Podcast Photo.
Panajou6 décembre 202498 min

#26 // Laurent Pidancet, Leica Akademie France Manager

avec Laurent Pidancet

Laurent Pidancet, histoire de Leica et passion de l'optique

Laurent Pidancet, responsable de la Leica Akademie en France et photographe passionné, est l'invité de Deftom dans le podcast de Panajou. Il raconte son parcours, de la biologie au commerce photo puis à Leica, et défend une idée simple : même en numérique, c'est l'objectif qui fait l'image. Il retrace cent ans d'histoire de la marque, du Leica 1 au SL3, invite à ralentir et à garder ses négatifs, et donne son avis sur l'IA générative et le moyen format.

Un parcours entre montagne, commerce et Leica

Dans cet épisode du podcast de Panajou, le plus ancien magasin photo de France, fondé à Bordeaux en 1865, le photographe Deftom reçoit Laurent Pidancet, Leica Akademie France Manager, pour parler de son parcours, de l’histoire de Leica et de sa conviction que « c’est l’optique qui fait l’image ». Franc-comtois installé dans les Pyrénées, montagnard, moniteur de ski et motard, Laurent Pidancet raconte avoir fait des études de biologie tout en photographiant depuis l’âge de 14 ans, d’abord avec des Olympus, puis avec un Leica M4 d’occasion acheté vers 19 ou 20 ans parce qu’il était le plus compact et le plus résistant au froid. Immobilisé par des blessures, il passe un CAP de photographie en candidat libre pendant sa licence. Il entre dans le métier par le commerce, dans un magasin de Besançon, un choix qu’il recommande encore parce qu’en boutique « on rencontre tout le monde ». Il dirige ensuite un grand magasin d’une quinzaine de salariés, puis tient seul un studio dans les Pyrénées pendant dix ans et monte une agence avec un ami, en apprenant le graphisme et l’impression pour éditer eux-mêmes livres et revues. Leica vient le chercher il y a quinze ans : il se décrit comme « le colporteur » de la marque, qui sillonne la France pour des conférences et des ateliers. Il explique qu’il possède plus de 80 objectifs de toutes marques, qu’il utilise comme une palette de peintre pour choisir un rendu.

Il insiste sur le « rendu » plutôt que sur le seul piqué, et regrette qu’aujourd’hui on investisse davantage dans le boîtier que dans l’objectif, à l’inverse d’autrefois.

Ralentir, de l’argentique au numérique

Pour Laurent Pidancet, le numérique a multiplié les prises de vue et le temps passé à l’ordinateur : il se moque des collègues qui font 5 000 photos un samedi puis passent leur semaine à éditer. Il cite Yann Morvan et Alain Keller, qui ont toujours leur appareil autour du cou mais ne font parfois qu’une ou deux photos par jour, et affirme qu’on peut ralentir avec un appareil numérique. Deftom raconte que l’argentique l’a lui-même aidé à réfléchir davantage avant de déclencher. Laurent Pidancet met toutefois en garde contre une pratique qu’il juge absurde : des jeunes qui photographient sur film, demandent seulement des numérisations et laissent leurs négatifs au laboratoire, où ils finissent par milliers à la poubelle. Pour lui, le négatif est « une vraie valeur historique » qu’il faut conserver. Il évoque aussi l’importance du son et du toucher du déclencheur : il dit être incapable de photographier en obturation électronique silencieuse et ajoute un faux bruit sur ses boîtiers.

Il compare la photo à la moto : quelle que soit la machine, le plaisir est dans les virages, et en photo, c’est le résultat qui compte.

Cent ans d’histoire Leica

Laurent Pidancet retrace les grandes étapes de la marque. Le Leica 0 de 1923 et le Leica 1, commercialisé à partir de la foire de Leipzig en 1925, sans télémètre ni objectif interchangeable, inventent la photo portable et la photo en mouvement ; Leica forme ses clients dès les années 30, ancêtre de la Leica Akademie. La marque a fixé le format 24 x 36 en utilisant le film 35 mm du cinéma à l’horizontale, avec le slogan « petit appareil, petit film, grande image ». Le télémètre est intégré au début des années 30 avec une monture à vis ; on pouvait faire transformer en usine un Leica 1 en Leica 2. La monture M, dont on fête les 70 ans, apporte en 1954 la baïonnette et une visée claire sans prisme ni miroir, longtemps l’outil de la basse lumière et de la discrétion, seul admis, dit-il, à la Scala de Milan. Il rappelle que les premiers Nikon et Canon étaient des copies de Leica, que les photographes de la guerre de Corée ont découvert les optiques japonaises, puis que la marque a lancé ses reflex Leicaflex, utilisés par Robert Doisneau et Sebastião Salgado. Le Leica M aurait failli disparaître vers 1975-1980, relancé selon lui par une commande de l’armée américaine. En numérique, après le M8 au format APS-H en 2006, le M9 de 2009 réussit le plein format grâce à des microlentilles développées avec Kodak : 18 millions de pixels pour 580 grammes face aux 12 millions et 1,4 kg d’un Nikon D3.

Il souligne que les optiques Leica conçues pour un faible tirage, d’abord pour des appareils sans miroir, se montent encore aujourd’hui sur des boîtiers modernes.

La gamme actuelle, l’IA et le moyen format

Laurent Pidancet présente la gamme d’aujourd’hui : le M, boîtier de 150 pièces de micromécanique qu’il juge « indestructible » ; le Q, à objectif fixe, dont le Q3 43 reçoit un 43 mm apochromatique, focale qui correspond à la diagonale du 24 x 36 ; le SL3, appareil « transversal » doté d’un capteur de 60 millions de pixels utilisable aussi en 36 ou 18 millions, et d’un viseur conçu avec le savoir-faire des jumelles de la marque. Il explique la collaboration de longue date avec Panasonic, l’ouverture de la monture L à Sigma et Blackmagic, et rappelle que Leica ne fabrique plus ses verres mais confie ses recettes à des verriers. Sur l’IA générative, il dit n’avoir « jamais de problème avec rien » à condition d’être transparent : il suggère de donner un autre nom aux images générées et rappelle que le M11-P intègre une certification d’authenticité des photos directement dans l’image. Il cite le photographe Patrick Chauvel, pour qui le premier jour des manifestations des gilets jaunes a produit plus de photos que toute la guerre du Vietnam. Il juge enfin, à titre personnel, que le moyen format a perdu son intérêt face aux capteurs plein format de 60 millions de pixels équipés d’optiques lumineuses.

Pour l’avenir, il imagine un Q3 monochrome et souhaite continuer à se promener, en montagne, à vélo ou à moto, avec un appareil autour du cou.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Leica Akademie : structure de formation de Leica dont Laurent Pidancet est responsable pour la France.
  • Leica 0 et Leica 1 : premiers appareils de la marque, en 1923 et 1925.
  • Monture M : monture à baïonnette lancée en 1954, dont la marque fête les 70 ans.
  • Leicaflex : gamme reflex de Leica, utilisée selon l’invité par Robert Doisneau et Sebastião Salgado.
  • Leica M9 : premier M numérique plein format, en 2009.
  • Leica Q3 43 : compact à objectif fixe 43 mm apochromatique.
  • Leica SL3 : hybride à capteur de 60 millions de pixels à triple définition.
  • Leica M11-P : boîtier qui intègre une certification d’authenticité des images.
  • Yann Morvan et Alain Keller : photographes cités pour leur manière de photographier peu.
  • Henri Cartier-Bresson : cité pour son travail au 50 mm et l’instant décisif.
  • Patrick Chauvel : photographe cité à propos du nombre de photos produites aujourd’hui.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:24 : présentation de Laurent Pidancet
  • 00:01:21 : études de biologie, montagne et premier Leica M4
  • 00:02:49 : entrer dans la photo par le commerce
  • 00:04:16 : studio dans les Pyrénées, agence et édition
  • 00:05:27 : l’arrivée chez Leica et l’optique qui fait l’image
  • 00:06:39 : 80 objectifs comme une palette de rendus
  • 00:07:52 : boîtier ou objectif, ce qui fait la qualité d’image
  • 00:11:05 : technique et plaisir, la comparaison avec la moto
  • 00:13:10 : ralentir avec le numérique
  • 00:15:24 : les négatifs abandonnés dans les laboratoires
  • 00:17:45 : quinze ans chez Leica et la Leica Akademie
  • 00:21:02 : les débuts de l’histoire de Leica
  • 00:23:18 : le Leica 1 de 1925 et l’arrivée du télémètre
  • 00:26:42 : les copies japonaises de Leica
  • 00:31:50 : le Leica M et l’idée de l’appareil sans miroir
  • 00:34:40 : la visée claire et la discrétion
  • 00:37:13 : le bruit du déclencheur
  • 00:38:53 : les reflex Leicaflex et la crise du M
  • 00:43:13 : Leica et l’invention du format 24 x 36
  • 00:46:23 : Sony, Panasonic et les marques allemandes
  • 00:50:48 : du M8 au M9, l’arrivée du numérique
  • 00:53:26 : la gamme actuelle et le Q3 43 apochromatique
  • 01:02:10 : avoir un Leica sans se ruiner
  • 01:06:45 : l’IA générative et la certification des images
  • 01:11:52 : tout le monde est photographe
  • 01:21:29 : le SL3 et sa triple définition
  • 01:27:50 : l’avenir de la gamme et le monochrome
  • 01:34:56 : le moyen format a-t-il encore un intérêt

FAQ

Qui est Laurent Pidancet ?

Laurent Pidancet est le responsable de la Leica Akademie en France, où il travaille depuis quinze ans. Franc-comtois installé dans les Pyrénées, ancien gérant de magasin photo et photographe indépendant, il utilise des Leica depuis son premier M4, acheté vers 19 ou 20 ans, et anime conférences et ateliers sur l’histoire de la photo.

Pourquoi Laurent Pidancet dit-il que c’est l’optique qui fait l’image ?

Il rappelle que pendant plus d’un siècle, l’appareil n’était qu’une boîte et que l’objectif faisait l’image. Aujourd’hui, l’électronique prend le dessus et tend à uniformiser les rendus, alors que Leica, qui se considère comme opticien, continue selon lui à miser sur la qualité et le caractère de ses objectifs.

Leica a-t-il inventé le format 24 x 36 ?

Selon Laurent Pidancet, oui : le Leica a utilisé à l’horizontale le film 35 mm du cinéma, doublant la surface de l’image, d’où le format 24 x 36 et les 36 poses. Le slogan de l’époque était « petit appareil, petit film, grande image », et ce format reste aujourd’hui le plein format de référence.

Qu’est-ce que la triple définition du Leica SL3 ?

Le capteur de 60 millions de pixels du SL3 peut aussi enregistrer en 36 ou en 18 millions de pixels. Laurent Pidancet explique que cela permet d’adapter le fichier à un objectif ancien qui ne fournit pas assez de détail pour 60 millions de pixels. La même fonction équipe le Q3 et le M.

Panajou

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