Portrait de la photographe Sandrine Mulas, invitée du podcast Le Guide du Photographe de Mariage

Créer un projet en recréant du lien entre les gens – Sandrine Mulas

De la photo corporate à la presse

Sandrine Mulas raconte comment elle a vécu l’arrivée du confinement à Paris. Photographe corporate, elle voit son activité s’arrêter net. Déjà membre d’une agence de presse, Ansuka, elle décide de se lancer dans la photo de presse pour documenter ce moment historique et, surtout, pour rester active psychologiquement. Elle commence par photographier les rues vides de la capitale, comme des centaines d’autres photographes. Un exercice qu’elle trouve vite déprimant et peu rémunérateur, une photo pour le web se vendant autour de 20 euros.

Pour elle, l’enjeu n’est pas financier mais intellectuel : se sentir utile dans une profession jugée « non essentielle », alors que son conjoint pharmacien est en première ligne. « C’était vraiment pour l’esprit, pour l’intellect », confie-t-elle.

Un rendez-vous à 11 heures

Lassée de documenter le vide et l’angoisse, Sandrine Mulas décide de changer d’approche. Elle part à la recherche d’histoires positives dans son propre quartier d’Issy-les-Moulineaux. L’idée de départ est de photographier les gens à leurs balcons. Après quelques tentatives infructueuses, elle engage la conversation avec un homme, puis une voisine, puis une autre. Le contact est établi, le bien-être est partagé. De cette rencontre spontanée naît une idée : se donner rendez-vous tous les jours au même endroit, à 11 heures.

Le projet « Issy 11h » est né. Chaque jour, elle se poste au pied de l’immeuble et une nouvelle fenêtre s’ouvre, révélant une nouvelle personne, une nouvelle histoire. Le projet a même son propre site web, où elle publie quotidiennement les photos et les récits de ces rencontres.

L’appareil photo comme prétexte

Ce rendez-vous quotidien devient rapidement un rituel pour les habitants, qui font connaissance entre eux, parfois pour la première fois. Sandrine Mulas devient une créatrice de lien social, facilitant des échanges et même des services, comme trouver une infirmière pour une voisine. Elle raconte avec émotion l’histoire d’Odette, une centenaire qui n’était pas sortie sur son balcon depuis deux ans et qui le fait pour la première fois grâce au projet. Pour elle, cette expérience confirme sa vision de la photographie : l’appareil n’est qu’un prétexte pour aller vers les autres.

« L’appareil photo, pour moi, n’est qu’un prétexte. C’est un outil pour parler à l’autre », explique-t-elle. C’est pourquoi elle travaille au plus près des gens, au grand-angle, pour être au cœur de l’action et non une simple observatrice lointaine.

Sandrine Mulas nous recommande…

  • « Écriture : Mémoires d’un métier » — Stephen King, un livre sur le processus créatif et la discipline nécessaire pour mener à bien ses projets.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • L’agence de presse Ansuka
  • Les photographes Viviane Maillard et Soletta
  • L’écrivain Stephen King et son livre « Écriture »
  • Le projet photographique « Issy 11h »
  • Flickr, plateforme de partage de photos
  • Le journal Libération

Au fil de l’épisode

  • Les débuts de Sandrine Mulas en photographie et sa rencontre avec Sébastien Roignant sur Flickr.
  • Son expérience du début du confinement à Paris, le 17 mars à midi.
  • Ses premières photos de presse à la Place de la Concorde pour l’agence Ansuka.
  • La difficulté de se démarquer quand des centaines de photographes documentent les mêmes rues vides.
  • La réalité économique de la photo de presse : entre 20 et 50 euros pour une publication.
  • Le besoin de se sentir utile dans un métier jugé « non essentiel » pendant la crise.
  • Le choc psychologique de photographier des scènes tristes et anxiogènes.
  • L’idée de chercher des histoires positives en photographiant les gens à leurs fenêtres.
  • La rencontre qui a tout changé : un habitant lui répond et une conversation s’engage avec plusieurs voisins.
  • La naissance du projet « Issy 11h », un rendez-vous quotidien au pied de son immeuble.
  • Le projet devient un véritable lien social : les voisins se parlent, s’entraident et font connaissance.
  • L’anecdote d’Odette, une centenaire qui sort sur son balcon pour la première fois en deux ans.
  • Sa philosophie : l’appareil photo est un prétexte pour aller à la rencontre des gens.
  • Son approche technique : travailler au grand-angle, au cœur de l’action, pour mieux raconter les histoires.
  • Ses références photographiques, notamment les photographes humanistes comme Viviane Maillard et Soletta.
  • L’organisation de ses journées : le rendez-vous de 11h, le travail d’édition, de rédaction et de publication avant 19h.
  • L’importance de se créer un rythme et des rituels pour traverser le confinement.
  • La discipline créative, inspirée par le livre « Écriture » de Stephen King.
  • L’importance d’accepter les jours « sans » et de ne pas culpabiliser.
  • Comment la contrainte du confinement peut devenir un moteur de créativité.
  • La réflexion d’une voisine de 76 ans sur la guerre : « La guerre, c’est être privée de liberté ».

FAQ

Qui est Sandrine Mulas ?

Sandrine Mulas est une photographe française. Ancienne photographe de mariage, elle se consacre aujourd’hui à la photographie corporate et, depuis le confinement de 2020, à la photographie de presse. Elle est connue pour son approche sociale et humaine, utilisant son appareil photo comme un outil pour créer du lien et raconter des histoires positives.

Qu’est-ce que le projet « Issy 11h » ?

« Issy 11h » est un projet photographique et social initié par Sandrine Mulas durant le confinement du printemps 2020. Chaque jour à 11 heures, elle donnait rendez-vous aux habitants de son immeuble à Issy-les-Moulineaux pour les photographier à leurs fenêtres et balcons. Le projet visait à rompre l’isolement et à recréer du lien entre des voisins qui ne se connaissaient pas.

Pourquoi Sandrine Mulas a-t-elle commencé la photographie de presse ?

Avec l’arrêt de son activité corporate dû au confinement, Sandrine Mulas s’est tournée vers la photographie de presse pour rester active et documenter cette période historique. Plus qu’une motivation financière, c’était pour elle une manière de se sentir utile et de survivre intellectuellement à l’isolement, en continuant à exercer son métier dans un cadre autorisé.

Quelle est la philosophie photographique de Sandrine Mulas ?

Pour Sandrine Mulas, l’appareil photo est avant tout un prétexte pour entrer en contact avec les gens. Elle privilégie une approche immersive, travaillant au plus près de ses sujets avec des objectifs grand-angle. Son but n’est pas d’observer de loin, mais d’être au cœur de l’action pour comprendre et témoigner des émotions et des histoires humaines.

Comment le confinement a-t-il influencé sa créativité ?

Le confinement a agi comme un catalyseur créatif pour Sandrine Mulas. La contrainte de ne pas pouvoir se déplacer librement l’a poussée à trouver un sujet puissant et positif à sa porte. Cette expérience a renforcé sa conviction que la créativité naît souvent de la contrainte, en obligeant à regarder son environnement quotidien différemment et à inventer de nouvelles manières de raconter des histoires.


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