
Ed Alcock, photographe franco-britannique et lauréat du prix Niépce Gens d'images 2025, partage son temps entre le portrait de presse et des séries intimes sur sa propre famille. Dans Parlons photo, il raconte le hasard qui l'a fait correspondant du Guardian à Paris, ses portraits de responsables politiques et d'anonymes, puis les projets nés de sa vie privée : la relation entre sa femme et leur fils, un secret de famille gardé par trois générations d'hommes, et le Brexit vu de son pays natal.
Du Guardian au portrait de presse
Ed Alcock, photographe franco-britannique né à Norwich et lauréat du prix Niépce Gens d’images 2025, revient dans Parlons photo sur un parcours partagé entre commande de presse et projets intimes. Il raconte d’abord le hasard qui l’a lancé : après des études de mathématiques et un prix de jeune photographe en 1999, il apprend le même jour que sa compagne repart travailler à Paris et que le directeur photo du Guardian lui refuse un stage, le jugeant trop avancé pour un stagiaire. Il lui demande alors du travail et repart correspondant du journal à Paris, au début de l’année 2000, sans parler français. L’un de ses premiers portraits, réalisé à Vienne chez Simon Wiesenthal, en argentique, fait la couverture du supplément magazine. Il décrit ensuite le portrait de commande : trente secondes à deux minutes pour un responsable politique, une lumière installée à l’avance, et la nécessité de s’adapter, comme ce jour où un ancien président refuse toutes ses propositions et se place à la fenêtre. Il dit préférer les anonymes, « infiniment plus intéressants » parce qu’ils ne savent pas se mettre en scène. Son portrait de Valérie Bacot, réalisé dans un vieil hôtel à la lumière d’une fenêtre, est entré à la National Portrait Gallery de Londres : « C’est pas moi qui l’ai fait, c’est quelque chose entre nous deux. »
Il évoque aussi son entrée en 2011 à l’agence MYOP, qu’il décrit comme une famille de photographes unis par une forme de solidarité, après des années de solitude qu’il juge nécessaires : « dix ans pour devenir photographe ».
La famille comme sujet
La seconde partie de l’entretien porte sur ses séries personnelles. « Hobbledehoy », livre paru en 2013 avec un texte d’Emmanuel Carrère, suit pendant plusieurs années la relation entre sa femme et leur fils, à partir de l’âge de six ans. L’idée lui vient sur une plage grecque, en lisant un livre où Emmanuel Carrère parle de sa propre vie. L’écrivain a vu les premières images, puis a livré son texte sans qu’ils en discutent, publié tel quel. « Love Lane » part d’un secret de famille : une liaison de son père, dont est né un demi-frère qu’il n’a jamais rencontré, secret gardé jusqu’à la mort de son grand-père. Revenu dans la petite ville d’origine de sa famille pour l’enterrement, il y photographie des inconnus dans la rue et découvre, un an plus tard sur ses planches contact, qu’il n’a retenu que des hommes de l’âge de son grand-père. « The Wait », réalisé entre 2014 et 2016, naît de l’attente que ce secret soit révélé avant une exposition à Londres : des personnages sans visage, des nuages, un vol d’oies. « Home Sweet Home » (2018) associe ses portraits de Britanniques tentés par le Brexit à un cahier d’écolier français des années 1950 présentant les voisins d’outre-Manche. Il cite enfin « Buried Treasure », où se mêlent photographie, dessin et archives familiales du côté maternel.
Pour les animateurs, ce parcours montre qu’on peut vivre de la photographie de presse tout en menant une recherche intime sur les images dont on a besoin « pour régler des affaires personnelles ».
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Prix Niépce Gens d’images : prix reçu par Ed Alcock en 2025.
- The Guardian : journal britannique dont il a été correspondant à Paris.
- The New York Times : journal pour lequel il a travaillé comme correspondant.
- MYOP : agence de photographes qu’il a rejointe en 2011.
- Simon Wiesenthal : sujet de l’un de ses premiers portraits pour le Guardian, à Vienne.
- Valérie Bacot : son portrait est entré à la National Portrait Gallery de Londres.
- Emmanuel Carrère : écrivain, auteur du texte du livre « Hobbledehoy ».
- « Hobbledehoy » : livre paru en 2013 sur la relation entre une mère et son fils.
- « Love Lane », « The Wait », « Home Sweet Home » et « Buried Treasure » : ses séries personnelles évoquées dans l’épisode.
- Festival Mondes en commun : festival photo présenté dans les jardins du musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt.
- Fondation Henri Cartier-Bresson : lieu d’une exposition recommandée par les animateurs.
- Diane Arbus : photographe citée pour sa manière de photographier les anonymes.
Au fil de l’épisode
- 00:00:22 : présentation d’Ed Alcock, lauréat du prix Niépce 2025
- 00:02:06 : des études de mathématiques à un premier prix en 1999
- 00:03:37 : le rendez-vous au Guardian et le départ pour Paris
- 00:06:24 : le portrait de Simon Wiesenthal à Vienne
- 00:08:44 : le métier de portraitiste et le protocole des portraits politiques
- 00:11:17 : la peur d’être photographié
- 00:14:09 : le portrait de Valérie Bacot
- 00:16:58 : l’entrée à l’agence MYOP en 2011
- 00:24:40 : « Hobbledehoy », une mère et son fils
- 00:29:08 : le texte d’Emmanuel Carrère
- 00:32:05 : « Love Lane » et le secret de famille
- 00:35:52 : les planches contact et les hommes de l’âge du grand-père
- 00:44:18 : « The Wait », une série sur l’attente
- 00:48:55 : « Home Sweet Home », le Brexit et le collage
- 00:51:42 : l’actualité : le festival Mondes en commun et la Fondation Henri Cartier-Bresson
- 00:55:59 : « Buried Treasure », photographie, dessin et archives familiales
FAQ
Qui est Ed Alcock ?
Ed Alcock est un photographe franco-britannique né à Norwich, installé à Paris depuis 2000 et membre de l’agence MYOP depuis 2011. Ancien correspondant du Guardian et du New York Times, il travaille pour la presse française et internationale. Il a reçu le prix Niépce Gens d’images en 2025. Ses projets personnels portent sur la famille, la transmission et l’identité.
De quoi parle le livre « Hobbledehoy » d’Ed Alcock ?
« Hobbledehoy », paru en 2013, rassemble des photographies de la relation entre la femme d’Ed Alcock et leur fils, suivie à partir de ses six ans. Le photographe explique avoir voulu enregistrer le passage de l’enfance vers l’âge adulte. Le livre est accompagné d’un texte d’Emmanuel Carrère, écrit sans discussion préalable et publié sans aucune modification.
Quel est le point de départ de la série « Love Lane » ?
« Love Lane » part d’un secret de famille : la liaison de son père, dont est né un demi-frère qu’Ed Alcock n’a jamais rencontré, secret que son grand-père n’a jamais connu. Après l’enterrement de ce grand-père, il retourne dans la ville d’origine de sa famille et y photographie des inconnus, presque tous des hommes âgés.
Combien de temps a-t-on pour photographier un responsable politique ?
Selon Ed Alcock, un portrait de responsable politique se fait le plus souvent entre trente secondes et deux minutes. Son protocole consiste à arriver en avance, installer ses lumières et avoir une idée en tête, tout en restant prêt à improviser lorsque la personne photographiée refuse les propositions.
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