
Florentine Pautet, photographe installée à Chalon-sur-Saône, s'est spécialisée dans la musique rock et metal. Elle part en tournée avec des groupes, couvre des festivals et se prépare au Hellfest. Au micro de Jonathan Douette, elle explique comment elle a obtenu sa première accréditation, pourquoi la sécurité la gêne plus que la lumière, ce que les groupes attendent aujourd'hui pour les réseaux et combien se paie une date. Un entretien franc sur un métier dont on vit difficilement.
Capter l’émotion plutôt que le chanteur au micro
Florentine Pautet, photographe de concert basée à Chalon-sur-Saône, décrit son style en trois mots : vintage, poétique, cinématographique. Elle travaille avec un seul boîtier Sony et un zoom Tamron 28-75 mm f/2.8, avec lequel elle couvre aussi bien une petite salle qu’un Zénith. Quand elle travaille pour un artiste plutôt que pour un média, elle ne cherche pas l’approche journalistique : elle guette les sourires, les échanges avec le public, les larmes. Le groupe de metalcore bordelais TSS, avec qui elle travaille beaucoup, préfère d’ailleurs les moments où ses membres ne chantent pas. Depuis peu, elle photographie aussi le public, et les fans se reconnaissent sur ses images. Elle dit puiser son regard dans le cinéma et les séries, et tient la post-production pour essentielle : « pour moi, la post-prod, ça fait tout ».
Partir en tournée, prévient-elle, est « un tout autre métier » : il s’agit de documenter tout ce qui se passe autour du concert, qui ne dure qu’une heure ou une heure et demie.
Publier vite, en vertical, et souvent filmer aussi
La rapidité pèse sur la qualité. Photographe officielle du Slam Dunk Festival à Lyon, dans une équipe média de deux personnes, elle devait publier ses images juste après le passage de chacun des six groupes, sans temps pour la colorimétrie. Pour un artiste, en revanche, la publication a souvent lieu le lendemain, ce qui laisse le temps de travailler. Les groupes rock et metal qu’elle accompagne attendent presque toujours de la vidéo en plus des photos, faute de budget pour deux prestataires, et quasiment tout doit être vertical pour Instagram et TikTok. Elle shoote donc presque tout en vertical. En tournée avec Fever333, le chanteur voulait des vidéos horizontales pour voir tous les musiciens dans le cadre ; ils ont finalement opté pour le vertical, plus adapté aux réseaux.
Selon les groupes, elle s’adapte à une communication déjà pensée ou joue le rôle de conseillère en image.
Oser demander une accréditation
Elle allait aux concerts avec son père, fan de la même musique, et prenait des photos depuis la foule avec le bridge familial, notamment au Main Square Festival. C’est lui qui lui suggère d’essayer la photo de concert. Vers 2015 ou 2016, elle écrit à l’attachée de presse d’une salle proche du Creusot, en Bourgogne, et obtient sa première accréditation sans rien connaître du métier. Elle recommande aujourd’hui de commencer avec un compact autorisé dans les salles pour bâtir un portfolio. La lumière ne lui pose pas de difficulté : elle shoote en manuel par réflexe et aime le contre-jour et les silhouettes. Le vrai frein, c’est la sécurité, qui applique aux photographes de l’artiste la règle des trois premières chansons sans flash réservée à la presse. Elle évite elle-même le flash, qu’elle juge gênant pour tous, et vise avant tout la discrétion.
Elle a cessé d’utiliser les filtres de PrismLens FX, comme l’effet de halo, devenus trop répandus, pour revenir à une composition et une lumière soignées.
Tournées, corps et vie à côté
Elle est relativement nouvelle dans la photographie de tournée et rappelle qu’on peut être photographe de concert sans jamais partir, en travaillant pour une salle. En tournée, on voyage en tourbus ou en van, on change d’hôtel chaque jour et l’on peut travailler ses images juste après le show. Le rythme décale le sommeil et le matériel pèse au dos et aux épaules, au point qu’elle reste minimaliste. Loin de l’image « sex, drugs and rock’n’roll », les musiciens de Fever333 dormaient énormément. À l’approche de la trentaine, elle sent que son corps encaisse moins. Pour les qualités du métier, elle place l’humain au même niveau que le talent : « on préfère travailler avec quelqu’un limite qui est moins bon dans son domaine » mais avec qui l’on s’entend, quand on passe quatre ou cinq semaines ensemble.
Spectatrice d’un concert où les téléphones étaient interdits, elle a adoré l’ambiance, alors qu’un concert de rap l’a frappée par le nombre de smartphones levés.
Vivre de la photo de concert, un pari difficile
Sur les tarifs, il n’existe pas de règle : devis pour une journée de photos promo, adaptation aux budgets serrés des groupes et de leurs tourneurs en tournée, où les photographes sont « clairement sous-payés ». Elle vise le statut d’intermittent du spectacle, payé en cachets, et estime qu’il est difficile de prendre moins de 300 euros la date pour photos et vidéos. Vivre de la photo de concert en France lui paraît très compliqué : peu y parviennent, sauf les photographes attitrés d’un groupe qui tourne sans cesse ou ceux des salles. Elle complète donc avec des mariages et des événements d’entreprise, comme un séminaire d’APRR. Sur la place des femmes, elle observe qu’elles restent sous-représentées : seule femme parmi les photographes du Hellfest et seule femme parmi une trentaine de personnes lors d’une tournée européenne de quatre groupes. Elle dit n’avoir eu que de bonnes expériences, tout en connaissant des témoignages de remarques sexistes.
Jonathan Douette, qui vit en Belgique, compare avec la situation belge : un pays divisé où la scène rock et les grands festivals se trouvent surtout en Flandre.
Pour aller plus loin
- Florentine Pautet sur Instagram
- La chaîne YouTube de Jonathan Douette
- Jonathan Douette sur Instagram
Les références de l’épisode
- TSS : groupe de metalcore de Bordeaux avec lequel Florentine Pautet travaille régulièrement.
- Fever333 : groupe avec lequel elle est partie en tournée l’année précédant l’entretien.
- Slam Dunk Festival : festival à Lyon dont elle a été photographe officielle.
- Hellfest : festival où elle fait partie d’une équipe de cinq photographes.
- Main Square Festival : festival où elle a pris ses premières photos de concert au bridge.
- Ancienne Belgique : salle de concert belge qui recrute chaque année un photographe attitré sur candidature.
- Sony et Tamron 28-75 mm f/2.8 : son boîtier et son objectif de référence en concert.
- PrismLens FX : marque de filtres à visser sur l’objectif, dont le filtre à effet de halo.
- Intermittence du spectacle : régime de rémunération en cachets qu’elle cherche à obtenir.
- Ted Lasso et Severance : séries qu’elle recommande, la seconde pour la composition de ses plans.
- Orgueil et préjugés : son film préféré, pour ses plans poétiques.
- Glasgow : le lieu qu’elle recommande de visiter.
Au fil de l’épisode
- 00:00:33 : présentation de Florentine Pautet, photographe de concert
- 00:02:56 : son style, son boîtier Sony et son zoom Tamron
- 00:05:10 : photographier les émotions, le public et les coulisses
- 00:07:59 : travailler pour l’artiste, une autre approche que le reportage
- 00:09:20 : le Slam Dunk Festival et la course à la publication
- 00:14:09 : photo et vidéo, une demande quasi générale
- 00:15:18 : le format vertical imposé par les réseaux
- 00:17:57 : la tournée avec Fever333 et le dilemme horizontal ou vertical
- 00:20:18 : ses débuts, du bridge au Main Square Festival
- 00:21:54 : la première accréditation, près du Creusot
- 00:25:54 : la lumière en concert, un faux problème
- 00:27:57 : la sécurité et la règle des trois premières chansons
- 00:30:06 : le flash en concert
- 00:31:19 : les qualités d’un photographe de concert
- 00:34:12 : la vie en tournée et l’équilibre personnel
- 00:40:21 : les filtres PrismLens FX et les effets de mode
- 00:45:02 : le jeu du hot or not
- 00:52:36 : les smartphones en concert
- 00:55:32 : le noir et blanc et la préparation du Hellfest
- 00:57:47 : les tarifs et l’intermittence du spectacle
- 01:01:44 : peut-on vivre de la photo de concert en France
- 01:03:35 : la situation en Belgique
- 01:10:39 : être une femme dans la photo de concert
- 01:14:06 : les relations entre photographes
- 01:16:56 : les prestations à côté du concert
- 01:20:07 : ses recommandations
- 01:22:28 : le conseil aux photographes de concert qui se lancent
FAQ
Qui est Florentine Pautet ?
Florentine Pautet est une photographe basée à Chalon-sur-Saône, spécialisée dans la musique rock et metal. Elle travaille pour des groupes comme TSS, est partie en tournée avec Fever333, a été photographe officielle du Slam Dunk Festival à Lyon et fait partie de l’équipe photo du Hellfest.
Comment obtenir une accréditation pour photographier un concert ?
Florentine Pautet conseille d’oser demander. Pour sa première accréditation, elle a simplement écrit à l’attachée de presse d’une salle proche de chez ses parents en se présentant honnêtement. Elle recommande aussi de commencer avec un compact, souvent autorisé dans les salles, pour se constituer un portfolio.
Combien gagne un photographe de concert ?
Selon Florentine Pautet, il n’y a pas de règle : certains groupes demandent un devis, d’autres imposent leur budget en tournée, où les photographes sont souvent sous-payés. Elle estime difficile de prendre moins de 300 euros la date pour photos et vidéos, et vise le statut d’intermittent du spectacle.
Pourquoi les photographes de concert shootent-ils en vertical ?
Parce que les groupes veulent se faire connaître sur Instagram et TikTok, où le format vertical occupe plus d’écran et touche davantage de monde. Florentine Pautet shoote presque tout en vertical : une photo horizontale, explique-t-elle, risque de ne jamais être utilisée par le groupe.
Peut-on vivre de la photo de concert en France ?
Florentine Pautet juge cela très compliqué. Les rares photographes qui en vivent accompagnent un groupe qui tourne presque en permanence ou travaillent à l’année pour une salle. Elle complète elle-même ses revenus avec des mariages et des événements d’entreprise.
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