Un nom pour une nouvelle vie
Julien Laurent Georges explique d’emblée pourquoi il a choisi ses trois prénoms comme nom de photographe. Ancien professeur des écoles, il souhaitait avant tout créer une séparation nette entre ses deux carrières, notamment pour que ses élèves et leurs parents ne tombent pas sur ses photos de mode, parfois dénudées. Ce choix était donc une obligation professionnelle pour préserver son devoir de réserve. Il confie que cette décision répondait aussi à un besoin plus intime et inconscient : celui de ne plus porter le nom de son père, avec qui il n’entretient pas de lien. « Je suis bien content que ce n’est pas le nom de mon père qui ait mis en valeur dans tout ça », admet-il.
Ce nom de scène, JLG pour les intimes, est devenu sa marque de fabrique, même s’il s’amuse des confusions qu’il peut engendrer.
Le meilleur ami des mariés
Au cœur de sa démarche, Julien Laurent Georges place une relation extrêmement proche avec ses clients, qu’il considère comme ses « meilleurs amis ». Loin d’être un simple argument marketing, cette philosophie est le fruit de sa pratique sur le terrain. Il insiste sur l’importance de connaître l’histoire des familles, leurs secrets et leurs dynamiques, en amont du mariage, grâce à de longs entretiens. Cette proximité lui permet, le jour J, de s’intégrer naturellement, d’anticiper les moments et de créer un lien de confiance unique. « Je connais mes mariés par cœur, je suis vraiment leur meilleur ami », affirme-t-il. Il prévient cependant que cette approche a ses contreparties : être très impliqué dans la discussion peut parfois déconcentrer et mener à des erreurs techniques.
Il conseille aux photographes de choisir une approche qui correspond à leur personnalité, qu’elle soit discrète ou, comme la sienne, très interactive.
Un style photographique hybride
Julien Laurent Georges se définit par un style hybride, un équilibre qu’il chérit entre le photoreportage et la photographie artistique. Si 90 % de son temps sur un mariage est consacré à capturer des moments sur le vif, il négocie systématiquement avec les mariés des temps dédiés à la création. Ces sessions, d’environ 5 à 10 minutes avec chaque marié durant les préparatifs et 40 minutes pour la séance de couple, sont le terrain de jeu de sa créativité. Il s’inspire de tout : des photos de son propre portfolio que les mariés ont choisies, de magazines de mode, et même du cinéma. Il raconte par exemple comment une scène du film The Master lui a inspiré une photo de portrait avec le marié et ses témoins.
Cette dualité lui permet de satisfaire à la fois le désir d’authenticité des couples et leur envie d’images fortes et esthétiques.
Faire semblant pour devenir le meilleur
Interrogé sur sa communication, qui met en avant ses nombreux prix, Julien Laurent Georges expose une philosophie audacieuse : « faire semblant d’être le meilleur » pour se donner les moyens de le devenir. Il utilise l’image d’un petit poisson rouge affublé d’un aileron de requin pour illustrer sa pensée. Selon lui, adopter cette posture dès le début de sa carrière l’a obligé à viser l’excellence dans tous les domaines : le meilleur matériel, les meilleurs albums, un service client irréprochable. Cette exigence constante est, à ses yeux, la clé pour atteindre une clientèle haut de gamme et réaliser des « mariages d’exception ». Les concours et les titres qu’il remporte sont venus valider cette démarche et l’aider à surmonter le syndrome de l’imposteur, particulièrement présent dans un métier sans diplôme reconnu.
« En faisant semblant d’être le meilleur, je cumule des awards dans les concours », résume-t-il, voyant les prix comme une conséquence de cette quête de qualité.
Le grand débat des concours
L’épisode offre un débat passionnant sur l’utilité des concours photo. Pour Julien, y participer est un moteur de progression essentiel. Analyser les galeries des lauréats lui a permis d’affûter son œil, d’améliorer son tri photo — un processus crucial quand on livre entre 800 et 1000 images par mariage — et de dénicher les « diamants » parmi des milliers de clichés. C’est aussi un moyen de se confronter aux meilleurs et de nouer des liens avec d’autres photographes. Sébastien Roignant, l’hôte, exprime une vision plus nuancée, craignant une uniformisation des styles et l’effet démoralisant que la compétition peut avoir. Il voit les récompenses davantage comme une « sélection » subjective que comme une preuve de supériorité.
Les deux photographes s’accordent sur le fait que chaque approche est personnelle et qu’il n’existe pas une seule bonne façon de faire.
Un athlète de la photographie
Fort de son succès, Julien Laurent Georges lance sa propre compétition, The Exceptional Photographers, conçue pour récompenser les photographes maîtrisant à la fois le reportage et l’artistique. Au-delà de la compétition, il aborde un aspect plus personnel de son métier : la préparation physique. Il considère la photographie de mariage comme un sport de haut niveau et s’impose une discipline stricte avec un coach sportif et alimentaire. Cette hygiène de vie lui a permis de perdre 15 kilos et d’enchaîner des prestations exigeantes, comme cinq mariages en cinq jours à Paris. Pour lui, offrir le meilleur à ses clients passe aussi par une condition physique optimale le jour J.
« Je leur dois une prestation qui est haut de gamme », conclut-il, liant directement sa forme physique à la qualité de son travail.
Julien Laurent Georges nous recommande…
- Un livre de Peter Lindbergh — Celui qui accompagne sa dernière grande exposition aux Pays-Bas, une référence pour son traitement du noir et blanc et sa gestion de la lumière.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Sébastien Roignant, Julien Romand, Alison Bounce, Michael Ferrier, Fabien Oligard, Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Léa Torrieri, Stéphane Leludec, Thibaut Bissuel, Victor Lax, Isabella Tink, Eric Hamann, Touman, Franck Boutonnet, Peter Lindbergh.
- Organisations et concours : WPJA (Wedding Photojournalist Association), Fearless Photographers, MyWed, Inspiration Photographers, The Exceptional Photographers, Empara.
- Marques et outils : Google, GraphiStudio, Dream Books, Matisseo, Photo Mechanic, Spider Holster.
- Œuvres : le film « The Master » de Paul Thomas Anderson.
- Lieux : Paris, Ibiza, Lille.
Au fil de l’épisode
- La raison pour laquelle Julien Laurent Georges utilise ses trois prénoms comme nom professionnel.
- Son ancienne carrière de professeur des écoles et le besoin de créer un pseudonyme.
- Pourquoi il refuse de dire depuis combien de temps il est photographe professionnel.
- Sa philosophie du « meilleur ami » : créer une connexion profonde avec les mariés.
- Les risques et les avantages d’être très proche de ses clients le jour J.
- Son style photographique « hybride » : un équilibre entre 90 % de photoreportage et 10 % de photos artistiques posées.
- Comment il négocie en amont le temps nécessaire pour ses créations artistiques.
- Sa méthode pour impliquer les mariés dans le processus créatif, en s’inspirant de son portfolio.
- L’influence du cinéma sur son travail, avec l’exemple d’une scène du film « The Master ».
- Sa stratégie de communication : « faire semblant d’être le meilleur pour le devenir ».
- L’analogie du poisson rouge avec un aileron de requin pour illustrer son marketing.
- Comment cette posture l’a poussé à investir dans un service de très haute qualité.
- Le rôle des concours pour combattre le syndrome de l’imposteur.
- Le débat sur les concours : moteur de progression pour Julien, risque d’uniformisation pour Sébastien.
- Les bénéfices concrets des concours : affûter son œil, améliorer son tri et trouver ses meilleures images.
- Sa faible performance au concours Fearless et la nouvelle règle sur le traitement des ombres.
- Le ratio infime de photos primées (0,001 %) par rapport au volume total de clichés réalisés.
- Le lancement de son propre concours international : « The Exceptional Photographers ».
- La mission de ce nouveau concours : valoriser les photographes au style hybride.
- L’importance de la préparation physique pour un photographe de mariage.
- Comment il aborde une journée de mariage comme un sportif de haut niveau.
- Son expérience de couvrir cinq mariages en cinq jours.
- L’impact de l’âge sur la récupération et la nécessité d’une bonne hygiène de vie.
- Ses recommandations matérielles : un livre de Peter Lindbergh et un système de portage d’appareils à la ceinture.
- La prestation de film de mariage en réalité virtuelle qu’il propose en sous-traitance.
FAQ
Qui est Julien Laurent Georges ?
Julien Laurent Georges est un photographe de mariage français reconnu internationalement. Ancien professeur des écoles, il s’est distingué par son approche relationnelle unique, devenant le « meilleur ami » de ses mariés. Son travail, qui mêle photoreportage et créations artistiques, lui a valu d’être classé n°1 mondial au cumul des catégories de la WPJA (Wedding Photojournalist Association) en 2019. Il est également le fondateur du concours The Exceptional Photographers.
Pourquoi Julien Laurent Georges a-t-il changé de nom ?
Il a adopté ses trois prénoms comme nom d’artiste pour deux raisons principales. D’une part, en tant que professeur des écoles, il avait un devoir de réserve et souhaitait créer une séparation claire avec son activité de photographe, qui incluait des photos de mode. D’autre part, ce changement répondait à un désir personnel de ne plus porter le nom de son père, avec qui il n’a pas de lien particulier.
Qu’est-ce que le style « hybride » en photographie de mariage ?
Le style hybride, tel que le pratique Julien Laurent Georges, est un mélange de deux approches. Il consacre environ 90 % de son temps à du photoreportage, capturant les moments de manière spontanée et discrète. Les 10 % restants sont dédiés à des séances plus créatives et artistiques, où il dirige les mariés pour réaliser des images fortes et composées, souvent planifiées en amont et inspirées de diverses sources comme le cinéma ou la mode.
Quelle est la vision de Julien Laurent Georges sur les concours photo ?
Il considère les concours comme un outil de progression majeur. Pour lui, participer et analyser les photos primées permet d’affûter son regard, d’améliorer son tri et de se motiver à trouver ses propres images exceptionnelles. Il voit également les titres et les prix comme une validation externe qui aide à combattre le syndrome de l’imposteur. C’est une démarche qui, selon lui, le pousse à l’excellence et bénéficie au final à ses clients.
Qu’est-ce que le concours « The Exceptional Photographers » ?
The Exceptional Photographers est une nouvelle association de concours photo internationaux fondée par Julien Laurent Georges. Son objectif est de mettre en valeur et de récompenser les photographes de mariage qui excellent dans les deux styles, le photoreportage et la photographie artistique. Le classement final est conçu pour sacrer le photographe le plus complet, capable de briller dans ces deux disciplines complémentaires.

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