
Aymeric Bonin, photographe de mariage depuis 2019, a été batteur à Montréal puis infirmier aux urgences avant de prendre un appareil photo à plein temps. Dans le Guide du Photographe de Mariage, il détaille la routine qui le rassure pendant la séance de couple, sa technique du contre-jour et ses débuts entre animalerie et photo scolaire. L'animateur le pousse aussi sur un point sensible : pourquoi un photographe qui fait une vingtaine de mariages par an reste-t-il sous la moyenne des tarifs ?
Une routine pour la séance de couple
Aymeric Bonin, photographe de mariage depuis 2019, se définit comme un photographe de reportage qui préfère les moments volés aux poses. Dans cet entretien du Guide du Photographe de Mariage, il détaille pourtant la routine qu’il a construite pour la séance de couple, ce moment de 20 à 25 minutes où le photographe doit diriger : faire marcher les mariés de dos, enchaîner plan large, plan moyen, plan serré et très serré, changer d’angle en avançant au 35 mm, puis lancer un jeu de questions qui les fait rire. Cette mécanique le rassure, dit-il, lui qui se décrit comme réservé et timide, et elle rassure les mariés, qui le voient prendre les choses en main. L’animateur l’interroge sur le risque de livrer toujours les mêmes images, d’autant qu’un domaine de sa région lui confie près de la moitié de ses mariages et qu’il y retourne jusqu’à huit fois par saison. Aymeric Bonin répond que les personnes, les regards et la lumière changent à chaque fois, et que la routine n’est qu’une procédure de lancement.
« Ça me rassure moi que la séance de couple va se passer comme ça », résume-t-il.
Contre-jour, colorimétrie et noir et blanc
Sur la technique, Aymeric Bonin explique sa méthode pour le contre-jour : il expose d’abord pour les hautes lumières afin de garder un soleil lisible dans le cadre, travaille en manuel sur un boîtier hybride, puis remonte les ombres sur les mariés en post-production. Il a essayé le réflecteur et le flash avant d’y renoncer ; l’animateur conseille un très léger coup de flash corrigé par une gélatine orangée pour rester à la température du soleil. Il raconte avoir trouvé sa colorimétrie pendant la saison 2022, en retouchant les photos d’un mariage, et l’avoir enregistrée en preset (réglage prédéfini) dans Lightroom pour ne plus en changer, quelles que soient les tendances. Il dit aimer les tons chauds ; l’animateur, en regardant son site, trouve plutôt ses verts froids et son style proche du fine art (images posées, lumineuses, aux couleurs douces). Il rêverait de mariages entièrement en noir et blanc mais craint de réduire sa clientèle à une niche ; l’animateur lui répond que les clients achètent ce qu’ils voient sur un site et n’ont pas l’idée de le demander.
Pour lui, la technique de base se comprend en une demi-heure ; c’est l’expérience qui prend des années.
De la batterie aux urgences, puis au mariage
Le parcours d’Aymeric Bonin est tout sauf linéaire. Au début des années 2000, il voulait devenir tireur en laboratoire argentique et a étudié le tirage à Berkeley, juste avant que le numérique n’emporte ce métier. Batteur depuis l’âge de 8 ans, il part en 2004 à Montréal avec son groupe et y reste treize ans ; la musique ne marche pas, il devient infirmier et travaille sept ou huit ans aux urgences de l’hôpital de Verdun. Revenu en France en octobre 2017, il découvre que son diplôme n’est pas reconnu et se tourne vers la photographie. Il passe un CAP photo près de Marseille, puis enchaîne des photos d’animaux en animalerie pour un employeur qui le payait mal, de la photo scolaire pour un studio de Toulon (« une très, très bonne école » pour diriger des groupes de trente élèves) et des mariages en second photographe non payé, dont un au Café de Paris à Monaco. Pendant le Covid, aide-soignant en maison de retraite, il réalise une série de portraits de résidents isolés.
Il fait quatre mariages en 2021, une vingtaine en 2022, et donne pendant cinq ans des cours dans un club photo.
Le marketing avant le matériel
Les deux photographes s’accordent sur un point : quand on se lance, mieux vaut se former au marketing qu’acheter du matériel ou multiplier les ateliers techniques. Aymeric Bonin dit l’avoir appris « à la dure » : il a passé un diplôme pour calmer son syndrome de l’imposteur, sans que personne ne lui explique comment trouver des clients. Il ne recommande pas le CAP photo, qu’il juge inutile, et conseille plutôt de sortir photographier, d’apprendre le triangle d’exposition et de suivre des ateliers ciblés. Ses mariages viennent du bouche-à-oreille, du domaine partenaire, de sa fiche Google, d’un annuaire de prestataires et de groupes Facebook ; il dit détester Instagram. Son panier moyen est de 1290 euros pour une journée complète, avec galerie en ligne et petit montage vidéo des meilleures photos. L’animateur, qui situe la moyenne française autour de 1500 euros, estime qu’il pourrait facturer 2000 à 2500 euros et travailler moins. Aymeric Bonin reconnaît ne pas réussir à se sentir légitime, au point de n’avoir jamais augmenté son tarif horaire en cinq ans de cours.
« Je n’arrive pas à passer le cap de me dire non, je mérite de gagner beaucoup plus que ça », confie-t-il.
Anecdotes et envies d’ailleurs
La fin de l’entretien laisse place aux anecdotes : un 50 mm brisé par un oncle trop enthousiaste, qui revient avec un chèque ; les cheveux d’une mariée qui prennent feu sur une bougie, photos qu’elle a interdit de montrer ; un boîtier Fuji X-T3 réinitialisé après un changement de batterie au moment de l’arrivée de la mariée à l’église ; une alliance tombée entre les lattes d’une terrasse, qu’il a fallu dévisser. Leçon répétée : toujours avoir un second boîtier sur soi. Son meilleur souvenir reste un marié qui l’a entraîné sur la piste de danse, et un autre, réticent toute la journée, venu le remercier en le serrant dans ses bras. À cinq ans, il veut assumer des tarifs plus élevés pour faire moins de mariages et développer des mises en scène inspirées du cinéma, comme ses images autour de l’univers d’Harry Potter, avec des décors dessinés par sa femme, illustratrice.
Installé depuis peu près de Valence, il cherche désormais des clients entre la Drôme et Lyon.
Pour aller plus loin
- Le site d’Aymeric Bonin
- Aymeric Bonin sur Instagram
- Aymeric Bonin sur Facebook
- La chaîne YouTube du Guide du Photographe de Mariage
- Le site photo de mariage de l’animateur
- Le livre de l’animateur, Photographe de mariage pour le meilleur et pour le pire
Les références de l’épisode
- Photographe de mariage pour le meilleur et pour le pire : livre de l’animateur du podcast, aux éditions Eyrolles, dont une seconde édition est annoncée.
- Lightroom : logiciel dans lequel Aymeric Bonin a enregistré le preset qui fixe sa colorimétrie.
- Fuji X-T3 : boîtier d’Aymeric Bonin, réinitialisé en plein mariage après une mise à jour.
- Canon 5D Mark III : son ancien boîtier, avec lequel il a commencé le mariage.
- Café de Paris, Monaco : lieu de l’un de ses premiers mariages comme second photographe.
- Hôpital de Verdun, Montréal : où il a travaillé comme infirmier aux urgences.
- Salon de la Photo : salon où l’animateur a donné une conférence sur la répétition dans le mariage.
Au fil de l’épisode
- 00:01:53 : un photographe de mariage orienté reportage depuis 2019
- 00:03:39 : la routine de la séance de couple en 20 à 25 minutes
- 00:13:45 : une procédure de lancement plutôt qu’une séance figée
- 00:15:17 : retourner huit fois par saison dans le même domaine
- 00:20:18 : les photos attendues, alliances et détails
- 00:27:31 : trouver son style et figer sa colorimétrie
- 00:29:50 : le rêve de mariages en noir et blanc et la peur de la niche
- 00:33:32 : se former au marketing avant d’acheter du matériel
- 00:37:35 : pourquoi les photographes parlent tant de matériel
- 00:43:03 : couleurs chaudes ou verts froids
- 00:45:28 : sa méthode pour photographier à contre-jour
- 00:48:52 : réflecteur, flash et gélatine
- 00:50:57 : du tirage argentique à Berkeley à la batterie à Montréal
- 00:54:27 : infirmier aux urgences, puis le retour en France
- 00:56:18 : le CAP photo et les premiers contrats
- 00:59:15 : apprendre le mariage comme second photographe
- 01:01:28 : portraits en maison de retraite pendant le Covid
- 01:02:49 : de quatre à vingt mariages par saison
- 01:11:42 : d’où viennent ses clients
- 01:14:52 : un panier moyen de 1290 euros
- 01:18:14 : le syndrome de l’imposteur et la peur d’augmenter ses prix
- 01:29:36 : une formation photo sert-elle à quelque chose ?
- 01:34:24 : la part réelle de la prise de vue dans le métier
- 01:38:38 : l’envie de mises en scène inspirées du cinéma
- 01:41:59 : l’intelligence artificielle et la fin de ses portraits d’entreprise
- 01:48:27 : l’objectif cassé et le chèque d’un invité
- 01:50:43 : les cheveux de la mariée dans la bougie
- 01:55:40 : un boîtier réinitialisé à l’arrivée de la mariée
- 01:57:56 : l’alliance tombée sous la terrasse
- 02:00:26 : son objectif préféré, le 35 mm
- 02:03:41 : son meilleur moment de mariage
- 02:07:01 : la photo qui l’a le plus marqué
- 02:14:25 : ses objectifs à cinq ans
FAQ
Qui est Aymeric Bonin ?
Aymeric Bonin est photographe de mariage depuis 2019, spécialisé dans le reportage. Ancien batteur installé treize ans à Montréal, puis infirmier aux urgences, il s’est tourné vers la photographie à son retour en France en 2017. Il a commencé près de Marseille, réalise une vingtaine de mariages par an et vit désormais près de Valence.
Comment Aymeric Bonin photographie-t-il à contre-jour ?
Il expose d’abord pour les hautes lumières, quitte à sous-exposer un peu l’image, pour que le soleil reste dans le cadre sans être brûlé, puis cherche à éclaircir les mariés et récupère les ombres en post-production. Il travaille en mode manuel sur un boîtier hybride, qui lui permet de voir le résultat immédiatement. Il a testé réflecteur et flash avant d’y renoncer.
Faut-il faire une formation photo pour devenir photographe de mariage ?
Aymeric Bonin, passé par un CAP photo, ne le recommande pas : il juge la formation générale peu utile et regrette qu’elle ne lui ait rien appris sur la manière de trouver des clients. Il conseille d’apprendre les bases de l’exposition, de pratiquer beaucoup, de suivre des ateliers ciblés et surtout de se former au marketing.
Combien coûte un photographe de mariage selon cet épisode ?
Aymeric Bonin facture en moyenne 1290 euros pour une journée complète, des préparatifs à la pièce montée, avec galerie en ligne et petit montage vidéo. L’animateur estime la moyenne française autour de 1500 euros et juge que, vu la qualité de son travail, il pourrait facturer 2000 à 2500 euros.
Pourquoi garder toujours un second boîtier en mariage ?
Aymeric Bonin raconte avoir manqué l’arrivée d’une mariée à l’église parce que son Fuji X-T3 s’est réinitialisé après un changement de batterie, alors que son second boîtier était resté dans son sac. Plus tôt dans sa carrière, un objectif cassé par un invité l’avait déjà convaincu de tout prévoir en double.
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