
Alexandra Catière, photographe née à Minsk et installée à Paris, a reçu le prix Niépce Gens d'images 2026. Elle y a été présentée par Solenn Laurent, commissaire indépendante d'exposition, avec qui elle travaille depuis des années. Toutes deux racontent la composition d'un dossier hors norme, puis Alexandra Catière décrit sa manière de travailler : la chambre photographique, le noir et blanc, le tirage qu'elle réalise elle-même et qu'elle considère comme un second moment de création.
Un dossier composé de tirages ratés
Dans Parlons photo, les deux animateurs reçoivent Alexandra Catière, lauréate du prix Niépce Gens d’images 2026, et Solenn Laurent, commissaire indépendante d’exposition qui l’a présentée au prix. Solenn Laurent, passée par la revue et la galerie Polka, explique qu’après plusieurs nominations elles ont voulu un objet plus audacieux que de beaux tirages. Alexandra Catière a trouvé chez un libraire de livres anciens une chemise de feuilles volantes consacrée à Léonard de Vinci, et le dossier a été composé à partir de collages, de tirages ratés et d’essais de chambre noire : « Derrière chaque bon tirage il y a dix mille tirages un peu ratés. » Elle souligne que le jury du prix reçoit un objet physique, à l’inverse des concours jugés à l’écran. Elle raconte ensuite son rapport aux images, né des heures passées collée aux vitres des trains et des bus en Biélorussie, et son choix de la photographie comme un langage qui ne dépend pas de la langue, nourri par les livres d’histoire de la photographie de la bibliothèque de Minsk.
Elle travaille à la chambre 4×5, un négatif d’environ 10 x 13 cm.
Le tirage comme seconde prise de vue
Arrivée à New York, Alexandra Catière assiste des professeurs de tirage noir et blanc, réalise des tirages pour d’autres photographes, puis entre au studio d’Irving Penn, qu’elle décrit comme « une vraie université ». En chambre noire, dit-elle, le temps chronologique n’existe plus. Elle propose dans ses stages un exercice : après les planches contact, fermer les yeux et imaginer ce que l’on veut faire des images, puis chercher cette direction avec la chimie, le contraste et le masquage, tout en restant ouverte aux accidents. Elle ne jette plus ses tirages trop pâles, qui peuvent se révéler des années plus tard. Une feuille de papier posée sur un tirage test de personnages photographiés à Coney Island lui a fait comprendre que seul ce fragment comptait, et elle est retournée photographier avec ce cadrage serré. Elle tire en très petites éditions, car chaque tirage est différent. Elle met aussi en garde contre le fait de regarder sans cesse son écran pendant la prise de vue, qui coupe du moment présent.
Solenn Laurent voit dans cet équilibre entre prise de vue et chambre noire ce qui fait une grande photographie.
Les strates de la mémoire
Alexandra Catière revient sur ses débuts en peinture, sa déception de ne pas entrer aux Beaux-Arts et la nature morte, restée son sujet principal. Elle présente le projet exposé à la galerie Leica à Paris jusqu’au 14 juillet, issu d’une résidence au château Palmer accompagnée par Leica et intitulé Tout en ce lieu me survivra. Dans le grenier du château, elle a découvert des graffitis de soldats allemands de l’Occupation, conservés par la direction : venue d’un pays où, dit-elle, l’histoire s’efface à chaque changement de régime, elle a été frappée par cette volonté de garder les traces. En superposant sur la table lumineuse la texture des murs et ses images, puis en travaillant au tirage, elle cherche une profondeur presque en trois dimensions. Solenn Laurent parle d’un « palimpseste mémoriel ».
Solenn Laurent prépare par ailleurs une exposition sur une collection transmise sur cinq générations de photographes d’une même famille, prévue à la Villa Tamaris en avril 2027.
Les références de l’épisode
- Prix Niépce Gens d’images : prix reçu par Alexandra Catière en 2026.
- Polka : revue et galerie où Solenn Laurent a travaillé.
- Irving Penn : photographe dont Alexandra Catière a été l’assistante à New York.
- Robert Frank : photographe cité pour l’idée d’apprendre d’abord à regarder.
- Gilles Deleuze : philosophe cité par un animateur pour la distinction entre l’instant et la durée.
- Tout en ce lieu me survivra : projet issu d’une résidence au château Palmer, exposé à la galerie Leica.
- Maison européenne de la photographie : exposition collective où figurent des photographies d’Alexandra Catière.
- Bicentenaire de la photographie : cadre de l’exposition préparée par Solenn Laurent, à la Villa Tamaris en avril 2027.
- Yiruma, River Flows in You : morceau choisi par Solenn Laurent pour la pause musicale.
Au fil de l’épisode
- 00:00:24 : présentation des deux invitées et du prix Niépce
- 00:04:13 : composer un dossier audacieux pour le prix
- 00:06:12 : la chemise de feuilles volantes et les tirages ratés
- 00:10:34 : un regard formé derrière les vitres des trains en Biélorussie
- 00:11:53 : pourquoi la photographie, un langage sans langue
- 00:13:46 : la chambre 4×5 expliquée
- 00:15:36 : photographier avec le cœur
- 00:22:32 : tireuse à New York et assistante d’Irving Penn
- 00:27:37 : fermer les yeux devant les planches contact
- 00:32:12 : un bout de papier sur un tirage de Coney Island
- 00:36:02 : rester dans le moment plutôt que dans l’écran
- 00:44:29 : la peinture et les artistes qui l’inspirent
- 00:49:07 : expositions en cours et à venir
- 00:50:18 : la résidence au château Palmer et les graffitis du grenier
- 00:53:19 : superposer les textures pour donner de la profondeur
- 00:57:10 : actualité des Rencontres d’Arles et de la Maison européenne de la photographie
FAQ
Qui est Alexandra Catière ?
Alexandra Catière est une photographe née à Minsk en 1978, passée par la Russie et les États-Unis avant de s’installer à Paris en 2008. Elle travaille à la chambre photographique, surtout en noir et blanc, et réalise elle-même ses tirages. Elle a été l’assistante d’Irving Penn à New York et a reçu le prix Niépce Gens d’images 2026.
Comment Alexandra Catière a-t-elle composé son dossier pour le prix Niépce ?
Avec Solenn Laurent, elle a assemblé dans une chemise de feuilles volantes consacrée à Léonard de Vinci, trouvée chez un libraire ancien, vingt-cinq à trente planches de Bristol portant des collages, des tirages ratés et des essais de chambre noire. L’idée était de montrer le travail caché derrière chaque bon tirage, en mêlant les séries.
Pourquoi le tirage est-il un moment de création pour Alexandra Catière ?
Pour elle, la chambre noire est une seconde prise de vue. En posant un morceau de papier sur un tirage test de Coney Island, elle a compris que seul un fragment de l’image comptait et a repris ses prises de vue avec ce cadrage serré. Elle reste ouverte aux accidents et tire en très petites éditions, chaque tirage étant différent.
Qu’est-ce que le projet Tout en ce lieu me survivra ?
C’est un projet né d’une résidence d’Alexandra Catière au château Palmer, accompagnée par Leica et exposée à la galerie Leica à Paris. Elle y a superposé la texture des murs du grenier, où subsistent des graffitis de soldats allemands de l’Occupation, à ses images, pour évoquer les strates de la mémoire personnelle et collective.
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