Illustration de l'épisode sur le tirage fine art du podcast Faut Pas Pousser Les ISO

S108 – Tirage fine art : un métier, une passion

L’art d’incarner l’image

Le tirage fine art est bien plus qu’une simple impression : c’est la sublimation d’une image, le moyen de retranscrire une émotion sur un support physique. Pour le photographe Philippe Haumesser, c’est « l’incarnation de l’origine de la photo », une manière de redonner un caractère sacré à des images qui, trop souvent, restent virtuelles sur des disques durs. Le galeriste Patrick Blin abonde, tout en soulignant que le terme est souvent galvaudé. D’un point de vue juridique, la notion de « tirage d’art » n’existe pas ; on parle d’« œuvre d’art photographique », ce qui implique des contraintes précises : une édition limitée à 30 exemplaires maximum, une signature et une numérotation. Ces critères, définis par le code des impôts, sont essentiels pour la vente en galerie.

« C’est ce qui permet d’ailleurs à certains de vendre des tirages d’art sur n’importe quel papier, à n’importe quel prix, signé, pas signé, en édition de 5000, etc. Tout en utilisant le mot tirage d’art. Et c’est un peu ça qui à chaque fois me révulse », confie Patrick Blin.

Le papier, écrin de la photographie

Le choix du papier est une étape cruciale, un dialogue entre l’image et son support. Comme l’explique Julien Lagaye, spécialiste chez Hahnemühle, ce choix repose sur deux piliers : l’esthétique et la conservation. Le critère esthétique est intuitif : le photographe choisit un rendu (mat, texturé, brillant, satiné, barité…) qui sert son propos et la nature de son image. Philippe Haumesser, dont le travail en clair-obscur exige des noirs profonds, privilégie les papiers barités ou lustrés, car un papier mat rendrait ses photos « complètement plates ». De son côté, Patrick Blin utilise souvent un papier mat légèrement texturé pour les photos animalières, afin de sublimer les pelages ou la neige. Le second critère est technique : la longévité. Un papier fine art doit être sans acide et posséder une réserve alcaline pour résister au temps et aux agressions extérieures, conformément à des normes comme la ISO 9706.

Le support est l’écrin de l’image. Il doit être choisi avec autant de soin que la composition ou la lumière de la photographie elle-même.

Maîtriser la couleur et la longévité

Pour garantir la fidélité des couleurs et la pérennité du tirage, plusieurs éléments techniques entrent en jeu. La gestion des couleurs, via les profils ICC, est fondamentale. Ces profils décrivent comment une imprimante donnée va restituer les couleurs sur un papier spécifique. Si les profils « génériques » fournis par les fabricants de papier ou d’imprimantes sont aujourd’hui d’excellente qualité, les professionnels les plus exigeants créent leurs propres profils sur mesure à l’aide d’un spectrophotomètre pour une précision absolue. Par ailleurs, la question de la durabilité a été au cœur de la création du label Digigraphie par Epson. Expliqué par le journaliste Patrick Lévêque, ce label certifie un procédé utilisant des encres pigmentaires sur des papiers agréés, garantissant une conservation estimée entre 80 et 120 ans. C’est un gage de confiance pour les collectionneurs, les musées et les galeries, qui assure que l’œuvre ne jaunira pas et conservera son éclat au fil des décennies.

Un bon tirage numérique, réalisé dans les règles de l’art, peut aujourd’hui inspirer plus confiance qu’un tirage argentique dont on ne connaît pas les conditions de fixage et de rinçage.

Les références de l’épisode

  • Personnes : Patrick Blin, Philippe Haumesser, Patrick Lévêque, Julien Lagaye, Arthur Azoulay, Benjamin Favier, Vincent Munier, Laurent Baeux, Julie de Varroquier, Laurent Balesta, Kyriakos Casiras, Raymond Depardon, Angelina Jolie, Don McEleen, Robert Delpierre, Sarah Moon, Clara Bouvresse, Françoise Nunez, Bernard Plossu, Henri Cartier-Bresson, Le Caravage.
  • Marques et entreprises : Sony, Tokina, Voigtländer, La Comète (librairie), Phox.fr, Nikon, Le Monde de la Photo, Blin plus Blin (galerie), Hahnemühle, Canon, Epson, X-Rite, Canson, Ilford, Permaget.
  • Œuvres et collections : collection Photo Poche, coffret « Femmes photographes », « La Chambre » (livre de Raymond Depardon), « Objectif Femmes » (documentaire).
  • Matériel : Sony FX6, Tokina ATX-M 23mm F1.4 et 33mm F1.4, Voigtländer Super Nocton 29mm F0.8 Aspherical, Canon Pro 1000, Canon 5DSR, Canon EOS R5, ImagePrograf Pro 1000, ImagePrograf Pro 4000.

Au fil de l’épisode

  • Flash Actu : la nouvelle caméra cinéma Sony FX6, les focales fixes Tokina pour hybrides Fujifilm, et l’objectif le plus lumineux du marché par Voigtländer.
  • L’initiative de la librairie La Comète proposant des beaux livres avec dédicace personnalisée des auteurs.
  • Discussion sur l’intérêt des très grandes ouvertures en photographie.
  • Le projet de biopic sur le photographe de guerre Don McEleen, réalisé par Angelina Jolie.
  • La story de Benjamin : la collection Photo Poche et son coffret « Femmes photographes » qui rééquilibre la place des femmes dans l’histoire de la photo.
  • Début du débat : qu’est-ce qu’un tirage fine art ? Entre sublimation de l’image et incarnation de la photographie.
  • La définition juridique d’une œuvre d’art photographique : limitation à 30 exemplaires, signature et numérotation.
  • La signature du photographe : discrète au dos pour ne pas interférer avec l’œuvre.
  • Le label Digigraphie d’Epson, un gage de confiance et de longévité pour les collectionneurs et les institutions.
  • La durée de vie d’un tirage fine art, estimée entre 80 et 120 ans.
  • L’importance cruciale du choix du papier : critères esthétiques (rendu) et techniques (conservation).
  • Comment les photographes choisissent un papier en fonction de leur style et de leurs images.
  • La relation entre le tireur et le photographe, de la simple exécution à l’accompagnement complet.
  • La gestion des couleurs : l’utilité des profils ICC.
  • Profils génériques contre profils personnalisés : quand faut-il investir dans un spectrophotomètre ?
  • Les bonnes pratiques pour observer et manipuler un tirage sans l’abîmer.
  • La dimension économique de l’impression à domicile : un investissement qui nécessite une pratique régulière.
  • La question qui tue pour conclure : êtes-vous plutôt mat ou brillant ?

FAQ

Qu’est-ce qu’un tirage photo fine art ?

Un tirage fine art est l’impression d’une photographie sur un papier de haute qualité avec des encres pigmentaires, dans un but de sublimation et de conservation. Au-delà de la technique, il incarne la vision de l’artiste. D’un point de vue légal pour la vente en galerie, on parle d’« œuvre d’art photographique », ce qui implique une production limitée à 30 exemplaires maximum, tous signés et numérotés par l’auteur pour en garantir l’authenticité et la rareté.

Comment choisir le bon papier pour un tirage d’art ?

Le choix du papier dépend de deux critères principaux. Le premier est esthétique : le rendu (mat, brillant, satiné, texturé) doit servir l’image et l’intention du photographe. Un portrait en clair-obscur ne fonctionnera pas sur le même papier qu’un paysage enneigé. Le second critère est la conservation : le papier doit être de qualité archive, c’est-à-dire sans acide et avec une réserve alcaline pour garantir sa longévité et sa résistance au vieillissement.

Qu’est-ce que le label Digigraphie d’Epson ?

La Digigraphie est un label de qualité créé par Epson pour donner ses lettres de noblesse à l’impression jet d’encre. Il certifie qu’un tirage a été réalisé selon un cahier des charges strict : utilisation d’une imprimante Epson professionnelle, d’encres pigmentaires UltraChrome et d’un papier certifié. Ce label garantit une excellente qualité et une très longue conservation des tirages (estimée entre 80 et 120 ans), offrant ainsi un gage de confiance aux photographes, galeries et collectionneurs.

Faut-il créer ses propres profils de couleur (ICC) ?

Un profil ICC est un fichier qui assure la correspondance des couleurs entre l’écran, l’imprimante et le papier. Les profils génériques fournis par les fabricants de papier sont aujourd’hui d’excellente qualité et suffisent pour la plupart des usages. Cependant, les professionnels les plus exigeants peuvent créer leurs propres profils sur mesure avec un spectrophotomètre pour atteindre une précision maximale et s’assurer que le rendu imprimé est parfaitement fidèle à leur vision.

Combien de temps se conserve un tirage fine art ?

Un tirage fine art, réalisé avec des encres pigmentaires sur un papier de qualité archive (sans acide), a une longévité très élevée. Les estimations, notamment celles du label Digigraphie, garantissent une conservation allant de 80 à 120 ans dans des conditions d’exposition normales. Cette durabilité est souvent supérieure à celle de nombreux tirages argentiques anciens, dont la conservation dépendait fortement de la qualité du fixage et du rinçage.


Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *