Portrait de Jean-Luc Monterosso, ancien directeur de la MEP, pour le podcast La Photo Aujourd'hui

La photographie française existe avec Jean-Luc Monterosso – La Photo Aujourd’hui #7

La Maison Européenne de la Photographie, une aventure de 22 ans

Jean-Luc Monterosso raconte la création de la Maison Européenne de la Photographie, qu’il a dirigée pendant 22 ans après avoir suivi les travaux pendant 8 ans. Située dans le quartier du Marais à Paris, la MEP est née de la volonté de créer un lieu complet : un musée doté de la plus grande collection de photographie contemporaine d’Europe, une bibliothèque de 33 000 ouvrages et un auditorium pour les débats. Il place cette institution sous le parrainage spirituel de Robert Frank et William Klein, deux photographes qui ont aussi exploré le cinéma et l’auto-édition de livres, incarnant ainsi les trois piliers du lieu. Au fil des ans, il y a organisé de nombreuses expositions, dont celles de Bernard Lamage Vadel, William Klein, Bettina Reims ou encore Pierre et Gilles, qui lui ont valu des démêlés avec une forme de « censure invisible » se manifestant par une coupe budgétaire.

Pour lui, la mission de la MEP a toujours été de s’ouvrir à d’autres champs, en montrant par exemple le travail photographique d’artistes plasticiens, anticipant la liberté d’expression des jeunes créateurs d’aujourd’hui.

« La photographie française existe, je l’ai rencontrée »

Le titre de son livre est une réponse directe à une remarque que lui avait faite John Zarkovski, alors chef du département photo du MoMA, dans les années 1980 : « It doesn’t exist ». Jean-Luc Monterosso s’insurge contre ce manque de visibilité et de reconnaissance. Il déplore que les institutions et la presse françaises ne mettent pas assez en avant les photographes nationaux, qui sont parfois contraints de s’expatrier pour être reconnus. Il cite Bernard Faucon, immensément célèbre en Chine et au Japon, comme un exemple frappant. Son livre est donc un panorama personnel et générationnel, un recueil de ses « coups de cœur » pour des artistes comme Pierre et Gilles, Bettina Reims ou Valérie Belin, qui prouvent la richesse de cette scène. Il évoque aussi son nouveau rôle à la direction artistique du musée de Chengdu, en Chine, où il observe un engouement formidable pour la photographie et une grande ouverture aux artistes français.

« On ne présente pas assez [de photographes français]. Regardez les institutions en France et regardez la programmation. Eh bien, elle n’est pas très française entre nous. »

Jean-Luc Monterosso nous recommande…

  • « En Chine » — Henri Cartier-Bresson (livre publié par Michel Frizo), un très beau livre accompagnant l’exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Henri Chapier, Robert Franck, William Klein, Bernard Lamage Vadel, Faride Cadot, Marcus Rett, Bettina Reims, Pierre et Gilles, Bernard Faucon, Valérie Belin, François Zuguier, Sébastien Ossalgado, Bruno Barbet, Jean Gomi, Yann Arthus-Bertrand, Lucien Clerc, Laurent Petit-Girard, Autoniel, Fabrice Ibert, Jean-Michel Villemotte, Raghurag, John Zarkovski, JR, Xavier Barral, William Eggelstone, Martine Franck, François Hébel, Agnès Cyr, Michel Frizo, Henri Cartier-Bresson.
  • Institutions et lieux : Maison Européenne de la Photographie (MEP), Jeu de Paume, Rencontres d’Arles, Fondation Henri Cartier-Bresson, Académie des Beaux-Arts, Musée de Chengdu (Chine), Fondation Cartier, Le Louvre, Bibliothèque Nationale de France.
  • Œuvres : « La photographie française existe… je l’ai rencontrée » (livre), « Autophoto » (livre et exposition), « En Chine » (livre et exposition d’Henri Cartier-Bresson).
  • Prix : Grand Prix de l’Académie des Beaux-Arts William Klein, Prix Marc Ladré de la Charrière.

Au fil de l’épisode

  • Présentation de la Maison Européenne de la Photographie (MEP), ouverte en 1996.
  • La triple mission de la MEP : musée avec une collection, grande bibliothèque et centre de recherche.
  • Robert Frank et William Klein comme pères spirituels de l’institution.
  • Le rôle de commissaire d’exposition, une part mince mais passionnante de son travail de directeur.
  • L’exposition de Pierre et Gilles en 1996 et la « censure invisible » qui a suivi.
  • L’ouverture de la photographie aux artistes plasticiens, une démarche en avance sur son temps.
  • L’entrée de la photographie à l’Académie des Beaux-Arts et la modernisation de l’institution.
  • Les deux grands prix de photographie de l’Académie : le prix William Klein pour une carrière et le prix Marc Ladré de la Charrière pour un jeune talent.
  • La genèse de son livre « La photographie française existe… je l’ai rencontrée ».
  • L’anecdote avec John Zarkovski du MoMA qui lui déclare que la photographie française « n’existe pas ».
  • Le paradoxe des photographes français, talentueux mais peu visibles en France.
  • La sélection des photographes du livre, un choix personnel et générationnel.
  • L’hommage à l’éditeur Xavier Barral, disparu brutalement.
  • Son nouveau rôle de directeur artistique pour le musée de Chengdu en Chine.
  • L’engouement pour la photographie en Chine et le succès des artistes français comme Bernard Faucon.
  • Sa critique de l’« artistiquement correct » qui uniformise la programmation des musées.
  • Le manque de couverture médiatique pour les photographes français dans la presse nationale.
  • Son conseil de lecture : le livre sur le travail d’Henri Cartier-Bresson en Chine.
  • Ses conseils aux jeunes photographes : se cultiver, lire, et envisager une activité professionnelle en parallèle.
  • Les opportunités offertes par le numérique et les réseaux sociaux pour diffuser son travail.

FAQ

Qui est Jean-Luc Monterosso ?

Jean-Luc Monterosso est une figure centrale de la photographie en France. Il est principalement connu pour avoir été le directeur de la Maison Européenne de la Photographie (MEP) à Paris, de son ouverture en 1996 jusqu’en 2018. Auteur du livre « La photographie française existe… je l’ai rencontrée », il est un ardent défenseur des photographes français. Il est également correspondant à l’Académie des Beaux-Arts et occupe désormais le poste de directeur artistique du musée de l’image contemporaine de Chengdu, en Chine.

Qu’est-ce que la Maison Européenne de la Photographie (MEP) ?

La Maison Européenne de la Photographie, ou MEP, est une institution majeure dédiée à la photographie, située dans le quartier du Marais à Paris. Inaugurée en 1996, elle a été conçue comme un lieu polyvalent. Elle abrite un musée avec l’une des plus importantes collections de photographie contemporaine en Europe, une bibliothèque spécialisée de plus de 30 000 ouvrages, ainsi qu’un auditorium pour des conférences et des débats, en faisant un centre de recherche et d’exposition de premier plan.

Pourquoi le livre « La photographie française existe… je l’ai rencontrée » a-t-il été écrit ?

Ce livre est né d’une frustration et d’une conviction. Dans les années 1980, le chef du département photo du MoMA, John Zarkovski, a dit à Jean-Luc Monterosso que la jeune photographie française n’existait pas. L’ouvrage est sa réponse à cette affirmation, visant à démontrer la vitalité et l’importance de la scène photographique en France. Il y présente ses « coups de cœur » pour des artistes qui, selon lui, méritent une plus grande reconnaissance, tant en France qu’à l’international.

Quelle est la place des photographes français sur la scène internationale selon Jean-Luc Monterosso ?

Selon Jean-Luc Monterosso, les photographes français souffrent d’un manque de visibilité, particulièrement dans leur propre pays. Il estime que les institutions et la presse françaises ne les soutiennent pas assez, contrairement à leurs homologues étrangers. Paradoxalement, certains de ces artistes, comme Bernard Faucon, connaissent un immense succès en Asie, notamment en Chine. Il pense que la reconnaissance internationale, notamment via la Chine, forcera la France à s’intéresser davantage à ses propres talents.

Quels conseils Jean-Luc Monterosso donne-t-il aux jeunes photographes ?

Il conseille avant tout de se cultiver en visitant les grandes institutions comme le Louvre, la MEP ou le Jeu de Paume, et en lisant beaucoup de livres de photographie. Conscient de la précarité du métier, il recommande de ne pas se lancer « tête perdue » et d’envisager d’avoir une autre activité professionnelle en parallèle pour assurer sa sécurité financière. Enfin, il encourage les jeunes à profiter des outils numériques et des réseaux sociaux, qui offrent des possibilités de création et de diffusion inédites et peu coûteuses.


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