
Dans Parlons photo, les deux animateurs reçoivent une historienne de la photographie, maîtresse de conférences à l'université Paris Panthéon-Sorbonne et animatrice de la Société française de photographie. Créée en 1854 comme société savante, la SFP conserve des épreuves des débuts du médium, dont le célèbre autoportrait d'Hippolyte Bayard en noyé. L'entretien raconte comment ces collections se sont formées, pourquoi le musée de la photographie prévu en 1937 n'a jamais vu le jour, et présente la revue Photographica et le portail Iconos, qui recense les collections photographiques publiques.
Une société savante née sous le Second Empire
Dans Parlons photo, les deux animateurs reçoivent une historienne de la photographie, maîtresse de conférences à l’université Paris Panthéon-Sorbonne et animatrice de la Société française de photographie (SFP). Elle est venue à la photographie par les Archives de la Planète d’Albert Kahn, et notamment les autochromes d’une mission de 1912 et 1913 menée avec l’opérateur Auguste Léon : de petites plaques de verre en couleur qui l’ont saisie par leur rapport au temps. Elle raconte ensuite la SFP, créée en 1854 pour faire progresser la photographie « comme un art et une science ». Ses statuts demandaient aux membres de déposer des épreuves avec leurs communications : d’où des collections qui conservent des pièces de Niépce, des daguerréotypes des années 1830 et un ensemble d’Hippolyte Bayard, pionnier de la photographie sur papier. Son autoportrait en noyé, connu en trois versions et accompagné d’une lettre où il reproche au gouvernement de ne pas l’avoir soutenu, est selon elle l’une des premières mises en scène photographiques. La SFP reçoit encore des dons, comme une collection de 40 000 photographies anonymes classées par thèmes : mariages, anniversaires, portraits de groupe, ombres.
Elle voit dans l’image de Bayard une œuvre « à la fois sérieuse mais aussi ironique », qui reprend l’iconographie romantique du noyé.
Du musée manqué de 1937 au portail Iconos
Sa thèse portait sur la rencontre entre la photographie et les musées, et sur la naissance d’une conscience patrimoniale. En 1937, lors de l’exposition internationale, un musée de la photographie devait ouvrir au Trocadéro : faute de financement, le projet échoue, alors que le cinéma trouve sa cinémathèque. Elle y voit la difficulté à faire entrer un médium multiforme, document, art et technique, dans un musée centralisé. L’entretien s’attarde sur le photographe du vieux Paris mort en 1927, ses vitrines aux reflets et le flou des passants que les surréalistes ont aimé, puis sur ses étudiants, tournés pour les trois quarts vers la photographie contemporaine. Elle présente enfin deux projets de la SFP : la revue semestrielle Photographica, lancée en 2020 avec les Éditions de la Sorbonne après l’arrêt d’Études photographiques (1996 à 2017), vendue 25 euros sur papier et gratuite en ligne, et le portail Iconos, soutenu par le ministère de la Culture, qui recense sur une carte les collections photographiques publiques.
L’émission se termine sur l’actualité des expositions, dont « Le monde selon l’IA » au Jeu de Paume.
Les références de l’épisode
- Société française de photographie : société savante créée en 1854.
- Archives de la Planète : projet d’Albert Kahn, documenté notamment en autochromes.
- Hippolyte Bayard : pionnier de la photographie sur papier, auteur de l’autoportrait en noyé.
- Nicéphore Niépce : inventeur dont la SFP conserve quelques productions.
- Exposition internationale de 1937 : occasion d’un projet de musée de la photographie qui n’a pas abouti.
- Photographica : revue semestrielle de la SFP, publiée avec les Éditions de la Sorbonne.
- Études photographiques : revue de la SFP parue de 1996 à 2017.
- Gallica : bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France.
- Iconos : portail qui recense les collections photographiques publiques françaises.
- Michel Poivert et Paul-Louis Roubert : historiens de la photographie cités par l’invitée.
- Bertrand Belin et Barbara Carlotti, « Lentement » : premier choix musical de l’invitée.
- « Le monde selon l’IA » : exposition au Jeu de Paume, à Paris.
Au fil de l’épisode
- 00:00:49 : présentation de l’invitée et du sujet
- 00:02:17 : les Archives de la Planète, première rencontre avec la photographie
- 00:03:44 : la beauté des autochromes
- 00:05:51 : la Société française de photographie, créée en 1854
- 00:07:02 : des collections nées des dépôts des membres
- 00:08:08 : Niépce et les premiers daguerréotypes
- 00:09:06 : l’autoportrait en noyé d’Hippolyte Bayard
- 00:11:45 : les dons récents, dont 40 000 photographies anonymes
- 00:13:56 : les albums photographiques du XIXe siècle
- 00:17:03 : une thèse sur la photographie et les musées
- 00:19:18 : le musée de la photographie prévu en 1937
- 00:21:17 : pause musicale avec Bertrand Belin et Barbara Carlotti
- 00:26:32 : le photographe du vieux Paris
- 00:34:02 : les surréalistes et le flou
- 00:37:56 : enseigner l’histoire de la photographie
- 00:41:18 : seconde pause musicale
- 00:46:01 : la revue Photographica
- 00:51:19 : le portail Iconos
- 00:55:58 : l’actualité des expositions
FAQ
Qu’est-ce que la Société française de photographie ?
La Société française de photographie est une société savante créée en 1854, sous le Second Empire, pour faire progresser la photographie comme art et comme science. Ses membres y présentaient leurs recherches avec des épreuves à l’appui, ce qui a constitué des collections allant des daguerréotypes des années 1830 aux dons de photographies anonymes reçus récemment.
Que montre l’autoportrait en noyé d’Hippolyte Bayard ?
Hippolyte Bayard, pionnier de la photographie sur papier, s’y met en scène à demi assis, les yeux clos, comme un noyé. L’image, connue en trois versions, est accompagnée d’une lettre où il dit s’être donné la mort faute de reconnaissance par le gouvernement. Pour l’invitée, c’est l’une des premières mises en scène photographiques, sérieuse et ironique.
Pourquoi le musée de la photographie de 1937 n’a-t-il pas vu le jour ?
Lors de l’exposition internationale de 1937, un musée de la photographie était prévu au Trocadéro, porté jusque par l’État, mais il a échoué faute de financement. Selon l’invitée, la photographie, à la fois document, art et technique, se prête mal à un musée centralisé, et les institutions craignaient l’afflux d’images à conserver.
Qu’est-ce que le portail Iconos ?
Iconos est un portail développé par la Société française de photographie avec le soutien du ministère de la Culture. Sans héberger les images, il recense les collections photographiques des musées, bibliothèques et archives, consultables notamment par une carte des régions. Il a été réalisé avec des logiciels libres et réunit des institutions comme le musée d’Orsay.
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