
Photographe de mariage et fondateur de Syneloria, une agence d'intelligence artificielle, Samuel Dejours revient dans Le Guide du Photographe de Mariage pour un état des lieux de l'IA, ni pour ni contre. Avec Sébastien Roignant, qui ne cache pas ses craintes, il parle d'images qu'on ne distingue plus du réel, de compétences qu'on emprunte sans les acquérir, d'une IA qui flatte et invente, et de ce qui reste au photographe : l'expérience vécue par ses clients. Une première partie de réflexion avant la partie pratique.
Un photographe de mariage devenu formateur en IA
Dans cette première partie d’un long entretien enregistré fin 2025, Sébastien Roignant reçoit à nouveau Samuel Dejours, photographe de mariage qui a cofondé en 2020 un studio dans une rue piétonne du Loiret et lancé à l’été 2025 Syneloria, une agence d’intelligence artificielle qui forme les entreprises et construit pour elles des automatisations sur mesure. L’épisode n’est ni pour ni contre l’IA : c’est un état des lieux, ses usages, ses dangers, ce qu’elle change pour un photographe entrepreneur. Samuel Dejours raconte avoir pris un abonnement à ChatGPT dix jours après sa sortie, le 30 novembre 2022, et l’avoir longtemps utilisé en secret, tant l’IA reste mal vue chez les créatifs. Il refuse d’ailleurs de l’utiliser dans ses images : le savoir-faire du photographe est dans la prise de vue et la relation humaine, l’IA sert au business. Les deux hommes constatent qu’en photo, on ne distingue presque plus une image générée d’une vraie, et que la vidéo suit. Sur le post-traitement automatisé (Neurapix, par exemple), le constat est le même pour tous les deux : on ne finit pas ses mariages plus vite, mais mieux, avec plus de cohérence.
Pour Samuel Dejours, l’IA « n’est pas une baguette magique » : elle n’accélère que des processus qui existent déjà et une vision claire de son entreprise.
Ce que l’IA amplifie, ce qu’elle fait perdre
Samuel Dejours explique le problème d’alignement, c’est-à-dire le risque qu’une IA poursuive un objectif sans respecter nos valeurs, à travers l’exemple de l’usine à trombones, et salue la transparence d’Anthropic, l’entreprise derrière Claude, sur ses expériences. Il rappelle que l’IA « va amplifier ce qui sort de toi » : une demande confuse donne un résultat confus. Sébastien Roignant en témoigne avec une application de réponse aux mails construite par vibecoding (faire écrire le code par une IA) avec Bolt : l’outil marchait, mais restait brouillon, faute d’avoir su au départ ce qu’il voulait. Les deux hommes s’inquiètent des compétences « empruntées » sans être acquises, en citant l’étude du MIT sur les effets de ChatGPT, le GPS qui a fait oublier les cartes, les jeux vidéo devenus trop guidés et l’école, en retard face à cette technologie. Samuel Dejours recommande le mode « étudier et apprendre » de ChatGPT, qui fait raisonner au lieu de donner la réponse.
Sébastien Roignant résume la crainte : un peintre a besoin de millions de coups de pinceau pour former son regard, et l’IA supprime ce chemin.
Le photographe face aux images générées
Pour Samuel Dejours, le vrai risque n’est pas d’être remplacé mais d’être dépassé par ceux qui utilisent l’IA, comme les photographes restés à l’argentique l’ont été par le numérique. Sébastien Roignant avoue ses doutes : un nouveau venu pourrait rattraper en peu de temps une notoriété construite en quinze ans, même s’il n’en aurait pas l’expérience. Ils évoquent des filigranes effacés en un instant, une photo de mariée dans une grotte de glace en Islande générée par un guide, des photos de grossesse générées à partir d’un selfie de salle de bains. Leur réponse commune tient dans l’expérience : vivre une vraie séance plutôt que de se faire implanter des souvenirs, comme dans Total Recall. Sébastien Roignant juge que les photographes qui ajoutent fonds, robes ou coiffures générés à des portraits pris sur fond blanc « se tirent une balle dans le pied » ; Samuel Dejours, plus nuancé, y voit une autre clientèle.
Samuel Dejours décrit en contrepoint les longues séances de portrait de son studio, fondées sur l’introspection, qu’aucune image générée ne remplace selon lui.
Vérifier, toujours
La sycophantie, tendance de l’IA à approuver l’utilisateur et à affirmer avec aplomb des choses fausses, occupe la fin de l’épisode. Sébastien Roignant raconte une anecdote sur l’histoire de la photographie à Aix-en-Provence, inventée de toutes pièces par ChatGPT, qu’il a failli publier en story. Samuel Dejours conseille de demander à l’IA de ne pas inventer, de citer ses sources, d’explorer des pistes contradictoires, et d’utiliser Perplexity pour la recherche sourcée. Le temps passé à vérifier peut annuler le temps gagné, admet-il, mais il devient un apprentissage dès qu’on améliore ses processus. Sébastien Roignant craint enfin que l’IA lisse les styles, en retouche comme à l’écrit, à force d’accepter ce qui est « pas très loin » ; pour Samuel Dejours, comprendre comment fonctionnent les modèles permet de s’en prémunir.
L’épisode s’arrête sur une astuce de prompt, développée dans la seconde partie consacrée à la pratique.
Pour aller plus loin
- Samuel Dejours sur Instagram
- Syneloria sur Instagram
- Le studio de Samuel Dejours sur Instagram
- Le GPT optimiseur de prompt offert par Samuel Dejours
- La formation Le Grand Saut
- Le Mail, la lettre du Guide du Photographe de Mariage
Les références de l’épisode
- Syneloria : l’agence d’intelligence artificielle fondée par Samuel Dejours en 2025
- ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral, Grok et Manus : les IA que Samuel Dejours compare en leur soumettant les mêmes demandes
- Anthropic : l’entreprise qui développe Claude, citée pour la transparence de ses tests d’alignement
- Nano Banana : le modèle d’images de Google, jugé capable de garder la cohérence d’un visage
- Neurapix : logiciel de post-traitement automatisé des photos
- Bolt : outil de création d’applications par l’IA utilisé par Sébastien Roignant
- Perplexity : moteur de recherche conversationnel qui cite ses sources
- Total Recall : le film pris en exemple pour opposer expérience vécue et souvenirs implantés
- Clair Obscur : Expedition 33 : jeu vidéo cité en contre-exemple des jeux trop guidés
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : présentation d’un entretien en deux parties sur l’IA
- 00:02:48 : Syneloria, l’agence IA de Samuel Dejours
- 00:04:05 : son parcours depuis 2020 et le studio
- 00:07:23 : l’arrivée de ChatGPT le 30 novembre 2022
- 00:09:21 : des images générées qu’on ne distingue plus du réel
- 00:15:15 : le post-traitement par IA fait-il gagner du temps
- 00:20:53 : Anthropic et le problème d’alignement
- 00:24:46 : l’IA amplifie une demande confuse
- 00:27:34 : une application de mails créée avec Bolt
- 00:32:03 : l’étude du MIT et les compétences empruntées
- 00:33:47 : le GPS, les jeux vidéo et l’effort d’apprendre
- 00:37:51 : l’IA et l’éducation
- 00:43:06 : le mode étudier et apprendre
- 00:55:38 : être dépassé par ceux qui utilisent l’IA
- 01:00:48 : le parallèle avec le passage de l’argentique au numérique
- 01:05:47 : la notoriété rattrapée plus vite grâce à l’IA
- 01:11:34 : des filigranes qui ne protègent plus
- 01:13:18 : la grotte de glace en Islande
- 01:14:47 : des photos de grossesse générées
- 01:17:20 : l’expérience de la séance, irremplaçable
- 01:18:57 : les fonds générés par IA en studio
- 01:24:06 : la sycophantie de l’IA
- 01:26:19 : l’anecdote inventée sur Aix-en-Provence
- 01:28:51 : qu’est-ce que l’AGI
- 01:31:13 : LLM et Perplexity
- 01:33:49 : le temps passé à vérifier
- 01:41:01 : comparer les réponses de plusieurs IA
- 01:44:26 : l’IA qui lisse notre style
- 01:50:09 : comprendre les modèles pour s’en prémunir
- 01:52:43 : une astuce de prompt en guise de transition
FAQ
L’intelligence artificielle va-t-elle remplacer les photographes ?
Pour Samuel Dejours, le danger immédiat n’est pas d’être remplacé mais d’être dépassé par ceux qui utilisent l’IA, comme les photographes restés à l’argentique face au numérique. Lui et Sébastien Roignant estiment que l’expérience vécue pendant une séance reste irremplaçable, même si certains clients se contenteront d’images générées.
Qu’est-ce que la sycophantie d’une IA ?
C’est la tendance d’une IA à aller dans le sens de l’utilisateur, à trouver toutes ses idées excellentes et à affirmer avec assurance des informations fausses. Samuel Dejours conseille de lui demander de ne pas inventer, de citer ses sources, de proposer des pistes contradictoires et de toujours vérifier les chiffres.
À quoi sert le mode étudier et apprendre de ChatGPT ?
Selon Samuel Dejours, ce mode ne donne pas directement la réponse : l’IA cadre ce que l’on veut apprendre, évalue son niveau par des questions, puis fait raisonner. C’est plus long, parfois plusieurs heures, mais c’est ce processus qui ancre une compétence, par exemple en rédaction ou pour préparer une conférence.
Pourquoi l’IA ne fait-elle pas toujours gagner du temps ?
Samuel Dejours et Sébastien Roignant constatent qu’il faut vérifier et corriger ce que produit l’IA, en texte comme en retouche. Un système mal réglé fait perdre plus de temps qu’il n’en fait gagner ; selon Samuel Dejours, ce temps devient utile si l’on s’en sert pour améliorer ses demandes et ses processus.
Les filigranes protègent-ils encore les photos ?
Samuel Dejours affirme avoir fait disparaître des filigranes d’une simple capture d’écran, sans demande élaborée, avec une IA. Tant que les grandes entreprises ne l’interdisent pas, il estime qu’un filigrane ne protège plus vraiment, ce qui pose problème pour les galeries de vente en ligne des photographes.
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