Portrait du photographe Roberto Badin, invité du podcast La Photo Aujourd'hui pour son livre Inside Japan

Le Japon vu par Roberto Badin – La Photo Aujourd’hui #3

La genèse d’un voyage

Roberto Badin, photographe professionnel installé en France depuis les années 90, a longtemps travaillé dans la mode et la publicité, se spécialisant dans la nature morte pour son caractère intemporel. Pourtant, c’est un projet très personnel qui l’amène aujourd’hui devant l’objectif : son livre Inside Japan. Il raconte que son amour pour le Japon remonte à son enfance au Brésil, bercée par les dessins animés et séries télévisées japonaises. Ce voyage, longtemps repoussé, lui est offert par sa femme pour un anniversaire. Parti sans l’intention de réaliser un livre, il photographie au gré de ses envies, comme il le fait toujours.

C’est à son retour qu’il rencontre l’éditeur Benjamin Blanck. Séduit par les premières images, ce dernier souhaite les publier. Roberto Badin préfère cependant attendre, sentant le besoin de retourner au Japon pour approfondir son sujet. Ce second voyage aura lieu deux ans plus tard, en 2018, lui permettant de visiter des lieux qu’il tenait à voir et de compléter sa vision.

L’œil du photographe

Sur le terrain, l’approche de Roberto Badin est guidée par sa passion pour l’architecture, qu’il voit comme un fil conducteur pour comprendre l’histoire d’une ville. Il travaille léger, sans trépied ni flash, préférant s’adapter à la lumière ambiante. Sa méthode consiste souvent à définir son cadre, puis à attendre qu’un personnage ou un événement vienne y apporter une narration et une échelle. « Parfois, dans l’image, si on a un personnage, ça donne toute une narration à l’image », explique-t-il. Ce processus mêle une part de préparation, avec des lieux repérés en amont, et une grande part de hasard et de spontanéité, au gré des déambulations.

Son sens de la composition, très précis et souvent minimaliste, est l’une des signatures de son travail. Il confie que cela lui vient de manière très instinctive. Il évoque une anecdote de ses débuts en France : n’ayant pas les moyens d’acheter des pellicules, il se promenait avec un cache de diapositive vide pour s’exercer à cadrer. « Certainement, ça, ça contribue à éduquer le regard », analyse-t-il.

Du cliché au livre

Le passage des milliers de photos au livre final s’est fait en étroite collaboration avec son éditeur. Roberto Badin a d’abord effectué une large sélection, sur laquelle Benjamin Blanck a construit la narration de l’ouvrage. Le critère principal n’était pas la perfection technique, mais l’émotion qui se dégageait de chaque image. Il raconte notamment l’histoire d’une de ses photos préférées : prise à 5 heures du matin dans la gare d’Osaka, elle montre un chauffeur de taxi qui fume une cigarette. L’instant est fugace, capturé à la volée, et l’image finale lui évoque une scène de film.

Interrogé sur les conseils qu’il donnerait aux photographes, il insiste sur deux points : la pratique constante et la nécessité de cultiver une vision personnelle. Il met en garde contre l’uniformisation des regards, qu’il attribue en partie à l’influence d’Instagram, et encourage à diversifier ses sources d’inspiration au-delà de la photographie, en allant au cinéma ou en lisant des livres.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Inside Japan, livre de Roberto Badin
  • Benjamin Blanck, éditeur
  • Librairie Place Ronde (Lille)
  • James Turrell, artiste
  • Rick Callahan, photographe
  • Ray Metzker, photographe
  • Stephen Shore, photographe
  • William Eggleston, photographe
  • Lieux cités : Japon, Brésil, France, Lille, Arles, Kanazawa, Naoshima, Osaka

Au fil de l’épisode

  • Présentation de Roberto Badin et de son parcours de photographe de mode et de nature morte.
  • La naissance du projet « Inside Japan », issu d’une passion d’enfance pour la culture japonaise.
  • Le premier voyage au Japon, un cadeau d’anniversaire sans intention de produire un livre.
  • La rencontre avec l’éditeur Benjamin Blanck et la décision de retourner au Japon pour enrichir le projet.
  • L’importance de l’architecture comme fil conducteur de ses explorations photographiques.
  • Sa méthode de prise de vue : travailler léger, sans trépied ni flash, en lumière naturelle.
  • L’art de la composition : trouver un cadre et attendre qu’un personnage y apporte une narration.
  • L’équilibre entre les lieux préparés et les découvertes fortuites.
  • L’histoire de la photo de la couverture du livre, prise dans un musée à Kanazawa devant une œuvre de James Turrell.
  • Son sens de la composition, instinctif et influencé par une pratique assidue, même sans appareil.
  • Le processus d’édition du livre en collaboration avec son éditeur.
  • Le critère de sélection des images : l’émotion primant sur la perfection technique.
  • L’anecdote de la photo du chauffeur de taxi fumant à l’aube, à l’atmosphère cinématographique.
  • L’envie de poursuivre avec d’autres projets de livres personnels.
  • Son conseil principal aux photographes : pratiquer sans relâche pour progresser.
  • Sa critique de l’homogénéisation des styles sur Instagram et l’importance de se forger un regard unique.
  • L’invitation à diversifier ses sources d’inspiration au-delà de la photographie (cinéma, livres).
  • Les photographes qui l’ont marqué, comme Ray Metzker, Stephen Shore ou William Eggleston.

FAQ

Qui est Roberto Badin ?

Roberto Badin est un photographe d’origine brésilienne installé en France depuis la fin des années 80. Professionnel depuis 1991, il a longtemps travaillé comme photographe de mode et de publicité, avec une prédilection pour la nature morte. Parallèlement à son travail de commande, il développe des projets personnels, dont le livre photographique « Inside Japan » est le premier à être publié.

Comment est né le projet de livre « Inside Japan » ?

Le projet est né d’une passion personnelle de Roberto Badin pour le Japon. Son premier voyage était un cadeau d’anniversaire, sans objectif professionnel. C’est en montrant ses photos à son retour qu’il a rencontré l’éditeur Benjamin Blanck. Ce dernier a souhaité publier un livre, mais Roberto Badin a préféré attendre et effectuer un second voyage deux ans plus tard pour approfondir et compléter sa série d’images.

Quelle est l’approche photographique de Roberto Badin au Japon ?

Roberto Badin adopte une approche immersive et légère. Il voyage sans trépied ni flash, travaillant exclusivement avec la lumière disponible. Guidé par son intérêt pour l’architecture, il cherche des cadres forts et attend souvent qu’un personnage entre dans la scène pour y ajouter une dimension narrative et une échelle humaine. Son travail mêle la préparation de certains lieux et la spontanéité de la découverte.

Quelles sont les influences de Roberto Badin ?

Ses influences sont variées. L’architecture est un fil conducteur majeur dans son travail, tout comme le cinéma, dont il admire la capacité de certains réalisateurs et chefs opérateurs à créer une narration avec peu d’éléments. Il cite également des photographes qui l’ont inspiré, comme Rick Callahan, Ray Metzker, Stephen Shore ou encore William Eggleston, pour la force narrative de leurs images.

Quel conseil Roberto Badin donne-t-il aux photographes ?

Il conseille avant tout de pratiquer constamment, comparant la photographie à un sport de haut niveau qui exige de l’entraînement. Il encourage également les photographes à se détacher des tendances, notamment celles vues sur Instagram, pour développer une vision plus personnelle. Pour cela, il recommande de diversifier ses sources d’inspiration en s’intéressant au cinéma, à la littérature et à d’autres formes d’art.


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