
Fabrice Falandry a joué sur la scène de l'Olympia avant de devenir photographe de mariage à Angers. Ancien élève de la formation de Sébastien Roignant, dont il était parti fâché selon ce dernier avant de revenir le remercier deux ans plus tard, il revient sur son parcours dans Le Guide du Photographe de Mariage. Il explique pourquoi il photographie ce qu'il n'a pas connu, ce que ses images verticales disent de son regard, pourquoi le livre est pour lui la finalité d'un reportage et comment il a fini par trouver sa propre manière de faire du marketing.
Raconter ce que la journée a fait ressentir
Fabrice Falandry est photographe de mariage documentaire, installé à Angers et actif surtout en Loire-Atlantique, de La Baule à Guérande. Ancien auteur-compositeur-interprète, il est passé par la formation de Sébastien Roignant, qui le reçoit dans Le Guide du Photographe de Mariage. Il décrit un style nourri du photojournalisme, de la photographie de rue et de la photographie humaniste d’Henri Cartier-Bresson, avec des images qu’il veut élégantes, simples à lire et teintées d’une « nostalgie un peu positive ». Ce qu’il cherche, dit-il, c’est moins le fait que le ressenti : l’instant qui suit le moment fort, quand une personne retombe dans son intériorité et laisse tomber son masque social. Il s’appuie pour cela sur ce qu’il a longtemps vu comme une faiblesse, son hypersensibilité. Au cocktail, il passe en « mode argentique », au 1/125 de seconde et en noir et blanc, et accepte le flou du mouvement si l’image dit davantage du couple.
Sa préparation est minutieuse (questionnaire, espace partagé sur Notion, trois rendez-vous en visio, liste des personnes importantes), mais le jour J il veut arriver sans idée préconçue.
Vertical ou horizontal, deux langages
Sébastien Roignant l’interroge sur un paradoxe : son site ne montre presque que des images verticales alors qu’il revendique une approche documentaire. Fabrice Falandry explique d’abord un choix esthétique et même technique (il n’a pas réussi à mêler les formats dans le diaporama de son site), puis réalise en cours d’échange que la focale décide pour lui. Au 35 mm, il raconte le contexte, plutôt à l’horizontale ; au 50 ou au 85 mm, il isole une personne, un geste, et cadre à la verticale. Selon lui, environ 60 % des images qu’il livre restent horizontales. Sébastien Roignant, lui, livre ses mariages entièrement à l’horizontale, au nom d’un langage cinématographique et d’un ratio unique. La discussion glisse vers la photographie comme langage, avec ses codes, à apprendre comme une grammaire avant de s’en affranchir, et vers le contre-jour devenu signature chez Sebastião Salgado.
Les deux photographes s’accordent sur un point : l’instinct se construit par la pratique, comme les gammes d’un musicien.
De la scène au mariage
Fabrice Falandry raconte une enfance plongée dans les vinyles de son père, dont il regardait d’abord les pochettes, puis vingt ans de musique : guitariste dans de nombreuses formations, un trio, un projet solo en français entre folk et blues américain, des premières parties et une scène à l’Olympia. Il découvre que monter sur scène ne correspond pas à sa personnalité introvertie et revient à la photographie. Il y retrouve la même manière de créer : jouer ou photographier d’instinct, repérer un motif qui revient, comprendre ensuite ce qu’il cherchait. Son thème reste le même : « je photographie tous les week-ends ce que j’aurais adoré vivre chez moi », une famille unie qui se montre de l’amour. Lui qui détestait les mariages dit y trouver le seul endroit où il est pleinement lui-même, seul au milieu des autres. Il voit le mariage comme un rituel de passage, presque primitif.
Il ajoute qu’un mariage est un cadre très codé, mais que cette contrainte nourrit la création.
Le livre, finalité du reportage
Fils d’un imprimeur et d’une mère qui travaillait dans une maison d’édition, Fabrice Falandry considère que la finalité d’un reportage de mariage n’est pas la galerie en ligne mais le livre. Il raconte avoir découvert, dans un album de ses parents, une photo des années 1960 où il ne reconnaissait pas les parents qu’il a connus : c’est ce dialogue entre générations qu’il veut transmettre. Il édite les livres de ses couples comme un éditeur photo, sans suivre forcément la chronologie, en retravaillant la colorimétrie pour que les images se répondent. Il propose un format magazine souple d’environ 150 pages, souvent vendu en lot pour les parents, des livres plus classiques et une formule d’édition sur mesure. Côté vente, il facture la journée entière, ne livre pas les fichiers haute définition sans album et offre une remise sur le livre commandé à la signature.
Il a cessé de vendre des pages supplémentaires : il avait l’impression de forcer la main de ses clients.
Le marketing, d’abord un combat
Sébastien Roignant avait eu l’impression que son élève avait quitté la formation « un petit peu fâché ». Fabrice Falandry y voit aujourd’hui de la peur : peur d’être trop vieux, d’abandonner ce qu’il était, croyances d’artiste sur l’argent, rapport difficile à l’autorité. Deux ans plus tard, il est revenu remercier Sébastien Roignant. Le déclic a été de travailler son « pourquoi », de rendre son propre récit « marketable » et de retirer la pression qu’il s’était imposée en reprenant un emploi dans un café d’hôtel : huit mariages plutôt que quinze, mais des clients choisis. Sébastien Roignant insiste sur l’idée qu’un photographe de mariage vend d’abord un service, et qu’un objectif peut être révisé. L’épisode revient aussi sur une journée noire : second photographe sur un mariage, Fabrice Falandry voit son unique boîtier se bloquer au moment de l’entrée de la mariée.
Son conseil à celui qu’il était il y a cinq ans : écouter sa petite voix intérieure plutôt que de regarder ce que font les autres sur Instagram.
Pour aller plus loin
- Le site de Fabrice Falandry
- Fabrice Falandry sur Instagram
- Fabrice Falandry sur Facebook
- Le site de Sébastien Roignant
- Sébastien Roignant sur Instagram
- La chaîne YouTube du Guide du Photographe de Mariage
- Le livre de Sébastien Roignant, Photographe de mariage pour le meilleur et pour le pire
Les références de l’épisode
- Le Grand Saut : formation de Sébastien Roignant pour devenir photographe de mariage, suivie par l’invité
- Henri Cartier-Bresson : référence de la photographie humaniste citée par l’invité
- Sebastião Salgado : photographe cité pour sa signature en contre-jour
- Notion : outil utilisé par l’invité pour centraliser les échanges avec ses couples
- L’Olympia : salle parisienne où Fabrice Falandry a joué comme musicien
- Personne ne gagne : album de Fabrice Falandry
- John Butler Trio et Moriarty : références musicales de ses projets
- Jean-Michel Jarre, Ray Charles, Johnny Hallyday : disques de son enfance
- Mad Movies : magazine de cinéma imprimé par l’entreprise de son père
- Lourdes, le Mont-Saint-Michel, les Saintes-Maries-de-la-Mer : exemples des villes sanctuaires de son projet documentaire
Au fil de l’épisode
- 00:02:36 : Fabrice Falandry se présente, photographe de mariage documentaire
- 00:03:36 : Angers, la Loire-Atlantique et ses influences photographiques
- 00:05:35 : l’hypersensibilité comme force, le moment entre deux moments
- 00:08:28 : le « mode argentique » au 1/125 en noir et blanc
- 00:11:37 : une approche documentaire sur un site tout en vertical ?
- 00:12:56 : la préparation avec Notion et le questionnaire
- 00:16:20 : la focale décide du cadrage, 35, 50 ou 85 mm
- 00:24:38 : Sébastien Roignant livre tout à l’horizontale
- 00:27:05 : assumer un ratio unique
- 00:30:06 : le passé de musicien, des vinyles à la guitare
- 00:33:15 : du trio au projet solo en français
- 00:35:25 : l’Olympia et le retour à la photographie
- 00:38:36 : créer d’instinct, comprendre ensuite
- 00:47:40 : photographier ce qu’il n’a pas connu
- 00:49:44 : le mariage, lieu où il est la meilleure version de lui-même
- 00:51:14 : le mariage comme rituel de passage
- 00:55:35 : créer dans un cadre très codé
- 01:03:56 : la photographie comme langage
- 01:05:41 : Salgado et le contre-jour
- 01:11:19 : se documenter puis arriver en page blanche
- 01:14:58 : la question de la chanson de fin de film
- 01:18:04 : le livre, finalité du reportage
- 01:20:40 : comment il édite le livre d’un mariage
- 01:23:14 : les formats de livres proposés
- 01:24:36 : vendre la journée et les options
- 01:31:19 : du rejet du marketing à la réconciliation
- 01:35:24 : la peur au cœur du blocage
- 01:38:06 : le marketing personnel
- 01:41:41 : d’abord un service, ensuite de la photo
- 01:45:48 : reprendre un emploi pour se libérer de la pression
- 01:47:43 : se fixer une échéance trop courte
- 01:51:37 : liberté et contraintes de l’entrepreneur
- 01:57:41 : le boîtier bloqué pendant un mariage
- 02:02:12 : questions de fin, le 50 mm
- 02:03:09 : son meilleur souvenir, un mariage en Provence
- 02:06:11 : ses projets documentaires sur les villes sanctuaires
- 02:08:54 : le conseil qu’il se donnerait
FAQ
Qui est Fabrice Falandry ?
Fabrice Falandry est photographe de mariage documentaire, basé à Angers et actif surtout en Loire-Atlantique. Ancien guitariste et auteur-compositeur-interprète, il a notamment joué à l’Olympia avant de revenir à la photographie. Il a suivi la formation Le Grand Saut de Sébastien Roignant et développe en parallèle des projets de photographie de rue et documentaire.
Pourquoi Fabrice Falandry cadre-t-il souvent à la verticale ?
Il explique que c’est la focale qui décide. Au 35 mm, il raconte une scène avec son contexte, plutôt à l’horizontale. Au 50 ou au 85 mm, il isole une personne ou un geste et cadre à la verticale pour faire ressortir sa personnalité. Son site montre surtout ces images verticales, mais environ 60 % de ses photos livrées sont horizontales.
Pourquoi le livre est-il si important pour ce photographe de mariage ?
Fils d’un imprimeur et d’une mère qui travaillait dans l’édition, Fabrice Falandry considère le livre comme la finalité du reportage, bien plus que la galerie en ligne. Il veut que ses couples transmettent leurs images à leurs enfants, comme lui a redécouvert ses parents dans un vieil album, et il édite chaque livre comme un éditeur photo.
Comment Fabrice Falandry s’est-il réconcilié avec le marketing ?
Il raconte avoir rejeté le marketing pendant sa formation, par peur et par croyances d’artiste. Il a compris ensuite qu’il pouvait le faire à sa manière : travailler son « pourquoi », transformer son histoire en image de marque et attirer des couples qui le laissent travailler librement. Reprendre un emploi à côté lui a permis de le faire sans pression.
Comment prépare-t-il un mariage ?
Il échange beaucoup en amont avec les mariés : questionnaire, espace partagé sur Notion, trois rendez-vous en visio. La semaine du mariage, il réunit dans une note les noms des proches, les tensions familiales et les images importantes pour le couple. Le jour J, il laisse cette liste de côté et se fie à sa mémoire et à son instinct.
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