
Jason B. Michael est un photographe québécois de figurines dont les scènes, inspirées du cinéma, circulent dans le monde entier. Enseignant et collectionneur, il a commencé en 2019 avec l'appareil de sa conjointe et n'a jamais changé de boîtier. Avec les animateurs de Derrière l'Objectif, il détaille ses techniques d'éclairage et d'effets pratiques, sa façon de travailler avec les marques, le prix d'une photo, et ce que l'intelligence artificielle change dans son milieu.
Des figurines plutôt que des acteurs
Jason B. Michael, photographe québécois de figurines suivi dans le monde entier, raconte aux deux animateurs de Derrière l’Objectif comment un cinéphile qui rêvait de tourner des films en est venu à mettre en scène des jouets. Après 18 ans sur la Côte-Nord, des études et deux enfants, il choisit l’enseignement de l’anglais, de la littérature et du cinéma plutôt qu’une carrière incertaine dans le film. Collectionneur depuis toujours, il commence en février 2019, le jour où sa conjointe lui demande ce qu’il compte faire de toutes ces boîtes. Il déballe ses figurines Star Wars de six pouces et les photographie dans la neige au bord de la route, avec l’appareil Canon que sa conjointe avait acheté pour elle-même. Il n’a, dit-il, jamais payé pour du matériel photo : il travaille encore avec ce boîtier, un 50 mm f/1.8 qu’on lui a donné et un 24 mm.
« Les figurines sont très fiables, elles ne demandent pas de conditions de travail », s’amuse-t-il.
Poses longues, empilement de mises au point et farine
Pour obtenir du détail sans objectif macro, Jason B. Michael travaille en poses longues, autour de f/12 et quatre secondes, et pratique l’empilement de mises au point (focus stacking : plusieurs images avec des zones nettes différentes, fusionnées en une seule). Il vient de découvrir que Photoshop peut faire cette fusion seul, en vingt secondes au lieu de trois ou quatre heures de masques. Il joue de la perspective forcée, comme pour sa photo de Mario devant la Batmobile, qui lui a pris environ trois heures. Longtemps, il a privilégié les effets pratiques : neige en farine, pluie au vaporisateur. Faute de temps, il est passé d’environ 85 % à 70 % d’image faite à la prise de vue, mais une pluie ajoutée en post-production l’a déçu et il dit ne pas vouloir recommencer. Son éclairage tient dans de petits projecteurs à LED avec un snoot et des gélatines, et ses décors de fond s’affichent sur un téléviseur. Les animateurs y voient les mêmes principes que l’éclairage de portrait en studio.
Il limite la retouche à deux heures au plus : au-delà, selon lui, c’est que la photo n’est pas bonne.
Viralité, marques et prix d’une photo
Une photo de Mario publiée sur TikTok passe d’un million à quatre millions de vues en quelques jours, et les abonnés affluent. Jason B. Michael décrit le revers : au-delà d’un certain seuil, les compliments laissent place aux moqueries, difficiles à vivre pour une personne qui se dit très sensible. Les marques le sollicitent. Il exige une liberté créative complète, a cessé de travailler avec une entreprise dont les demandes étaient trop restrictives, et a refusé de céder ses fichiers pour les archives d’un client, en rappelant qu’il reste propriétaire de ses photos. Il a réalisé pour Mattel et Universal des vidéos autour de Jurassic World, avec la musique de John Williams. Son tarif est de 400 dollars américains par photo, et il refuse d’être payé en figurines ou en « visibilité ».
« Tu achètes mon esthétique », résume-t-il à propos des marques qui le contactent.
L’intelligence artificielle, l’intégrité et la collection
Jason B. Michael raconte avoir utilisé un temps des arrière-plans générés par intelligence artificielle trouvés sur Adobe Stock, avant d’y renoncer après une discussion avec un photographe qui l’avait critiqué publiquement. Enseignant, il dit ne pas pouvoir demander à ses étudiants de s’en passer et s’en servir lui-même ; il préfère un apprentissage actif, où l’on comprend comment se fait une pluie ou un rayon de lumière, à un résultat obtenu sans savoir. Il redoute que des photographes et des entreprises se tournent vers des images entièrement générées. À ceux qui débutent, il conseille de garder leur intégrité artistique, en citant George Carlin : ce n’est jamais toi le problème, c’est que tu n’as pas encore trouvé ton public. L’épisode se termine sur sa collection : figurines au sixième, Joker inspiré de Heath Ledger, Tortues Ninja de 1988, dont un Leonardo signé par Kevin Eastman.
Il mêle souvent deux univers dans une même image, comme Wall-E et bébé Yoda, pour imaginer ce que serait leur rencontre.
Les références de l’épisode
- Star Wars Black Series : figurines de six pouces avec lesquelles il a commencé
- Photoshop : logiciel qu’il utilise pour l’empilement de mises au point
- Adobe Stock : banque d’images dont il a exclu les contenus générés par IA
- Mattel et Universal : marques pour lesquelles il a réalisé des contenus Jurassic World
- PetaPixel : site qui lui a consacré un article
- TikTok et Instagram : réseaux où ses photos ont été diffusées
- George Carlin : humoriste dont il cite une phrase sur le public
- Kevin Eastman : cocréateur des Tortues Ninja, qui a signé une de ses figurines
Au fil de l’épisode
- 00:00:01 : introduction des animateurs
- 00:03:07 : présentation de Jason B. Michael
- 00:04:55 : un cinéphile qui voulait faire du cinéma
- 00:07:25 : l’enseignement et la passion des figurines
- 00:09:57 : le déclic de la photo de figurines en 2019
- 00:13:43 : un matériel qu’il n’a jamais acheté
- 00:18:26 : objectifs, poses longues et empilement de mises au point
- 00:21:57 : le temps passé sur une photo et la perspective forcée
- 00:24:35 : la neige en farine et les effets pratiques
- 00:26:24 : post-production et puristes de la communauté
- 00:28:39 : faire de la pluie en studio
- 00:34:35 : liberté créative et propriété des photos
- 00:37:02 : mélanger deux univers dans une image
- 00:41:15 : l’éclairage avec de petits projecteurs à LED
- 00:43:45 : les mêmes principes que l’éclairage de portrait
- 00:49:51 : la viralité sur TikTok
- 00:52:58 : le revers de la notoriété
- 00:57:43 : travailler avec les marques
- 01:00:24 : le contrat Jurassic World
- 01:03:32 : le prix d’une photo
- 01:06:09 : refuser d’être payé en visibilité
- 01:12:23 : le temps de post-traitement
- 01:15:55 : l’intelligence artificielle et la photo de figurines
- 01:22:14 : l’IA vue par un enseignant
- 01:27:33 : les entreprises et les images générées
- 01:36:44 : sa vision et son conseil aux photographes
- 01:41:25 : sa collection de figurines
- 01:50:26 : les Tortues Ninja de 1988
- 01:54:25 : où suivre son travail
FAQ
Qui est Jason B. Michael ?
Jason B. Michael est un photographe québécois de figurines, reconnu pour ses scènes inspirées du cinéma qui mêlent souvent deux univers. Enseignant d’anglais, de littérature et de cinéma, collectionneur de longue date, il a commencé en février 2019 et a travaillé pour Mattel et Universal sur des contenus Jurassic World.
Quel matériel utilise Jason B. Michael pour photographier ses figurines ?
Jason B. Michael dit n’avoir jamais acheté de boîtier : il utilise l’appareil Canon d’entrée de gamme acheté par sa conjointe, un 50 mm f/1.8 qu’on lui a donné et un 24 mm. Pas d’objectif macro : il obtient le détail par des poses longues et l’empilement de mises au point, et éclaire avec de petits projecteurs à LED.
Comment faire de la neige et de la pluie pour une photo de figurines ?
Jason B. Michael a longtemps fait sa neige avec de la farine directement à la prise de vue, et sa pluie avec un vaporisateur réglé en brume, qui ralentit les gouttelettes et accroche la lumière de fond. Ces effets pratiques sont salissants ; il a essayé une pluie ajoutée en post-production, mais n’a pas aimé le résultat.
Combien coûte une photo de Jason B. Michael pour une marque ?
Jason B. Michael indique demander 400 dollars américains par photo. Il refuse d’être payé seulement en figurines ou en visibilité, car le temps passé, parfois six heures, n’est pas couvert par la valeur du produit. Il exige aussi une liberté créative complète et reste propriétaire de ses images.
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