
Yan Morvan, reporter photographe de guerre, a couvert une quinzaine de conflits en une quarantaine d'années. Au micro de Deftom pour le podcast de Panajou, il remonte à sa vocation, née devant le Grand Prix de Monaco en 1967. Des manifestations photographiées pour Libération à la guerre Iran-Irak, de sa condamnation à mort au Liban en 1982 à son travail récent en Ukraine, il parle de la peur, de son Leica, de son refus de retoucher et de ce que l'intelligence artificielle change ou non pour le reportage.
Des manifestations de 1974 à la guerre Iran-Irak
Reporter photographe de guerre depuis une quarantaine d’années, Yan Morvan raconte à Deftom, photographe et animateur du podcast de la maison Panajou, comment il est devenu photographe et ce que le terrain lui a appris, une quinzaine de conflits plus tard. Sa vocation naît au Grand Prix de Monaco de 1967, à 13 ans, le jour de l’accident mortel du pilote Lorenzo Bandini. Il rêve d’abord de réaliser des péplums, étudie le cinéma à la faculté de Vincennes, où il milite à l’extrême gauche, et commence en 1974 à photographier des manifestations pour Libération. Il suit ensuite les marges de la société parisienne : immigrés des bidonvilles, rockers, premiers bikers qui se tatouent Hells Angels avant d’être reconnus. Son livre « Le cuir et le baston », en 1977, lui ouvre les portes de Paris Match. En 1980, l’agence Sipa le teste en l’envoyant en Iran au début de la guerre Iran-Irak : « la guerre, pour les photographes, c’est la formule 1 », dit-il. Il compare le métier d’alors, mieux payé et moins exposé, à celui d’aujourd’hui, où une image transmise en quelques minutes peut faire repérer une position par un drone.
Il revient aussi sur son travail récent en Ukraine, du côté russe, et explique pourquoi il ne regarde jamais de films sur les reporters de guerre.
Condamné à mort au Liban, et fidèle au Leica
Yan Morvan raconte l’épisode de 1982 à Tripoli, dans le nord du Liban : arrêté avec un confrère turc qui photographiait des mosquées, il est jugé par un groupe armé comme agent israélien et condamné à mort, avant que son chauffeur ne témoigne en sa faveur et qu’on lui propose de se convertir pour avoir la vie sauve. Il décrit la peur réelle, « un truc d’animal », qui tétanise, et dit être reparti sur le terrain l’année suivante. Côté matériel, il travaille avec un Leica M10 et un M9-P, et n’a utilisé Nikon que pour ses téléobjectifs, un 180 mm f/2.8 et un 400 mm. Pour lui, le télémètre permet d’être au plus près et de saisir le mouvement, quand les reflex à zoom donnent des « photos figées ». Il ne retouche pas ses images, travaille les couleurs avec un photograveur pour rester fidèle au réel et refuse la notion de « belle photo » : une bonne image répond aux questions qui, quoi, où, quand, comment et pourquoi. Selon lui, l’intelligence artificielle générative menace la photo d’illustration et la publicité, pas le reportage.
L’entretien se termine sur son rejet de la consommation, son goût des livres et ses expositions en cours.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Grand Prix de Monaco 1967 : la course où Yan Morvan, adolescent, décide de devenir photographe.
- Libération : le journal pour lequel il photographie les manifestations à partir de 1974.
- « Le cuir et le baston » : son livre de 1977 sur les bandes de bikers parisiens.
- Paris Match et Le Figaro Magazine : magazines pour lesquels il travaille ensuite.
- Sipa : agence qui l’envoie couvrir la guerre Iran-Irak en 1980.
- Newsweek : magazine pour lequel il travaille au Liban en 1982.
- Leica M10 et Leica M9-P : les boîtiers qu’il utilise.
- Guy Georges : tueur en série qui fut son assistant, évoqué dans l’entretien.
- Lois de Quintilien : les questions qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi, critère d’une bonne photo selon lui.
- Bibliothèque nationale de France : expose ses photographies sur le crack.
- Musée Albert-Kahn : expose ses photographies de champs de bataille.
- Musée de Grenoble : expose ses photographies d’Irlande du Nord.
- « Liban », « Blousons noirs » et « Gang Story » : quelques-uns de ses livres.
- Archives Yan Morvan : collection de fascicules qui racontent chacun une de ses histoires.
Au fil de l’épisode
- 00:01:15 : le Grand Prix de Monaco 1967, point de départ d’une vocation
- 00:01:41 : premier appareil, rêve de péplum et faculté de Vincennes
- 00:03:35 : les premières photos de manifestations pour Libération
- 00:04:09 : les marginaux, les rockers et les premiers bikers parisiens
- 00:05:38 : « Le cuir et le baston » et l’arrivée à Paris Match
- 00:07:26 : l’agence Sipa et la première guerre, Iran-Irak
- 00:09:54 : la gestion du stress et un métier qui a changé avec le numérique
- 00:11:07 : l’Ukraine, du côté russe
- 00:12:47 : pourquoi il ne regarde pas les films sur les reporters de guerre
- 00:15:08 : s’intéresser aux gens pour survivre, et Guy Georges
- 00:18:37 : sa condamnation à mort à Tripoli en 1982
- 00:20:55 : ce qu’est la vraie peur
- 00:23:05 : Leica M10, M9-P et téléobjectifs Nikon
- 00:25:57 : le Leica comme instrument de musique
- 00:26:29 : l’intelligence artificielle et la photo de reportage
- 00:28:54 : des couleurs fidèles au réel, sans retouche
- 00:30:18 : pourquoi la « belle photo » n’existe pas pour lui
- 00:33:16 : le refus de la consommation
- 00:41:52 : expositions et livres en cours
FAQ
Qui est Yan Morvan ?
Yan Morvan est un photographe reporter qui a couvert une quinzaine de conflits en une quarantaine d’années. Il a commencé en 1974 par les manifestations pour Libération, photographié les bandes de bikers parisiens, puis travaillé pour Paris Match, Le Figaro Magazine, l’agence Sipa et Newsweek. Il publie ses archives sous forme de fascicules et de livres.
Pourquoi Yan Morvan a-t-il été condamné à mort au Liban ?
En 1982 à Tripoli, il accompagne un photographe turc qui photographie des mosquées. Des hommes armés les emmènent à leur quartier général, où un procès le désigne comme agent israélien. Son chauffeur témoigne qu’il travaille pour Newsweek ; on lui propose alors de se convertir à l’islam, ce qu’il accepte, et il est libéré.
Pourquoi Yan Morvan photographie-t-il au Leica ?
Il travaille au Leica depuis ses débuts et utilise aujourd’hui un M10 et un M9-P. Selon lui, c’est l’outil idéal du photojournalisme de près : il permet de saisir le mouvement sans perdre de temps avec un zoom ou des affichages, quand les reflex conviennent mieux au sport ou au téléobjectif. Il dit régler l’exposition à l’œil, sans cellule.
Que pense Yan Morvan de l’intelligence artificielle en photographie ?
Il estime que l’IA générative touchera surtout la photo d’illustration, la publicité, la mode et la photo culinaire, mais pas le reportage, qui vend du réel. Les fausses informations existaient avant, dit-il, l’IA les rend seulement plus rapides à produire. Il y voit même une chance de revenir à des images plus proches de la réalité.
#29 // EMILIE ECHEYNE « Je prends en photo les souvenirs des gens »
10 Avr
#28 // Nicolas Seurot « La photo, c’est comme un voyage, des rencontres, des paysages et cette lumière… »
4 Août
#27 // Le Turk, photographe auteur « Ce qui compte dans l’image, c’est de l’avoir faite en vrai… il y a un cœur qui bat. »
9 Jan
#26 // Laurent Pidancet, Leica Akademie France Manager
6 Déc
#25 // Laurent Baheux, photographe animalier « C’est l’animal qui choisit la rencontre… »
6 Sep
#23 // François Flamand photographe sport automobile
6 Mai
#22 // Bastien Campistron photographe animalier
3 Avr
#21 // Yohan Terraza photographe et mentor
5 Fév
#20// Mickaël Peralta, photographe outdoor et ambassadeur Sony
2 Jan
#19// Valéry Hache photo reporter
1 Déc
#18 // Mannequins, avec Elisabeth Schumacher et Cleo
21 Oct
#17// Rafaelle Lorgeril » Photographe expressionniste »
21 Sep
BONUS #EP16 : Rachel Deghati – version longue
8 Oct
EP 16: L’humanitaire en Afghanistan – Aina
29 Sep
Elles font la Culture : Marie Robert
25 Sep
S1302 – HOMMAGE À JEAN-FRANÇOIS LEROY, LE COFONDATEUR ET DIRECTEUR DE VISA POUR L’IMAGE
24 Sep
OFF 01: Massoud, 25 ans après
9 Sep
Dora Tishmann · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Alexis Pichot · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Laure Nillus · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Marine Lécuyer · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Sabatina Leccia · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Agné Gintalaitė · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
Grégoire Delanos · Festival Nicéphore + 2026 – Révélation(s)
8 Sep
