
Laurent Baheux, photographe animalier depuis plus de vingt ans, a commencé par la photo de sport dans un quotidien régional de Poitiers avant de tout quitter pour la faune africaine. Au micro de Deftom, pour le podcast du magasin Panajou, il raconte son premier voyage en Tanzanie en 2002, explique pourquoi il ne travaille qu'en noir et blanc et comment on approche un lion sans le déranger. Il assume aussi un discours militant pour la cause animale, jusque dans son assiette.
Du parquet des salles de sport à la savane
Laurent Baheux, invité du podcast de Panajou animé par le photographe Deftom, est devenu photographe par accident. Attiré par l’écriture, il propose ses comptes rendus sportifs à un petit quotidien de Poitiers, qui lui demande vite des images. Dans les années 1990, il apprend dans des salles mal éclairées (volley, basket, hand), avec de l’Ilford HP5 poussée à 3 200 ISO au développement et un Canon EOS 5, puis travaille pour des agences parisiennes sur les Jeux olympiques et les Coupes du monde. Saturé par cette vie, il part en Tanzanie en 2002 réaliser un rêve d’enfant : rencontrer la grande faune africaine. Il garde ses images pour lui pendant cinq ans, jusqu’à ce qu’un ami lui propose d’exposer, et bascule peu à peu vers l’animalier. Il dit avoir publié une dizaine de livres, sur l’Afrique, l’Arctique et les ours polaires, et travailler sur les chevaux en liberté. En safari, explique-t-il, on approche les animaux en véhicule, et « c’est vraiment l’animal qui choisit la rencontre » : un lion peut frôler la voiture à moins d’un mètre.
Il raconte aussi le tournage du documentaire Félins noir sur blanc, un mois au Kenya avec deux caméramans pour Ushuaïa TV.
Le noir et blanc comme manière de voir
Le noir et blanc s’est imposé à lui dès ses débuts, quand les pages intérieures du journal étaient en noir et blanc et que les films couleur coûtaient cher. Autodidacte, il cite les grands maîtres qui ont nourri son regard, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis, Robert Doisneau, et voit dans le noir et blanc « l’essence même de la photographie ». Ce qui le pousse à déclencher, c’est « la beauté de la lumière, la beauté de l’instant », sur un lion comme sur une hyène ou un vautour. Végétarien depuis une dizaine d’années, il défend un discours antispéciste : selon lui, on ne peut pas protéger la faune sauvage et consommer une viande d’élevage qui détruit ses habitats, et il dénonce le déni politique et le poids du lobby agro-industriel. Il veut montrer par ses images la sensibilité et les liens sociaux des animaux.
Ambassadeur Sony depuis 2017, il travaille avec un Alpha 1 et une préférence marquée pour les focales fixes, comme le 85 mm f/1,4.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Lions : livre de Laurent Baheux, en cours de réédition.
- Félins noir sur blanc : documentaire de 52 minutes sur le travail de Laurent Baheux, diffusé sur Ushuaïa TV puis TF1, produit par Bonne Pioche.
- Ilford HP5 : film noir et blanc de ses débuts en photo de sport.
- Canon EOS 5 et EOS-1 : ses boîtiers argentiques à l’époque du sport.
- Sony Alpha 9 et Alpha 1 : les hybrides avec lesquels il travaille depuis 2017.
- Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis et Robert Doisneau : les maîtres du noir et blanc qui ont nourri son regard.
- Panajou : magasin photo de Bordeaux fondé en 1865, qui produit le podcast.
- Exposition sur les chevaux à Genève : chevaux photographiés en Islande, en Mongolie et en Camargue.
Au fil de l’épisode
- 00:00:24 : présentation de Laurent Baheux
- 00:01:23 : des débuts par accident dans un quotidien de Poitiers
- 00:02:23 : la photo de sport en salle, une école de la lumière
- 00:02:57 : l’Ilford HP5 poussée à 3 200 ISO
- 00:04:52 : la saturation du sport et le premier voyage en Tanzanie en 2002
- 00:05:55 : une transition douce vers l’animalier
- 00:07:54 : approcher les lions en safari photo
- 00:10:36 : les animaux les plus difficiles à photographier
- 00:12:16 : la beauté de l’instant plutôt que la collection
- 00:14:15 : le documentaire Félins noir sur blanc
- 00:15:47 : pourquoi le noir et blanc
- 00:18:02 : une vocation en réaction à la folie des hommes
- 00:19:41 : être photographe animalier et végétarien
- 00:23:54 : la cause animale et le déni politique
- 00:29:45 : montrer la sensibilité des animaux
- 00:30:19 : Sony, l’hybride et les focales fixes
- 00:32:11 : le retour de l’argentique chez les jeunes
- 00:35:54 : rééditions, exposition à Genève et projet sur les chevaux
FAQ
Qui est Laurent Baheux ?
Laurent Baheux est un photographe animalier français qui travaille en noir et blanc, principalement en Afrique. Après une quinzaine d’années en photo de sport, d’un quotidien de Poitiers aux agences parisiennes, il découvre la Tanzanie en 2002 et se consacre ensuite à la faune sauvage. Il a publié une dizaine de livres et milite pour la cause animale.
Pourquoi Laurent Baheux photographie-t-il en noir et blanc ?
Le noir et blanc fait partie de son histoire : il a appris en argentique, avec des films noir et blanc et des tirages au labo, parce que son journal imprimait ses pages intérieures sans couleur. Autodidacte, il s’est nourri des œuvres d’Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis ou Robert Doisneau, et considère que le noir et blanc raconte une autre histoire que la couleur.
Comment approche-t-on un lion pour le photographier ?
Selon Laurent Baheux, en véhicule : héritiers des safaris de chasse, les safaris photo se font en 4×4, souvent ouverts, car les animaux fuient la silhouette humaine mais tolèrent la voiture. Il recommande de rester à distance et silencieux. C’est l’animal qui choisit la rencontre : non dérangé, un lion peut s’approcher à moins d’un mètre du véhicule.
Quel matériel utilise Laurent Baheux ?
Ambassadeur Sony depuis 2017, Laurent Baheux travaille avec un Alpha 1. Il apprécie l’hybride pour la visée directement en noir et blanc, le silence et la réactivité. Il préfère les focales fixes, comme le 85 mm f/1,4 avec lequel il a passé une journée entière en Afrique du Sud, et utilise de moins en moins les très longs téléobjectifs.
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