
Alexis Rosenfeld, photographe sous-marin et explorateur, plonge depuis plus de quarante ans. Ancien scaphandrier, passé par l'équipe du commandant Cousteau, il a cofondé One Ocean, projet d'exploration mené avec l'UNESCO pour « rendre visible l'invisible ». Dans ce numéro « Au coin du feu » de Faut Pas Pousser Les ISO, il revient sur son parcours, la grande migration des sardines en Afrique du Sud, les coraux, ses caméras conçues pour descendre à 1 000 mètres, et écoute les témoignages de ceux qui le connaissent.
De la Comex au Figaro Magazine
Alexis Rosenfeld, photographe sous-marin et explorateur, retrace avec Arthur Azoulay et Benjamin Favier un parcours commencé dans l’eau à huit ans. Plus jeune moniteur de plongée grâce à une dérogation, il travaille comme assistant lumière sur une émission avec Jacques Mayol, puis devient scaphandrier, notamment pour la Comex de Henri-Germain Delauze, devenu un ami. Il plonge alors jusque dans des piscines de centrales nucléaires et se forme seul à la photo sous-marine. Pascal Bessaoud, ancien responsable du service photo du Figaro Magazine, se souvient d’un garçon « solaire », curieux, qui voulait à tout prix être publié et témoigner du vivant ; il le voit aujourd’hui comme un lanceur d’alerte. Alexis Rosenfeld lui doit, dit-il, la différence entre une image et une photographie : « Une photographie, c’est une phrase, ça peut même être parfois une poésie. » Il raconte ses premiers reportages ratés, la confiance de la rédaction, les soirées de projection de diapositives au journal, et l’accès que ce commanditaire lui ouvrait, jusqu’à un sous-marin nucléaire. En 1994, il embarque sur l’Alcyone du commandant Cousteau pour sa dernière mission, à Madagascar ; en 2000, il participe à la découverte de l’épave du P-38 d’Antoine de Saint-Exupéry, au-delà de 100 mètres.
Il refuse le mot d’aventurier que lui prête l’humoriste Guillaume Meurice : l’aventure, dit-il, c’est quand l’exploration tourne mal, et il ne cherche pas l’adrénaline.
One Ocean et la grande migration du vivant
Lancé avec l’UNESCO en 2018, d’abord autour des coraux, One Ocean veut revisiter l’océan avec les outils d’aujourd’hui : boîtiers capables de voir dans la pénombre, recycleurs qui permettent de rester longtemps et profond, affûts sous-marins. Matthieu Guevel, directeur de la communication de l’UNESCO, explique que ces images servent autant à la sensibilisation qu’aux scientifiques de la Commission océanographique intergouvernementale. Le projet phare, la grande migration du vivant, documente depuis juin 2023 le passage de milliards de sardines le long de la côte est de l’Afrique du Sud, poursuivies par dauphins, requins, baleines et fous du Cap. L’idée est née d’une alerte de Claire Nouvian, de l’association Bloom, sur un projet de forage pétrolier en eaux profondes dans la zone. Alexis Rosenfeld décrit le quotidien de la mission : franchir chaque jour une barre de vagues, passer dix à douze heures en mer avec une équipe soudée, plonger par courtes incursions dans des courants de quatre à cinq nœuds. Guillaume Meurice, qu’il avait initié à la plongée dans les calanques, raconte comment Alexis Rosenfeld l’a fait pivoter sous l’eau pour le mettre face à son premier requin bronze.
Sur chaque mission, le photographe emmène un « ambassadeur de la nature », comme Guillaume Meurice ou l’écrivain Bill François, pour raconter autrement ces moments partagés.
Coraux, gorgones et caméras pour les abysses
Côté matériel, Alexis Rosenfeld travaille avec des Sony Alpha 1, des A7S III pour la vidéo, le zoom 16-35 mm G Master et des flashs sous-marins Seacam, avec toujours un caisson de secours prêt. Son équipe développe un caisson capable de descendre à 1 000 mètres, pour l’Alpha 1 et la caméra Sony Burano, issu d’une technologie conçue pour un télescope à neutrinos, piloté par câble depuis un robot ou un sous-marin, cofinancé par Sony et le CNC. Il parle aussi des coraux, « à la fois minéral, végétal et animal », de leurs services pour l’humanité et de leur blanchissement, et de son travail avec la chercheuse Laetitia Hédouin sur des récifs du Pacifique qui résistent au réchauffement. En Méditerranée, il suit Lorenzo Bramanti, chercheur au CNRS, qui étudie les forêts de gorgones profondes comme refuges possibles pour la partie supérieure, plus chaude. Il évoque le plastique qui coule vers les grands fonds et les jardins sous-marins de Nemo’s Garden, près de Naples. Claire Nouvian souligne que ses images rappellent ce qu’était un océan abondant, contre l’amnésie collective du « shifting baseline ».
Face aux rapports scientifiques et à l’inaction politique, Alexis Rosenfeld se dit « de plus en plus perdu », mais continue de voir ses photographies comme sa contribution.
Transmettre, et la quête du calmar géant
La transmission est « la base », dit-il. Sa fille Maluha Rosenfeld, vingt ans, raconte les récits d’expéditions de son enfance et apprend aujourd’hui la photo sous-marine à ses côtés ; le photographe animalier Hugo Hebbe le décrit comme le seul à lui avoir tendu la main, et le remercie de lui avoir confié qu’il avait lui aussi le mal de mer. Le père et la fille lancent un nouveau projet pour s’adresser aux jeunes générations. Sur le répondeur préparé par l’émission, des proches l’interrogent : il ne prendra pas de retraite, rêve de photographier le calmar géant dans les abysses, et confie son émotion pour le manchot du Cap, espèce qu’il craint de voir disparaître. Il conseille aux débutants d’être d’abord de bons plongeurs, attentifs à la lumière et à la biologie, et de commencer avec un simple compact.
Entre « Abyss » et « Le Grand Bleu », il choisit le second, pour les techniques imaginées par l’équipe du chef opérateur sous-marin Christian Pétron.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- One Ocean : projet d’exploration lancé par Alexis Rosenfeld avec l’UNESCO en 2018.
- La grande migration du vivant : mission de One Ocean sur la migration des sardines au large de l’Afrique du Sud.
- Comex et Henri-Germain Delauze : entreprise de plongée industrielle et son fondateur.
- Jacques-Yves Cousteau et l’Alcyone : mission « L’Île des Esprits » à Madagascar en 1994.
- Antoine de Saint-Exupéry : épave de son P-38 Lightning retrouvée en 2000.
- Jacques Mayol : apnéiste dont la vie a inspiré « Le Grand Bleu ».
- Figaro Magazine : journal où Alexis Rosenfeld a fait ses débuts de photographe.
- UNESCO et Commission océanographique intergouvernementale : partenaires scientifiques de One Ocean.
- Bloom : association de Claire Nouvian.
- Sony Alpha 1, Sony A7S III, Sony Burano, FE 16-35 mm G Master : matériel d’Alexis Rosenfeld.
- Seacam : marque de ses flashs sous-marins.
- Nemo’s Garden : jardins sous-marins près de Naples.
- « L’Éloquence de la sardine » : livre de Bill François.
- Christian Pétron : chef opérateur sous-marin du « Grand Bleu ».
- Francis Bompard : photographe animalier, auteur d’un guide de la photo de safari chez Eyrolles, sujet de la chronique de l’épisode.
- Yann Morvan : photojournaliste disparu le 20 septembre 2024, à qui l’émission rend hommage.
- Festival de Montier-en-Der et Salon de la photo : rendez-vous où rencontrer Alexis Rosenfeld.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : le regard d’une scientifique sur les photos d’Alexis Rosenfeld
- 00:02:52 : présentation, de la plongée à huit ans à la Comex
- 00:04:17 : le témoignage de Pascal Bessaoud, du Figaro Magazine
- 00:06:54 : la différence entre une image et une photographie
- 00:08:33 : Cousteau, l’avion de Saint-Exupéry et One Ocean
- 00:11:23 : Flash actu : Tamron, Leica, Phase One, hommage à Yann Morvan
- 00:19:31 : la story : Francis Bompard et la photo de safari au Botswana
- 00:25:47 : l’empreinte carbone et le dérangement des animaux
- 00:29:13 : Guillaume Meurice et son premier requin
- 00:34:14 : explorateur plutôt qu’aventurier
- 00:36:03 : ce que lui a apporté le commandant Cousteau
- 00:40:46 : la photographie, d’abord une « triche » pour garder des souvenirs
- 00:44:47 : savoir tout de suite qu’on tient la photo, les fous du Cap
- 00:46:33 : One Ocean et l’UNESCO selon Matthieu Guevel
- 00:55:16 : la grande migration du vivant
- 01:00:04 : boîtiers, optiques, flashs et caissons
- 01:01:59 : le caisson 1 000 mètres et la caméra Burano
- 01:05:35 : travailler en équipe sous l’eau
- 01:06:57 : le témoignage de Claire Nouvian
- 01:12:58 : le blanchissement des coraux
- 01:16:25 : les forêts de gorgones de Méditerranée
- 01:17:24 : le plastique des grands fonds et Nemo’s Garden
- 01:19:53 : la transmission, Maluha Rosenfeld et Hugo Hebbe
- 01:24:01 : conseils aux futurs photographes sous-marins
- 01:26:58 : le répondeur des proches
- 01:41:06 : le quiz des auditeurs
- 01:46:54 : les rendez-vous d’Alexis Rosenfeld
FAQ
Qui est Alexis Rosenfeld ?
Alexis Rosenfeld est un photographe sous-marin et explorateur français qui plonge depuis plus de quarante ans. Ancien scaphandrier, notamment pour la Comex, il a travaillé pour le Figaro Magazine, embarqué avec le commandant Cousteau en 1994 et participé à la découverte de l’avion de Saint-Exupéry. Il a cofondé le projet One Ocean avec l’UNESCO.
Qu’est-ce que le projet One Ocean ?
C’est un projet d’exploration lancé en 2018 avec l’UNESCO, d’abord consacré aux coraux. Son objectif, selon Alexis Rosenfeld, est de « rendre visible l’invisible » : revisiter l’océan avec les technologies actuelles et raconter des histoires fiables, utiles à la sensibilisation du public comme au travail des scientifiques de l’UNESCO.
Qu’est-ce que la grande migration du vivant ?
C’est le nom donné par Alexis Rosenfeld à la migration des sardines le long de la côte est de l’Afrique du Sud, qu’il présente comme la plus grande migration animale sur Terre. Des bancs immenses remontent vers le Mozambique, suivis par dauphins, requins, baleines et fous du Cap. Sa mission la documente depuis juin 2023.
Avec quel matériel Alexis Rosenfeld photographie-t-il sous l’eau ?
Il utilise des Sony Alpha 1 en caisson, des A7S III pour la vidéo, le 16-35 mm G Master et des flashs sous-marins Seacam, avec un caisson de secours toujours prêt. Son équipe développe un caisson capable de descendre à 1 000 mètres pour l’Alpha 1 et la caméra Burano, piloté à distance depuis un robot ou un sous-marin.
Quels conseils donne Alexis Rosenfeld pour débuter en photographie sous-marine ?
D’abord être un bon plongeur, pour être à l’aise et se consacrer à son équipement. Ensuite apprendre à comprendre son environnement, la lumière, les animaux et la biologie, dans une approche naturaliste. Il conseille de persévérer, car les débuts sont difficiles, et de commencer avec un simple compact.
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