
Estelle Carlier a d'abord travaillé dans l'identité visuelle d'une marque de prêt-à-porter, puis ouvert un spa à Lille et cofondé une agence de design, avant de devenir photographe de mariage à 45 ans. Dans le Guide du Photographe de Mariage, elle raconte ces reconversions à Sébastien Roignant. Ils parlent noir et blanc, nombre de photos par mariage, second shooter, shootings d'inspiration, de son installation difficile dans le Var et des séances qu'elle crée pour aider les femmes, sans oublier ses gaffes de terrain.
Mille vies avant la photo
La photographe de mariage Estelle Carlier raconte à Sébastien Roignant, dans le Guide du Photographe de Mariage, un parcours fait de reconversions. Fille de commerçants du textile, elle entre chez Celio à 18 ans en alternance et y reste jusqu’à 30 ans : partie d’un poste en magasin, elle devient responsable de l’identité visuelle, forme les équipes de toute la France et gère jusqu’à trente personnes à 27 ans, ce qui l’aide à vaincre une grande timidité. Elle y retient le respect du client, qu’elle nuance aujourd’hui : « je te respecte, tu me respectes ». Elle ouvre ensuite un spa haut de gamme dans le Vieux-Lille, avec un emprunt obtenu après huit refus bancaires, puis le revend au bout de trois ans quand trente autres ouvrent autour. Après un départ manqué pour San Francisco en 2008, elle cofonde une agence de design avec son compagnon de l’époque et y passe huit ans. Une séparation la laisse sans maison ni travail ; c’est en faisant de la photo de rue pour aller mieux qu’elle décide, à 45 ans, de devenir ce qu’elle a toujours voulu être, photographe.
Elle refuse de parler d’échec pour le spa : « c’était une super expérience ».
Se lancer dans le mariage
Elle ouvre son statut d’auto-entrepreneur en mai 2018, enchaîne une année de workshops, puis prend pendant un an le photographe Franck Boutonnet comme mentor, ce qui lui a fait gagner « au moins deux ans ». Elle devient second shooter auprès de photographes reconnus et, à Lille, obtient gratuitement robes, lieux et maquilleuses auprès de marques pour trois shootings d’inspiration au style rock, qui lancent sa visibilité, même si les partenaires n’ont presque rien relayé. Son premier mariage est payé 300 euros. Le Covid lui coûte ensuite deux années. Elle raconte avoir essayé les mariages juifs comme second shooter et n’y avoir ressenti aucune émotion, signe que ce n’était pas pour elle, et avoir formé son compagnon actuel, devenu photographe de mariage après l’avoir suivie deux ans. Pour elle, la meilleure publicité reste ses clients, qui reviennent pour des séances de famille plusieurs années après.
Sébastien Roignant, lui, juge les shootings d’inspiration utiles pour le réseau, mais pas pour composer un book.
Noir et blanc et chasse à l’émotion
Estelle Carlier rend environ 70 à 80 % de ses photos de mariage en noir et blanc. Sa règle, résumée par l’animateur : gros plans et émotions en noir et blanc, plans larges et scènes de groupe en couleur, avec des exceptions instinctives. Elle prend entre 5000 et 7000 photos par mariage. Le débat porte sur la valeur de ce chiffre : elle estime qu’un photographe qui déclenche moins va à l’essentiel, Sébastien Roignant répond que seul le résultat compte pour le client. Ils discutent aussi l’argentique, qu’elle juge plus noble par sa rareté, et l’émotion à tout prix, qu’il soupçonne parfois de facilité. Elle refuse les photos de groupe posées interminables, mais anime des photos de groupe « fun » comme une animatrice de club de vacances, et revendique les photos peu flatteuses qui racontent un moment, comme celle d’une invitée dont la robe se soulève à l’entrée de l’église.
Elle se dit « moustique » le jour du mariage : toujours en mouvement, souvent oubliée des invités.
Repartir de zéro dans le Var
Installée depuis moins de six mois dans un village du Var près des gorges du Verdon, tout en revenant une dizaine de jours par mois travailler dans le Nord, elle reconnaît être « vraiment en galère ». Elle trouve la clientèle du Sud méfiante, et le marché du mariage verrouillé par les wedding planners, qui ne recommandent que les photographes avec qui elles ont déjà travaillé. Elle a donc renoncé au mariage dans la région et prospecte tous les secteurs, jusqu’au porte-à-porte dans les domaines viticoles, où les vendanges manuelles se font désormais de nuit. Elle se diversifie : estime de soi, famille, grossesse, book, événementiel et portraits d’entreprise, avec une préférence pour la mise en valeur des métiers manuels. Elle admet qu’il serait plus efficace de se concentrer sur un axe, mais dit chercher encore lequel.
Il faut, rappelle-t-elle, environ trois ans pour se construire un réseau dans une nouvelle région.
Aider les femmes à se voir autrement
Un projet d’exposition sur les seins, lié à la lutte contre le cancer, l’a menée à photographier des femmes qui avaient été malades ; l’une d’elles lui a dit que la séance l’avait aidée à se réparer. Elle a alors créé les séances « Ose », destinées aux femmes qui ont vécu des traumatismes. Avec trois autres prestataires (créatrice de robes, maquilleuse, coiffeuse), elle forme le collectif Les Favorites de la mariée, qui propose aussi des séances où les clientes incarnent une figure comme Marie-Antoinette ou Brigitte Bardot. Avec une photographe de mode, elle lance Vibra, une expérience de trois jours dans le sud de l’Espagne avec conseils de maquillage et de stylisme, un shooting de libération, un shooting éditorial et un magazine dont chaque participante fait la couverture. Elle se qualifie aussi de « Pierre Richard de la photo de mariage » : entrée par erreur dans un anniversaire, chute devant 150 invités, invité emmené par les pompiers après une course, mariée lâchée lors d’un lancer.
Dans cinq ans, elle se voit dans le Sud, référente dans l’accompagnement des femmes, avec des expositions et des reportages.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Celio : marque de prêt-à-porter où Estelle Carlier a travaillé de 18 à 30 ans, jusqu’à l’identité visuelle.
- Franck Boutonnet : photographe de mariage, son mentor pendant un an.
- Les Favorites de la mariée : collectif de quatre prestataires de mariage dont elle fait partie.
- Vibra : expérience de trois jours pour femmes qu’elle coorganise dans le sud de l’Espagne.
- Burning Man : festival où elle est allée et dont elle aimerait montrer l’univers en exposition.
- Pierre Richard : acteur auquel elle se compare pour ses maladresses.
Au fil de l’épisode
- 00:00:23 : présentation d’Estelle Carlier
- 00:02:34 : son elevator pitch et le couple photographié à Saint-Tropez
- 00:04:50 : vaincre sa timidité
- 00:07:30 : ses années dans l’identité visuelle de la mode
- 00:13:09 : le client est roi, mais avec respect
- 00:18:56 : le spa du Vieux-Lille
- 00:23:35 : l’agence de design
- 00:25:51 : la séparation et le retour à la photo
- 00:28:35 : workshops et rencontres
- 00:31:55 : burn-out et reconversion
- 00:40:09 : l’installation difficile dans le Var
- 00:46:08 : ses débuts à Lille et les shootings d’inspiration
- 00:48:56 : être second shooter
- 00:51:38 : prendre un second shooter
- 00:57:14 : ce que rapportent les shootings d’inspiration
- 01:04:42 : la part du noir et blanc
- 01:10:46 : combien de photos par mariage
- 01:20:57 : quand passer une image en noir et blanc
- 01:23:49 : ce qu’est l’émotion en photo
- 01:34:31 : spécialisation ou diversification
- 01:51:17 : les séances Ose, Les Favorites de la mariée et la retraite Vibra
- 01:57:43 : ce que ses clients viennent chercher
- 02:07:42 : ses gaffes de terrain
- 02:18:11 : ses objectifs préférés
- 02:20:38 : son plus beau moment de mariage
- 02:23:27 : où elle se voit dans cinq ans
FAQ
Qui est Estelle Carlier ?
Estelle Carlier est photographe de mariage et de portrait, installée entre le Nord et le Var. Avant la photographie, elle a travaillé une douzaine d’années dans l’identité visuelle d’une marque de prêt-à-porter, ouvert un spa à Lille et cofondé une agence de design. Elle s’est lancée comme photographe en 2018, à 45 ans.
Pourquoi Estelle Carlier fait-elle autant de noir et blanc en mariage ?
Elle explique que l’émotion est mieux retranscrite en noir et blanc, car l’œil se concentre sur le sentiment plutôt que sur le décor. Elle rend environ 70 à 80 % de ses photos en noir et blanc, réserve la couleur aux plans larges et aux mariages très colorés, et décide à l’instinct.
Faut-il prendre beaucoup de photos lors d’un mariage ?
Estelle Carlier prend entre 5000 et 7000 photos par mariage et estime qu’un photographe qui déclenche moins va plus vite à l’essentiel. Sébastien Roignant, qui en prend autant, répond que le client ne juge que les photos livrées : ce qui compte, selon lui, c’est la sélection finale, pas le nombre de déclenchements.
À quoi sert un shooting d’inspiration pour un photographe de mariage ?
Pour Estelle Carlier, ses premiers shootings d’inspiration à Lille lui ont donné des images pour se lancer et l’ont positionnée sur un style rock en noir et blanc, mais les partenaires les ont peu relayés. Elle a arrêté, jugeant le retour trop faible. Sébastien Roignant y voit surtout un outil pour créer du réseau.
Que sont les séances Ose d’Estelle Carlier ?
Ce sont des séances photo destinées aux femmes qui ont traversé des traumatismes. L’idée est née d’un projet d’exposition sur les seins lié au cancer, quand une participante lui a dit que la séance l’avait aidée dans sa guérison. Elle développe désormais ces séances dans le Sud.
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