
Francine Deroudille, fille de Robert Doisneau, gère avec sa sœur un fonds d'environ 450 000 négatifs. Dans Parlons photo, elle explique pourquoi ce travail doit rester une passion et non une charge. Passée par l'agence Rapho à partir de 1980, elle raconte les planches contact relues avec son père le mardi matin, ses amitiés avec Jacques Prévert et Maurice Baquet, la lettre de Blaise Cendrars qui a donné naissance à La banlieue de Paris, et les années Vogue aux côtés d'Edmonde Charles-Roux.
Garder vivante l’œuvre d’un père
Francine Deroudille, fille de Robert Doisneau, est reçue par Bertrand Evenou et Nathalie Bauchet-Lenoir dans Parlons photo pour parler du fonds de son père, environ 450 000 négatifs, qu’elle gère avec sa sœur à l’atelier où il travaillait. Elle refuse d’y voir une « lourde charge » : « il faut que ce soit une passion ». Elle raconte son arrivée à l’agence Rapho en 1980, où elle s’est occupée des livres et des expositions plutôt que des ventes à la presse, et décrit la génération de photographes qu’elle y a côtoyés, de Sabine Weiss aux voyageurs qui travaillaient en couleur pour des magazines comme Géo. Elle revient sur le terme de photographie humaniste, qu’elle jugeait réducteur pour des « électrons libres » qui ne voulaient pas faire école, et qu’elle a fini par réhabiliter.
Elle évoque aussi le passage de l’archive papier à un archivage numérisé, nécessaire pour répondre chaque matin aux demandes venues du Japon ou d’Italie.
Planches contact et cadrages repris
Dans les dernières années de la vie de son père, Francine Deroudille venait le mardi matin relire avec lui ses planches contact. Il y marquait ses choix de petits points rouges et redessinait des cadrages sur ses négatifs 6×6, pensés pour une couverture en hauteur ou une double page. Elle raconte qu’il lui disait parfois que ces recadrages étaient une erreur, parce que les détails intéressants se trouvaient dans les angles supprimés. Les animateurs relèvent ce qu’ils appellent une science des regards chez le photographe : la manière dont les personnages se regardent entre eux. Francine Deroudille rappelle sa formule : ce qu’on appelle son œuvre, « c’est du temps volé à mes employeurs ».
Elle décrit un homme d’un sérieux absolu dans le travail, au service de la plus grande liberté, notamment avec Maurice Baquet, avec qui il a mené pendant trente ans un livre dont personne ne voulait.
Prévert, Cendrars, Vogue : les rencontres décisives
L’épisode suit les amitiés qui ont compté : Jacques Prévert, compagnon de promenades à la recherche des plus beaux noms de rues de Paris ; Blaise Cendrars, photographié à Aix-en-Provence à la fin de la guerre, qui lui écrit « vous avez du génie » après avoir vu ses photos de banlieue, ce qui donnera La banlieue de Paris, son premier livre, récemment réédité avec les cadrages d’origine ; Edmonde Charles-Roux, avec qui il réalise pour Vogue des portfolios des grandes villes de France après la guerre. Francine Deroudille explique que son père a quitté son contrat chez Vogue au bout de trois ans pour retourner photographier la rue. Elle évoque enfin Robert Delpire et la collection imaginée avec lui autour des Parisiens, qu’il considérait comme l’ancêtre de Photo Poche.
L’émission se termine sur la gentillesse, que Francine Deroudille revendique comme « la qualité des forts ».
Les références de l’épisode
- Robert Doisneau : photographe dont Francine Deroudille gère le fonds avec sa sœur.
- Agence Rapho : agence photographique où elle a travaillé à partir de 1980.
- Raymond Grosset : dirigeant de l’agence, ami fidèle de Robert Doisneau.
- Sabine Weiss : photographe de l’agence citée par l’invitée.
- Magnum : coopérative de photographes, citée par comparaison avec l’agence privée qu’était Rapho.
- Jacques Prévert : poète, ami de Robert Doisneau, qui utilisait certaines de ses photos dans ses collages.
- Maurice Baquet : violoncelliste, complice d’un livre préparé pendant trente ans.
- Pablo Picasso : portraituré par Robert Doisneau, qui le décrivait comme le meilleur modèle du monde.
- Blaise Cendrars : écrivain à l’origine du livre La banlieue de Paris.
- La banlieue de Paris : premier livre de Robert Doisneau, réédité avec les cadrages d’origine.
- Vogue : magazine pour lequel il a travaillé sous contrat pendant trois ans.
- Edmonde Charles-Roux : rédactrice, puis rédactrice en chef de Vogue, sa complice pour les portfolios de villes.
- Robert Delpire : éditeur, inventeur de la collection Photo Poche.
- Barbara : chanteuse qui posait pour des illustrations de romans policiers ; sa chanson Si la photo est bonne est diffusée.
- Les Feuilles mortes : chanson interprétée par Yves Montand, choisie par l’invitée.
Au fil de l’épisode
- 00:00:23 : présentation de Francine Deroudille et du fonds de 450 000 négatifs
- 00:02:26 : sa sœur archiviste et son arrivée à l’agence Rapho
- 00:04:34 : Raymond Grosset et les photographes de l’agence
- 00:07:41 : le terme de photographie humaniste
- 00:09:17 : les livres et les expositions, l’exemple des expositions de la FNAC
- 00:12:54 : du classement papier à l’archivage numérique
- 00:15:20 : les planches contact et les cadrages redessinés
- 00:19:04 : la science des regards
- 00:20:27 : pause musicale, Les Feuilles mortes
- 00:23:30 : l’amitié avec Jacques Prévert
- 00:27:26 : Maurice Baquet et le temps volé aux employeurs
- 00:30:30 : les portraits de peintres, dont Picasso
- 00:36:51 : de la commande à l’œuvre
- 00:38:50 : la rencontre avec Blaise Cendrars et La banlieue de Paris
- 00:42:59 : l’enfant papillon, un autoportrait
- 00:43:58 : pause musicale, Barbara, Si la photo est bonne
- 00:48:23 : les années Vogue avec Edmonde Charles-Roux
- 00:53:42 : Robert Delpire et la démocratisation du livre photo
- 00:56:27 : expositions du moment et photographie préférée de Nathalie Bauchet-Lenoir
- 00:58:23 : la gentillesse, qualité des forts
FAQ
Qui est Francine Deroudille ?
Francine Deroudille est l’une des deux filles de Robert Doisneau. Elle a travaillé à l’agence Rapho à partir de 1980, où elle s’occupait des livres et des expositions, et gère aujourd’hui avec sa sœur le fonds de son père, depuis l’atelier où il travaillait et qui est devenu son lieu de travail.
Combien de négatifs compte le fonds Robert Doisneau ?
Selon Francine Deroudille, le fonds compte environ 450 000 négatifs. Elle précise que ce chiffre dit peu de chose : son père travaillait beaucoup en commande, notamment en photographie industrielle, avec de nombreuses vues proches. Elle continue d’y faire des découvertes en scannant des négatifs retrouvés.
Comment est né le livre La banlieue de Paris ?
D’après Francine Deroudille, Robert Doisneau a photographié Blaise Cendrars à Aix-en-Provence à la fin de la guerre. L’écrivain, intéressé par ses origines de banlieue, lui a demandé des photos, puis lui a répondu « vous avez du génie ». Ce fut son premier livre, récemment réédité avec les cadrages d’origine.
Pourquoi Robert Doisneau a-t-il quitté Vogue ?
Francine Deroudille raconte qu’au bout de trois ans, son père n’a pas renouvelé son contrat, alors que Vogue payait bien et ouvrait toutes les portes. Il préférait photographier la rue et les bistrots. Edmonde Charles-Roux, devenue rédactrice en chef, lui a pourtant confié des commandes jusqu’à la fin des années 60.
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