explique-t-il, à photographier ce qui ne se voit pas, et la fierté dans le regard de ceux qui résistent.
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