
Christoph Wiesner dirige les Rencontres de la photographie d'Arles, festival fondé en 1970 qui investit chaque été toute la ville. Au micro de Marine Lefort, à la fin de la semaine d'ouverture de l'édition 2026, il explique comment le festival reste indépendant grâce à ses visiteurs. Il raconte aussi comment se choisissent les lieux d'exposition, combien de personnes font tourner l'événement, et pourquoi une programmation se construit souvent sur plusieurs années.
Un festival financé d’abord par ses visiteurs
Dans Les Voix de la Photo, Marine Lefort s’entretient avec Christoph Wiesner, directeur des Rencontres de la photographie d’Arles, festival fondé en 1970, notamment par l’écrivain Michel Tournier. Pour lui, l’ADN des Rencontres tient à la diversité et à la qualité des expositions, et à leur indépendance financière : le festival dispose d’environ 70 % de fonds propres, les visiteurs en assurent un peu plus de la moitié par la billetterie, et partenaires et mécènes un peu moins de 20 %. Il compare ce modèle à celui de Kyotographie, au Japon, où chaque exposition est souvent soutenue par une marque. Le contexte économique pèse sur les coûts de production et de transport, et la recherche de financements est constante. Les lieux, prêtés par la ville, l’agglomération, la région, le département ou des propriétaires privés, sont choisis exposition par exposition avec une scénographe qui travaille à l’année : cloître Saint-Trophime, églises Saint-Blaise et Sainte-Anne, cryptoportiques de l’ancien forum romain, ou la Mécanique générale qui appartient à Luma Arles. Le festival emploie 20 personnes à l’année et environ 400 sur une édition, dont 164 agents pour surveiller les expositions, avec un programme de réinsertion mené avec France Travail.
« Le festivalier vient découvrir les expositions mais il redécouvre également la ville », résume-t-il.
Une programmation qui se construit dans le temps
À l’heure des réseaux sociaux, Christoph Wiesner défend le rôle de visibilité du festival (175 000 visiteurs l’an dernier, contre environ 85 000 en 2014 et 145 000 en 2019) et surtout sa fonction de lieu de rencontre entre photographes, artistes et commissaires pendant la semaine d’ouverture. Il souligne la place croissante du commissariat d’exposition, à travers le prix Découverte où un commissaire choisit sept projets parmi 350 à 400 candidatures. Une programmation naît du temps long : coproductions avec d’autres institutions, comme l’exposition sur les animaux réalisée avec Photo Élysée, échanges avec les éditeurs, et projets mûris pendant des années, comme l’exposition sur le Ghana issue d’une bourse de recherche curatoriale attribuée en 2020, retardée par le Covid. Il dit vouloir ouvrir de nouvelles lectures de l’histoire, autour du bassin méditerranéen ou de l’Afrique, et faire redécouvrir des photographes femmes restées peu visibles, comme une photographe de 93 ans installée à New York depuis la fin des années 1960, avec qui l’équipe a discuté trois ans avant de monter l’exposition. Il insiste sur le travail collectif de l’équipe et sur les nombreuses portes d’entrée des projets.
Il invite à venir en septembre, quand presque toutes les expositions restent ouvertes et que le festival lance le Septembre des Rencontres pendant les Journées du patrimoine.
Pour aller plus loin
- Site des Rencontres de la photographie d’Arles
- Instagram des Rencontres d’Arles
- Instagram de Christoph Wiesner
- Le site du podcast Les Voix de la Photo
- Le site de Marine Lefort
Les références de l’épisode
- Rencontres de la photographie d’Arles : festival fondé en 1970, dirigé par Christoph Wiesner.
- Michel Tournier : écrivain, l’un des fondateurs des Rencontres.
- Kyotographie : festival de Kyoto inspiré du modèle d’Arles.
- Luma Arles : propriétaire de la Mécanique générale, l’un des lieux d’exposition.
- France Travail : partenaire d’un programme de réinsertion pour l’accueil des publics.
- Prix Découverte : programme qui réunit sept jeunes projets portés par un commissaire.
- Photo Élysée : musée coproducteur de l’exposition sur les animaux.
- William Klein : photographe exposé lors de l’édition 2026.
- Septembre des Rencontres : nouveau temps fort organisé pendant les Journées du patrimoine.
Au fil de l’épisode
- 00:01:03 : présentation de Christoph Wiesner et des Rencontres
- 00:01:30 : préserver la diversité et l’indépendance
- 00:02:38 : 70 % de fonds propres, financés par les visiteurs
- 00:03:58 : contexte économique et recherche de mécènes
- 00:05:32 : des lieux prêtés par la ville et d’autres propriétaires
- 00:07:37 : trouver le lieu adapté à chaque exposition
- 00:09:16 : une équipe de 20 personnes à l’année, 400 sur une édition
- 00:11:30 : réinsertion avec France Travail et accès des Arlésiens
- 00:13:27 : à quoi sert un festival à l’heure des réseaux sociaux
- 00:15:06 : le prix Découverte et le rôle des commissaires
- 00:17:15 : comment naît une programmation
- 00:18:21 : coproduire pour partager les coûts et diffuser
- 00:20:07 : les échanges avec les éditeurs
- 00:20:46 : l’exposition sur le Ghana, un projet de six ans
- 00:22:31 : relire l’histoire autrement
- 00:24:15 : faire redécouvrir des photographes femmes
- 00:29:01 : le travail collectif de l’équipe
- 00:32:24 : pourquoi venir en septembre
FAQ
Qui est Christoph Wiesner ?
Christoph Wiesner est le directeur des Rencontres de la photographie d’Arles, festival fondé en 1970. Dans cet entretien enregistré à la fin de la semaine d’ouverture de l’édition 2026, il détaille le modèle économique du festival, l’organisation de ses équipes et la manière dont il construit la programmation avec ses collaborateurs.
Comment les Rencontres d’Arles sont-elles financées ?
Selon Christoph Wiesner, le festival dispose d’environ 70 % de fonds propres. Les visiteurs, par l’achat de leur billet, assurent un peu plus de la moitié du financement, et les partenaires et mécènes un peu moins de 20 %. Cette indépendance laisse une certaine souplesse, même si la recherche de financements reste permanente.
Combien de personnes travaillent pour les Rencontres d’Arles ?
L’équipe permanente compte 20 personnes, un tiers basé à Paris et deux tiers à Arles. Sur une édition complète, environ 400 personnes interviennent, dont 164 agents chargés de surveiller les expositions au moment de l’entretien. Une partie de l’accueil des publics passe par un programme de réinsertion de six mois mené avec France Travail.
Comment se construit la programmation des Rencontres d’Arles ?
Elle se construit sur plusieurs années, explique Christoph Wiesner : appels à candidatures, bourse de recherche curatoriale, échanges avec des éditeurs et d’autres institutions, coproductions comme celle menée avec Photo Élysée. Certains projets mettent des années à aboutir, comme l’exposition sur le Ghana, choisie en 2020 et présentée en 2026.
Pourquoi visiter les Rencontres d’Arles en septembre ?
Christoph Wiesner y voit plusieurs raisons : un climat plus doux, des expositions presque toutes encore ouvertes, et un nouveau temps fort, le Septembre des Rencontres, organisé pendant les Journées du patrimoine avec des visites et un concert. Le festival accueille aussi chaque année 12 000 scolaires lors de la rentrée en images.
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