
Charles-Henri Filippi a dirigé une banque et collectionne la photographie depuis les années 1990. Dans Parlons photo, il explique comment le Crédit commercial de France s'est doté d'une fondation pour soutenir de jeunes photographes, et comment des clients d'agences bancaires ont fini par aimer des images qu'on croyait trop audacieuses pour eux. Il parle aussi des artistes de sa collection, de ses choix musicaux, de la Corse dont il est originaire et du prix consacré à la Méditerranée dont il préside le jury.
Le banquier qui a fait entrer la photo à la banque
Charles-Henri Filippi a mené l’essentiel de sa carrière dans la banque, au Crédit commercial de France (CCF) puis chez HSBC, après des passages dans des cabinets ministériels. Il est aussi collectionneur, mécène et président de jury photographique. Reçu dans Parlons photo, il raconte comment le CCF a créé, avec Charles de Croisset, une fondation pour la photographie logée à la Fondation de France : chaque année, deux artistes sans reconnaissance significative (ni galerie, ni catalogue) étaient choisis par un jury majoritairement extérieur à la banque, exposés dans le réseau d’agences, dans une galerie parisienne, publiés chez Actes Sud et montrés à Arles. Valérie Belin compte parmi les lauréats, comme Éric Baudelaire. Il raconte une anecdote : des directeurs d’agence lui ont d’abord téléphoné pour refuser des photos d’enfants de banlieue, « nous sommes une banque de la bourgeoisie », avant de reconnaître quinze jours plus tard que leurs clients les aimaient beaucoup. Il en tire l’idée qu’un client de banque est aussi un citoyen, avec ses pensées et ses vues.
Il a ensuite créé, comme patron de la banque, une seconde fondation consacrée aux associations culturelles qui travaillent avec les jeunes.
Une collection venue des salles des ventes
Charles-Henri Filippi est venu à l’art par les ventes aux enchères, où l’emmenait son père, puis à la photographie par le galeriste Yvon Lambert, qui a fait connaître en France l’art conceptuel et minimal américain. Il cite Louise Lawler et sa vidéo moqueuse sur une exposition du MoMA où tous les artistes étaient des hommes, Andres Serrano, les photographies d’Edward Weston montrant une sculptrice qui fut l’épouse de John Cage, ou encore un photographe de la figuration libre parti photographier des enfants à Sarajevo, à Gaza, en Tchétchénie. Corse par sa famille, il relie l’Orfeo de Monteverdi aux polyphonies de l’île et à l’instant du déclic, explique pourquoi il a accueilli en Corse un grand photographe coréen de la mer et de la forêt, et voudrait y lancer un projet autour de la photo pour les jeunes. Il préside aussi le jury d’un prix en résidence consacré à la Méditerranée, ouvert aux candidatures du 1er mai au 1er octobre, et soutient la revue Art Absolument et sa galerie du carrefour de l’Odéon.
En fin d’émission, il revient sur ses essais critiques de la finance, Les Sept Péchés du capital et L’Argent sans maître.
Les références de l’épisode
- Crédit commercial de France (CCF) et HSBC : les banques où s’est déroulée sa carrière
- Fondation de France : abritait la fondation photo du CCF
- Valérie Belin : photographe lauréate de la fondation photo du CCF
- Éric Baudelaire : cinéaste et photographe soutenu par la fondation
- Actes Sud : éditeur des catalogues des lauréats
- Yvon Lambert : galeriste parisien, introducteur de l’art conceptuel et minimal américain
- Louise Lawler : artiste américaine, auteure d’une vidéo sur une exposition du MoMA
- Andres Serrano : artiste présent dans sa collection
- Edward Weston : photographe américain dont il possède des tirages
- Nadar : studio dont certaines photos seraient d’Ernestine Nadar, selon l’invité
- L’Orfeo de Claudio Monteverdi : premier choix musical de l’invité
- John Cage : compositeur, second choix musical
- Domaine de Chaumont-sur-Loire : lieu d’exposition d’art et de photographie
- Jean-Luc Monterosso : son prédécesseur à la présidence du jury du prix méditerranéen
- Art Absolument : revue d’art dont il est actionnaire, avec une galerie au carrefour de l’Odéon
- Station F : campus de start-up voisin de l’ancienne galerie de la revue
- Les Sept Péchés du capital et L’Argent sans maître : ses essais sur la finance
Au fil de l’épisode
- 00:00:26 : présentation de Charles-Henri Filippi, de la haute fonction publique à la banque
- 00:02:56 : pourquoi une banque crée une fondation pour la photographie
- 00:04:58 : la fondation photo du CCF et ses deux lauréats annuels
- 00:07:26 : Valérie Belin, ses églises baroques et ses débuts
- 00:10:08 : Louise Lawler et le regard féministe sur une exposition du MoMA
- 00:11:51 : Ernestine Nadar et la question des épouses d’artistes
- 00:12:51 : les directeurs d’agence face aux photos d’enfants de banlieue
- 00:15:58 : un collectionneur venu par les ventes aux enchères
- 00:17:31 : la rencontre avec le galeriste Yvon Lambert
- 00:19:07 : les photographies d’Edward Weston de sa collection
- 00:20:47 : pause musicale, l’Orfeo de Monteverdi
- 00:23:44 : polyphonies corses et instant photographique
- 00:26:22 : un photographe de la figuration libre, des enfants dans les ruines
- 00:30:29 : un photographe coréen, de Chaumont-sur-Loire à la Corse
- 00:32:46 : présider un jury de photographie consacré à la Méditerranée
- 00:36:13 : la résidence et le calendrier des candidatures
- 00:39:04 : John Cage et la photo comme cadre qui accueille l’image
- 00:41:15 : ce que la photographie pourrait faire pour la Corse
- 00:44:04 : la revue Art Absolument et sa galerie
- 00:47:50 : ses essais sur la finance et la concentration du capital
FAQ
Qui est Charles-Henri Filippi ?
Charles-Henri Filippi est un banquier qui a fait carrière au Crédit commercial de France puis chez HSBC, après des cabinets ministériels. Collectionneur d’art et de photographie depuis sa jeunesse, il a cofondé la fondation photo du CCF, préside un jury de prix photographique consacré à la Méditerranée et est actionnaire de la revue Art Absolument.
Comment fonctionnait la fondation photo du CCF ?
Selon Charles-Henri Filippi, elle récompensait chaque année deux artistes sans reconnaissance significative, quel que soit leur âge. Un commissaire présélectionnait une trentaine de dossiers, un jury majoritairement extérieur à la banque choisissait. Les lauréats étaient exposés dans les agences et dans une galerie parisienne, publiés chez Actes Sud et montrés à Arles.
Comment Charles-Henri Filippi est-il devenu collectionneur de photographie ?
Il raconte être venu à l’art par les ventes aux enchères, que fréquentait son père, puis à la gare d’Orsay quand elle accueillait les ventes. Sa rencontre avec le galeriste Yvon Lambert lui a fait découvrir des artistes qui utilisaient la photographie, comme Louise Lawler ou Andres Serrano. Dans les années 1990, il collectionnait surtout de la photo.
Quel prix de photographie consacré à la Méditerranée préside-t-il ?
Il préside le jury d’un prix en résidence créé par une héritière de la famille Schlumberger, à la suite de Jean-Luc Monterosso. Le projet doit porter sur le monde méditerranéen ; le lauréat occupe la résidence au moins un mois, reçoit une allocation et dispose d’un atelier numérique et d’un laboratoire argentique. Les candidatures sont ouvertes du 1er mai au 1er octobre.
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