
Faut Pas Pousser Les ISO, le talk-show d'Arthur Azoulay et Benjamin Favier, consacre une masterclass à la photographie en mode manuel avec Aurore Deligny Fedullo, photographe culinaire et formatrice. À l'heure des automatismes et de l'intelligence artificielle, l'émission explique pourquoi reprendre la main sur la mise au point, la sensibilité, la balance des blancs et l'exposition, et comment le faire sans perdre en spontanéité. Le photojournaliste Édouard Elias y raconte aussi son retour en Syrie.
Revenir aux bases à l’heure des automatismes
Dans ce sixième épisode de la saison 11 de Faut Pas Pousser Les ISO, Arthur Azoulay et Benjamin Favier reçoivent Aurore Deligny Fedullo, photographe indépendante depuis 2002, spécialisée en photographie culinaire et formatrice, notamment à la Nikon School et aux Beaux-Arts de Paris. Le Flash Actu présente la troisième génération du Fujifilm X-T30, un 200 mm f/2 du constructeur chinois Venus Optics et des mises à jour des applications Lumix, puis donne la parole à Romain Nattier, qui organise le premier salon de la photo de Soissons. Dans sa chronique, Benjamin Favier retrouve le photojournaliste Édouard Elias, retourné en Syrie après la chute du régime de Bachar el-Assad, treize ans après sa détention par l’État islamique. Exposé au prix Bayeux, il dit photographier en panoramique noir et blanc « cet infime instant où l’histoire s’est arrêtée » et défend un travail complémentaire de celui des photographes d’actualité.
Aurore Deligny Fedullo retient de ce témoignage la question du temps, qui mène droit au mode manuel.
Pourquoi passer en manuel
Pour Guillaume Moreau, professeur à La Pro Photo de Saint-Dié, comprendre l’effet du diaphragme, de la vitesse et de la sensibilité relève à la fois de la pédagogie, de l’esthétique et du plaisir, et le manuel devient presque obligatoire avec un flash de studio. Aurore Deligny Fedullo insiste : un élève qui obtient un bel effet sans savoir comment ne pourra pas le reproduire dans une série. « Les chiffres, ils sont là pour servir notre intention », résume-t-elle. Elle raconte avoir tout raté la première fois qu’elle a pris en main un reflex numérique, elle qui maîtrisait l’argentique, ce qui lui a donné envie d’enseigner. Les animateurs rappellent que ces automatismes sont récents : priorité à la vitesse avec mesure à travers l’objectif sur le Canon AE-1 en 1976, autofocus sur un reflex avec le Minolta 7000 en 1985.
Les boîtiers à molettes, souligne l’émission, rendent ce retour au manuel plus intuitif.
Mise au point, ISO et balance des blancs
La mise au point manuelle reste utile en macro, en basse lumière ou faible contraste, pour photographier des éclairs ou en vidéo, avec l’aide du zoom numérique et du focus peaking, l’affichage en surbrillance des zones nettes. Les animateurs détaillent la retouche manuelle du point, qui combine autofocus et réglage à la bague, et le bricolage des vidéastes qui marquent la course de mise au point. Côté sensibilité, Aurore Deligny Fedullo, habituée au flash de studio, monte peu en ISO ; les animateurs conseillent de rester à la valeur nominale pour exploiter la dynamique et de faire un test de montée en ISO pour fixer sa propre limite. Pour la balance des blancs, elle recommande un réglage manuel dès qu’on réalise une série, car l’automatisme varie selon les couleurs du cadre, et cite la reproduction d’œuvres, où une charte de couleurs devient utile.
L’un des animateurs, lui, préfère corriger en RAW après coup, sauf avec les simulations de film de Fujifilm.
Exposer en manuel, de l’intention au réglage
Jules Azélie, expert technique chez Fujifilm, explique que les molettes de sensibilité, de vitesse et de correction d’exposition, et les bagues de diaphragme présentes sur la plupart des optiques de la marque, rendent le triangle d’exposition tangible. Pour régler son exposition, Aurore Deligny Fedullo part du sujet : s’il ne bouge pas, on choisit d’abord l’ouverture selon la profondeur de champ voulue ; s’il bouge, la vitesse devient prioritaire, et les autres paramètres viennent équilibrer l’exposition. Le manuel apporte aussi une stabilité précieuse en spectacle, quand les lumières changent sans cesse. L’indicateur d’exposition, l’histogramme, l’alerte de surexposition et, en vidéo, le zebra servent de filets de sécurité. Au début, dit-elle, ces réglages demandent une gymnastique ; avec la pratique, ils deviennent instinctifs.
Au quiz des auditeurs, elle désigne la balance des blancs automatique comme l’automatisme qu’elle sacrifierait.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Nikon School : lieu de formation à Paris où enseigne Aurore Deligny Fedullo.
- Fujifilm X-T30 de troisième génération : boîtier présenté dans le Flash Actu.
- Venus Optics : constructeur chinois d’un nouveau 200 mm f/2.
- Lumix Lab et Lumix Flow : applications Lumix mises à jour.
- Salon de la photo de Soissons : premier salon organisé à Soissons, présenté par Romain Nattier.
- Édouard Elias : photojournaliste exposé au prix Bayeux avec son travail sur la Syrie.
- Prix Bayeux : festival où est exposé le travail d’Édouard Elias.
- La Pro Photo de Saint-Dié : établissement où enseigne Guillaume Moreau.
- Canon AE-1 et Minolta 7000 : boîtiers cités dans l’histoire des automatismes.
- Focus peaking : aide à la mise au point manuelle qui souligne les zones nettes.
Au fil de l’épisode
- 00:00:21 : présentation de l’émission et d’Aurore Deligny Fedullo
- 00:02:18 : ses formations à la Nikon School
- 00:04:10 : Flash Actu, nouveau boîtier Fujifilm, 200 mm f/2 et applications Lumix
- 00:16:44 : le premier salon de la photo de Soissons
- 00:19:21 : la chronique de Benjamin Favier avec Édouard Elias
- 00:30:39 : temporalité et complémentarité argentique et numérique
- 00:34:04 : à quoi sert le mode manuel aujourd’hui
- 00:34:42 : le témoignage de Guillaume Moreau
- 00:37:27 : comprendre pour reproduire un effet
- 00:42:40 : la date d’arrivée des automatismes
- 00:46:20 : la mise au point manuelle et ses usages
- 00:50:54 : la retouche manuelle du point
- 00:56:50 : la sensibilité ISO
- 01:01:46 : la balance des blancs en manuel
- 01:07:20 : l’exposition manuelle et l’ergonomie
- 01:08:25 : le témoignage de Jules Azélie, de Fujifilm
- 01:17:46 : par quel réglage commencer
- 01:23:49 : le débrief de l’émission
- 01:35:51 : le quiz des auditeurs
FAQ
Pourquoi utiliser le mode manuel en photo aujourd’hui ?
Selon Aurore Deligny Fedullo, pour comprendre ce que l’on fait et pouvoir reproduire un effet, par exemple dans une série. Le mode manuel est aussi presque obligatoire avec un flash de studio, apporte une exposition stable en spectacle et, pour beaucoup, un plaisir de faire soi-même et un autre rapport au temps.
Dans quels cas faire la mise au point manuellement ?
L’émission cite la macro, où la profondeur de champ est infime, la basse lumière ou le faible contraste, où l’autofocus patine, la photographie d’éclairs, le portrait à très grande ouverture et la vidéo, pour éviter les variations de point. Le zoom numérique et le focus peaking aident à viser juste sur un hybride.
Par quel réglage commencer en exposition manuelle ?
Aurore Deligny Fedullo part du sujet. S’il est immobile, elle choisit d’abord l’ouverture selon la profondeur de champ voulue. S’il bouge, ou si l’on veut montrer le mouvement, la vitesse devient prioritaire. La sensibilité ISO et l’autre paramètre servent ensuite à équilibrer l’exposition, en surveillant le flou de bougé et le bruit.
Pourquoi régler la balance des blancs manuellement ?
Parce que la balance des blancs automatique varie selon les couleurs présentes dans le cadre : deux photos de la même pièce peuvent changer de teinte. Pour une série homogène, un panoramique ou la reproduction d’une œuvre, Aurore Deligny Fedullo conseille un réglage manuel, éventuellement avec une charte de couleurs, plutôt que de corriger ensuite.
À quoi sert un test de montée en ISO ?
À connaître son appareil et sa propre tolérance au bruit. On photographie le même sujet à exposition égale en augmentant progressivement la sensibilité, puis on compare sur ordinateur pour repérer la valeur au-delà de laquelle le résultat ne convient plus. Certains boîtiers permettent ensuite de limiter la plage ISO automatique à cette valeur.
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