
Dans cette masterclass de Faut Pas Pousser Les ISO, Arthur Azoulay et Benjamin Favier reçoivent Léo Lachot, gérant de la boutique parisienne Photo Denfert, pour comprendre comment se comporte la lumière sous l'eau et comment l'éclairer. Phares LED ou flashs, balance des blancs, bras déportés, budget et respect de la faune : l'émission croise ses explications avec celles du réalisateur Jacques Ballard, des photographes Greg Lecœur et Joe Bunni et de Daniel Keller, de la société Keldan.
Sous l’eau, la couleur disparaît avant la lumière
Dans cette émission de Faut Pas Pousser Les ISO consacrée à l’éclairage en photo et en vidéo sous-marines, Arthur Azoulay et Benjamin Favier reçoivent Léo Lachot, gérant de la boutique parisienne Photo Denfert, spécialisée depuis 1989 dans le matériel subaquatique. Il explique d’abord ce qui change sous la surface : l’eau absorbe la lumière, mais surtout les couleurs, à commencer par le rouge, qui devient gris ou bleu dès 7 mètres selon lui. Les profondeurs varient avec la qualité de l’eau et la quantité de particules, au point qu’en Bretagne tout se perd dès les premiers mètres. Le masque grossit aussi les objets d’un coefficient de 1,33, ce qui fausse distances et proportions. Le soleil reste utile jusqu’à une vingtaine de mètres, mais il donne de la lumière sans couleur : il faut alors un filtre adapté à une profondeur précise, une balance des blancs manuelle, un parti pris très bleu, ou un éclairage artificiel.
L’émission s’ouvre sur un hommage à Sebastiao Salgado, mort le 23 mai 2025 à 81 ans, avec un extrait d’un entretien enregistré quatre ans plus tôt.
Phare LED ou flash : deux familles d’éclairage
Comme en studio, deux familles s’opposent. Léo Lachot conseille la LED aux débutants et pour la macro, parce que l’image apparaît directement éclairée et en couleurs à l’écran, et qu’elle ouvre à la vidéo. Le flash, plus adapté au grand angle, fige l’action, comme une scène de chasse, et garde selon lui la part de surprise de la photo. Le photographe Greg Lecœur explique travailler avec deux flashs Ikelite au minimum de leur puissance, en manuel, pour mêler lumière naturelle et artificielle et déboucher le ventre des animaux en contre-plongée. Le boutiquier détaille les gammes : flashs Ikelite entre 500 et 1 100 euros environ, dont la portée ne dépasse guère 3 mètres, et phares LED d’entrée de gamme à 2 500 lumens pour 350 euros, quand un modèle de moins de 1 000 lumens coûtait 800 à 900 euros vers 2013.
Il insiste sur la sécurité des batteries lithium, raison pour laquelle sa boutique écarte les produits les moins chers, et sur la nécessité de les recharger régulièrement entre deux voyages.
Balance des blancs et lampes qui éclairent en bleu
Le réalisateur Jacques Ballard explique qu’une lampe équilibrée à 5 500 kelvins paraît orange, presque rouge, à 15 mètres, où l’équivalent du blanc se situe plutôt vers 15 000 ou 20 000 kelvins. D’où l’usage de filtres bleus calibrés selon la profondeur, et la question que se sont posée les équipes de Pixar pour Nemo : un arrière-plan trop coloré ne paraît plus naturel. Daniel Keller, de la société Keldan, présente ses phares Ambient, dont la LED produit directement une lumière bleue sans filtre et deux fois plus puissante qu’avec un filtre, ainsi que des télécommandes à ultrasons. Léo Lachot, qui décrit Keldan comme « notre Rolex », se dit plutôt partisan de garder le bleu profond de l’arrière-plan, quitte à l’assombrir par la vitesse d’obturation.
Les biologistes, rappelle-t-il, ont d’autres besoins : distinguer les espèces, de près comme de loin, avec une balance des blancs globale.
Bras, flottabilité et règle des 45 degrés
Dès qu’on éclaire de face, les particules en suspension apparaissent comme des flocons de neige sur l’image : c’est le backscattering. La règle de base, selon Léo Lachot, consiste à orienter flashs et phares vers l’intérieur de l’image à au moins 45 degrés, grâce à des bras articulés en trois points, courts en macro, longs en grand angle. Flotteurs et mousses compensent le poids d’un ensemble qui peut atteindre 13 kilos, à recalculer selon la salinité de l’eau, et le caisson doit être attaché au gilet pour garder les mains libres en cas d’urgence. Comptez environ 400 euros pour débuter avec un phare, 600 à 800 euros pour deux sources, la seconde servant à combler les ombres sans égaler la première.
Avant tout cela, insiste le photographe Joe Bunni, il faut maîtriser sa flottabilité et ne rien toucher, ni corail ni animal.
Respecter la faune et l’actualité de la semaine
Joe Bunni rappelle que certains animaux ne supportent pas les éclairages : sur certains sites réputés pour le requin-renard, ils sont interdits, et les LED seraient plus nocives que les flashs. Léo Lachot se réjouit presque que la technologie limite les rafales sous l’eau, et explique que sa boutique a cessé d’importer des lampes jugées nocives. L’émission comprend aussi le flash actu de la semaine (annonce du Ricoh GR IV, caméra Sony FX2 à 3 199 euros commentée par Baptiste Soto de Phox, 24 mm f/1,8 autofocus de 7Artisans) et une chronique sur un record de portrait sous-marin réalisé à près de 50 mètres, sans masque ni bouteille pour la modèle, homologué par le Guinness World Records.
Un quiz de questions d’auditeurs clôt l’émission : débuter avec un smartphone en caisson, autonomie des phares (environ une heure à pleine puissance) et des flashs (350 à 600 éclairs).
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Photo Denfert, boutique parisienne spécialisée en photo sous-marine depuis 1989
- Keldan, fabricant de phares sous-marins, société de Daniel Keller
- Ikelite, fabricant des flashs sous-marins DS51 et DS160
- Sebastiao Salgado, photographe auquel l’émission rend hommage
- Le Sel de la Terre, film de Wim Wenders consacré à Sebastiao Salgado
- Alain Genestar, directeur de Polka, cité pour son hommage à Salgado
- Laurent Ballesta et Alexis Rosenfeld, photographes sous-marins déjà reçus par le podcast
- Franck Seguin, photographe cité pour ses portraits de l’apnéiste Guillaume Néry
- Greg Lecœur, photographe, dont une exposition sur la Méditerranée est présentée sur les grilles du jardin du Luxembourg
- Nemo, film de Pixar cité pour son traitement des couleurs sous-marines
- Ricoh GR IV, Sony FX2 et 7Artisans AF 24 mm f/1,8, nouveautés du flash actu
- OM System TG7, compact étanche conseillé pour débuter
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 : extrait d’un entretien avec Sebastiao Salgado
- 00:03:00 : hommage à Sebastiao Salgado
- 00:06:26 : présentation de Léo Lachot et de Photo Denfert
- 00:09:59 : flash actu : Ricoh GR IV, Sony FX2, objectif 7Artisans
- 00:16:43 : débat sur le Ricoh GR IV
- 00:24:38 : à qui s’adresse la Sony FX2
- 00:27:10 : chronique : le portrait sous-marin le plus profond du monde
- 00:39:35 : le comportement de la lumière sous l’eau
- 00:43:07 : réfraction, distances et particules
- 00:45:12 : exploiter la lumière du soleil
- 00:46:57 : LED ou flash, deux familles d’éclairage
- 00:52:14 : balance des blancs et température de couleur avec Jacques Ballard
- 00:56:19 : rendu réaliste ou bleu abyssal
- 01:01:37 : définir ses besoins avant d’acheter
- 01:04:04 : location et solution polyvalente pour la mer Rouge
- 01:08:11 : le flash selon Greg Lecœur
- 01:11:32 : avantages et inconvénients du flash
- 01:14:31 : flashs Ikelite, puissance et autonomie
- 01:19:22 : les phares Keldan avec Daniel Keller
- 01:27:10 : gammes et prix des phares LED
- 01:28:55 : sécurité des batteries lithium
- 01:31:32 : le backscattering expliqué par Jacques Ballard
- 01:34:51 : bras, articulations et règle des 45 degrés
- 01:38:28 : lestage, flotteurs et sécurité
- 01:41:10 : quel budget pour s’équiper
- 01:43:10 : respecter la faune avec Joe Bunni
- 01:47:19 : débrief de l’émission
- 01:53:05 : quiz des auditeurs
- 01:57:52 : projets de formation de Photo Denfert
FAQ
Pourquoi les couleurs disparaissent-elles sous l’eau ?
L’eau absorbe la lumière et filtre les couleurs les unes après les autres, à commencer par le rouge, qui devient gris ou bleu dès 7 mètres selon Léo Lachot. Les seuils varient avec la qualité de l’eau et les particules en suspension. Pour retrouver les couleurs, il faut une balance des blancs adaptée ou un éclairage artificiel.
Faut-il choisir un phare LED ou un flash en photo sous-marine ?
Selon Léo Lachot, la LED convient mieux aux débutants et à la macro, car l’image apparaît éclairée et en couleurs à l’écran, et elle permet aussi la vidéo. Le flash, plus adapté au grand angle, fige l’action et les sujets rapides. Le photographe Greg Lecœur l’utilise à faible puissance pour mêler lumière naturelle et artificielle.
Comment éviter les particules blanches sur les photos sous-marines ?
Les points blancs viennent du backscattering : un éclairage placé dans l’axe de l’objectif illumine les particules en suspension. La règle donnée dans l’émission est d’orienter les flashs ou les phares vers l’intérieur de l’image à au moins 45 degrés, à l’aide de bras articulés qui déportent les sources de lumière.
Quel budget prévoir pour l’éclairage en photo sous-marine ?
Léo Lachot estime qu’on peut débuter avec un seul phare pour environ 400 euros, bras compris, et compter 600 à 800 euros pour deux sources. Les phares d’entrée de gamme offrent aujourd’hui 2 500 lumens pour 350 euros, tandis que les modèles haut de gamme comme ceux de Keldan dépassent 1 500 euros.
Les éclairages artificiels dérangent-ils la faune sous-marine ?
Oui, selon le photographe Joe Bunni : certains animaux ne supportent pas les éclairages, interdits sur certains sites, et les LED seraient plus nocives que les flashs. Il conseille de limiter l’éclairage, de ne rien toucher et de bien maîtriser sa flottabilité, tandis que Léo Lachot recommande d’éviter les rafales et de se renseigner sur les espèces.
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