
Sébastien Salamand, alias Le Turk, est photographe, réalisateur et illustrateur. Au micro de Deftom, dans le podcast de Panajou, il raconte comment le dessin et le cinéma ont nourri des photographies construites de toutes pièces, décors compris. Il parle de ses inspirations, de sa vision du beau, de la débrouille de ses débuts, de son passage à la réalisation et de l'intelligence artificielle, qu'il utilise comme outil mais refuse comme œuvre.
Du dessin à la photo, un univers fait de décors
Dans cet épisode du podcast de Panajou, le photographe Deftom reçoit Sébastien Salamand, alias Le Turk, photographe, réalisateur et illustrateur. Le dessin a rempli son enfance, puis sont venues la musique et la vidéo ; la photo est arrivée tard, par hasard, quand il dirigeait un centre culturel équipé d’un studio et que son fondateur l’a invité à une séance. Ce qui l’a convaincu, c’est l’immédiateté : en une séance, on peut produire une œuvre. Il y a mis toutes ses envies de théâtralité et de narration, en faisant « du cinéma dans la photo » et « du dessin dans la photo ». Ses inspirations forment selon lui « un bouillon étrange » : la BD franco-belge, Tintin et les comics, Tim Burton, Jean-Pierre Jeunet, Tom Waits ou Michael Jackson. Ses obsessions : l’histoire de France, le temps qui passe, la nostalgie, les passions humaines, le tragi-comique, avec un goût pour les archétypes de la commedia dell’arte. Il défend l’idée que le beau n’est pas qu’une affaire de goût et qu’une œuvre doit plaire au plus grand nombre tout en renfermant des secrets, comme Mozart qui faisait pleurer sa mère. Il estime aussi qu’un artiste est « étranger à son œuvre » : il peut expliquer sa manière de travailler, pas interpréter ce qu’il a produit.
Il recommande de garder du travail argentique un réflexe : chaque photo doit être différente et meilleure que la précédente, plutôt que de déclencher en espérant tomber sur une bonne image.
Le faux fait en vrai
Le Turk construit ses décors, de trois jours à un mois selon la taille, seul au début puis avec une équipe qu’il a formée. Il ne suit pas un plan figé : l’idée évolue pendant la construction et tout se décide au moment de la prise de vue. Il raconte une robe de femme faite de restes de polystyrène peints comme du métal, dans la série « Je crie vers toi », inspirée de la passion du Christ, et comment, à court d’argent et de matériaux, il a inventé la série « Opéra Mundi » en photographiant des maquettes. Il ne photographie rien en dehors de ses projets : « je suis passionné par l’artifice, par le faux », dit-il, et la vérité brute l’ennuie. La post-production doit rester minimale, dix minutes par image. Il explique avoir pris de gros risques financiers au début, avec une « esthétique de la débrouille », et lie son goût de la liberté à son père artisan. Il réalise désormais des clips et des courts métrages, dont un avec son épouse, Laura David, prépare deux longs métrages, l’un avec Mathias Malzieu, l’autre en animation image par image, et une bande dessinée en deux tomes dont il est coscénariste et dessinateur. Il défend les effets pratiques au cinéma, de « Batman Returns » à « Jurassic Park », pour leur pouvoir d’émerveillement.
« Ils l’ont fait en vrai » : c’est l’effet qu’il veut produire, en photo comme au cinéma.
Intelligence artificielle : un outil, pas une œuvre
Le Turk utilise l’IA générative comme outil, par exemple pour transformer ses dessins en images photoréalistes destinées à convaincre des producteurs. Mais une image générée n’a pour lui aucun intérêt comme œuvre : rien à creuser, aucune biographie, aucune histoire derrière. Il reconnaît qu’elle supprimera des emplois, comme l’ordinateur l’a fait en animation dans les années 90 selon un producteur qu’il cite. Il reprend la comparaison de ce producteur avec le Tour de France : on regarde des coureurs souffrir à vélo alors qu’une mobylette irait plus vite, parce que ce qui passionne l’humain, c’est l’humain ; de même, les clubs d’échecs restent pleins alors qu’un ordinateur bat n’importe quel joueur. Deftom raconte avoir été fasciné, puis déstabilisé, par deux mois de création avec l’IA ; Le Turk y voit le signe de défis qu’il reste à relever dans son propre travail. Il se dit optimiste : ce qui est facile à faire perd sa valeur, et l’IA pousse les créateurs à chercher ce qui les rend irremplaçables.
« Il y a un cœur qui bat derrière cette image », résume-t-il.
Pour aller plus loin
- Le site de Le Turk
- Le Turk sur Instagram
- La chaîne YouTube de Le Turk
- La boutique de Le Turk
- L’Usine à Merveilles, le studio de Le Turk et Laura David
- Le site de Deftom
Les références de l’épisode
- Je crie vers toi : série de Le Turk inspirée de la passion du Christ.
- Opéra Mundi : série de maquettes avec personnages incrustés.
- La Chute des Empires : autre série citée par l’animateur.
- Tim Burton et Jean-Pierre Jeunet : cinéastes parmi ses principales inspirations.
- Batman Returns et Jurassic Park : films cités pour leurs effets pratiques.
- Mathias Malzieu : partenaire d’un de ses projets de long métrage.
- Laura David : son épouse, avec qui il a fondé un studio de création.
- Midjourney : outil d’IA générative qu’il utilise pour des images de présentation.
- Panajou : magasin photo bordelais fondé en 1865, qui produit le podcast.
Au fil de l’épisode
- 00:00:28 : l’origine du pseudonyme Le Turk
- 00:01:16 : photographe, réalisateur et illustrateur
- 00:02:15 : une bande dessinée annoncée et l’arrivée de la photo par hasard
- 00:04:47 : le travail que demandent les décors
- 00:05:37 : numérique, argentique et méthode
- 00:06:55 : ses inspirations, de Tim Burton à Tintin
- 00:08:40 : ses obsessions, l’histoire, le temps, le burlesque
- 00:10:36 : qu’est-ce que le beau
- 00:11:52 : son regard sur l’art contemporain conceptuel
- 00:15:34 : expliquer sa manière de travailler sans interpréter son œuvre
- 00:18:58 : la robe de polystyrène de « Je crie vers toi »
- 00:20:19 : combien de temps pour un décor et une image
- 00:23:22 : pourquoi il ne photographie rien en dehors de ses projets
- 00:25:28 : les effets pratiques au cinéma
- 00:28:29 : le passage à la réalisation, des clips aux longs métrages
- 00:30:46 : l’euphorie de l’idée et le travail qui suit
- 00:33:37 : financer ses projets à ses débuts
- 00:36:53 : liberté contre sécurité
- 00:39:16 : le moins de post-production possible
- 00:40:09 : l’intelligence artificielle générative
- 00:44:26 : le Tour de France et les échecs, ce qui passionne l’humain
- 00:47:07 : l’expérience de Deftom avec l’IA
- 00:59:53 : un regard optimiste sur l’avenir de la création
- 01:05:05 : où découvrir son travail
FAQ
Qui est Le Turk ?
Le Turk, de son vrai nom Sébastien Salamand, est un photographe français, réalisateur et illustrateur. Il construit lui-même les décors de ses images, nourries de BD franco-belge, de cinéma et de burlesque, dans des séries comme « Je crie vers toi » ou « Opéra Mundi ». Il réalise aussi des clips et des courts métrages, et prépare une bande dessinée.
Comment Le Turk crée-t-il ses photographies ?
Il part d’une idée floue et d’un vague dessin, puis construit le décor en trois jours à un mois, avec des matériaux comme le polystyrène ou le carton. L’idée évolue pendant la construction et tout se décide lors de la prise de vue. La post-production se limite à une dizaine de minutes par image : l’ambiance se règle à la lumière.
Que pense Le Turk de l’intelligence artificielle générative ?
Il s’en sert comme outil, par exemple pour transformer ses dessins en images photoréalistes destinées aux producteurs. Mais une image générée n’a pour lui aucune valeur d’œuvre, car il n’y a rien derrière à découvrir. Il reste optimiste : ce qui est facile à faire perd sa valeur, et l’IA pousse les créateurs à cultiver leur singularité.
Pourquoi Le Turk préfère-t-il les effets pratiques ?
Selon lui, un effet visuel pratique a « un pouvoir d’émerveillement infini » : il a eu lieu, on pourrait le toucher, et garde son charme même imparfait. Il cite « Batman Returns » et « Jurassic Park », dont les effets réels ont moins vieilli, et construit son langage de réalisateur sur ce principe.
#29 // EMILIE ECHEYNE « Je prends en photo les souvenirs des gens »
10 Avr
#28 // Nicolas Seurot « La photo, c’est comme un voyage, des rencontres, des paysages et cette lumière… »
4 Août
#26 // Laurent Pidancet, Leica Akademie France Manager
6 Déc
#25 // Laurent Baheux, photographe animalier « C’est l’animal qui choisit la rencontre… »
6 Sep
#24 // Yan Morvan reporter photographe de guerre
6 Août
#23 // François Flamand photographe sport automobile
6 Mai
#22 // Bastien Campistron photographe animalier
3 Avr
#21 // Yohan Terraza photographe et mentor
5 Fév
#20// Mickaël Peralta, photographe outdoor et ambassadeur Sony
2 Jan
#19// Valéry Hache photo reporter
1 Déc
#18 // Mannequins, avec Elisabeth Schumacher et Cleo
21 Oct
#17// Rafaelle Lorgeril » Photographe expressionniste »
21 Sep
SPE1302 – LE SIGMA FP2
27 Oct
S1306 – LE PLAISIR DE PHOTOGRAPHIER ?
22 Oct
S1305 – 24-70mm, 24-105mm, 28-105mm… Lequel choisir ?
15 Oct
S1304 – LE WORKFLOW DU PHOTOGRAPHE À L’HEURE DE L’IA
8 Oct
S1303 – LES TENDANCES DU MARCHÉ DE LA PHOTO AVEC DAMIEN BERNAL
1 Oct
S1302 – HOMMAGE À JEAN-FRANÇOIS LEROY, LE COFONDATEUR ET DIRECTEUR DE VISA POUR L’IMAGE
24 Sep
SPE1301 – SALON PHOTO VIDÉO 2026 : ON REFAIT LE PROGRAMME !
22 Sep
S1301 – LE GRAND RETOUR DES COMPACTS ?
17 Sep
E38 – L’INTELLIGENCE ARTIFICIEL en PHOTO…..encore
16 Sep
E37 – DXO PhotoLab 10
1 Sep
EP05 :CHAPITRE 2 (partie 2): LA MACHINE QUI SEMBLE CRÉER – COMMENT UNE IA APPREND-ELLE À CRÉER ?
23 Juil
EP04 : CHAPITRE 2 (Partie 1) – COMPRENDRE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : LA MACHINE QUI SEMBLE CRÉER
14 Juil
