
Anna L'Hospital est une artiste plasticienne qui travaille sur les traces : elle prend au ruban adhésif l'empreinte d'arbres, de fenêtres ou de portes, et retravaille au feutre des photographies de ses proches. Dans Focale, elle raconte d'où vient ce rapport au temps, des planches contacts du grenier familial au Saint-Suaire de Turin, et comment ses résidences, du château de Jossigny à la fondation Montresso au Maroc, nourrissent son travail.
Prélever les traces d’un lieu
Anna L’Hospital, artiste plasticienne formée à la Haute École des Arts du Rhin à Strasbourg, explique dans Focale comment la photographie nourrit un travail tout entier tourné vers l’empreinte et la mémoire des lieux. Pour elle, le mot focale désigne d’abord un cadrage : l’attention portée à un détail ou au fragment d’un paysage, pour « révéler ce qui se cache dans les strates du réel ». Elle décrit ses deux techniques. Le frottage : elle entoure un arbre ou une fenêtre de ruban adhésif de peintre, frotte la surface au pastel et n’en garde qu’une empreinte, « un peu comme son négatif ». Les résurgences : des bandes adhésives colorées posées sur une photographie imprimée, qu’elle retravaille au feutre pour faire réapparaître des motifs, comme dans ses séries de portraits de proches, les dormeurs et les regardeurs. Elle raconte l’origine de ce rapport au temps : des parents amateurs d’argentique qui photographiaient sans cesse leurs filles, et un grenier rempli de planches contacts déchiffrées à la lumière. Ses références viennent de là : Fenêtre sur cour d’Hitchcock, l’exposition d’Helena Almeida au Jeu de Paume en 2016, qui lui a montré que la photographie pouvait se mêler à la peinture et à la performance, le Saint-Suaire de Turin accroché dans la chambre de son grand-père, et le travail de Giuseppe Penone. Au quotidien, elle photographie ses proches au téléphone pour rester discrète et saisir « des moments d’absence dans des moments de présence », et réserve l’appareil numérique au paysage et à l’architecture.
Elle relie aussi son travail à la forêt, présente des deux côtés de sa famille : un grand-père qui a planté sa propre forêt, l’autre qui a hérité de la forêt familiale.
Du château de Jossigny au Maroc
Anna L’Hospital travaille sur site, dans les lieux où elle est invitée. Au château de Jossigny, pour les Journées européennes du patrimoine et avec le Centre des monuments nationaux, elle a pris l’empreinte d’un puits oublié dans la cour des communs, autour duquel les visiteurs garaient leurs voitures, pour l’accrocher dans la chapelle du château. Après le confinement, elle a fait l’empreinte du chêne de son grand-père, puis, invitée dans le Var, celle d’une vingtaine d’arbres touchés par un incendie de forêt, une installation qu’elle suspend depuis dans différents lieux. En résidence fin 2024 à l’espace Jean de Joigny, en Bourgogne, elle était venue pour les forêts et les vignes et s’est finalement passionnée pour la ville, ses fenêtres condamnées et ses archives. À la fondation Montresso, au Maroc, elle a pris l’empreinte de portes traditionnelles à double ouverture et les a associées aux portraits des habitants qui se baissent pour franchir la petite porte. Elle évoque aussi ses séries photographiques en attente de forme : les fontaines de quartier qui disparaissent au Maroc, et le paysage englouti d’un barrage près de sa maison natale, en bord de Loire.
Elle accompagne aujourd’hui d’autres artistes dans l’écriture et la vidéo de leur démarche, et garde l’idée d’un podcast, « Un lieu, une empreinte ».
Les références de l’épisode
- Haute École des Arts du Rhin : l’école de Strasbourg où Anna L’Hospital a obtenu son DNAP et son diplôme national supérieur d’expression plastique.
- Fenêtre sur cour : le film d’Alfred Hitchcock qui a marqué sa manière de percevoir l’espace à travers un objectif.
- Helena Almeida : artiste dont l’exposition au Jeu de Paume en 2016 mêlait photographie, peinture et performance.
- Saint-Suaire de Turin : la première empreinte qu’elle dit avoir vue, une photographie présente dans la chambre de son grand-père.
- Giuseppe Penone : artiste dont elle garde un livre publié par Actes Sud comme livre de chevet, pour la série Alpi Marittime et son bras de bronze serrant un arbre.
- Château de Jossigny : lieu d’une de ses premières expositions importantes, avec le Centre des monuments nationaux.
- Espace Jean de Joigny : lieu de sa résidence fin 2024 en Bourgogne.
- Fondation Montresso, Jardin Rouge : la fondation marocaine où elle a fait sa première résidence en 2025.
- Un lieu, une empreinte : le podcast qu’elle envisage de créer.
Au fil de l’épisode
- 00:00:13 : présentation du parcours d’Anna L’Hospital
- 00:02:25 : ce que le mot focale signifie pour elle
- 00:03:58 : le frottage et les résurgences, deux techniques d’empreinte
- 00:06:29 : souvenirs d’enfance, des parents passionnés d’argentique
- 00:08:02 : le grenier et la fascination pour les planches contacts
- 00:09:23 : Hitchcock et Fenêtre sur cour
- 00:10:24 : l’exposition d’Helena Almeida au Jeu de Paume
- 00:12:04 : photographier ses proches et la naissance des séries les dormeurs et les regardeurs
- 00:14:29 : le téléphone pour la discrétion, l’appareil numérique pour le paysage
- 00:16:32 : la forêt familiale et le rapport à la ville
- 00:18:49 : la résidence à Joigny et le coup de cœur pour la ville
- 00:19:48 : le Saint-Suaire de Turin, une première empreinte
- 00:21:58 : un livre de chevet consacré à Giuseppe Penone
- 00:23:45 : le travail sur site, du puits du château de Jossigny au feu de forêt dans le Var
- 00:27:12 : la résidence au Maroc et les portes traditionnelles
- 00:29:12 : une vie nomade entre résidences et ateliers
- 00:29:48 : le projet de podcast et l’accompagnement d’artistes
- 00:33:07 : les séries en attente, fontaines marocaines et paysage englouti
- 00:36:49 : où suivre son travail
- 00:37:49 : une artiste marocaine qui crée des images sans appareil photo
FAQ
Qui est Anna L’Hospital ?
Anna L’Hospital est une artiste plasticienne formée à la Haute École des Arts du Rhin à Strasbourg, dont le travail porte sur les traces, la mémoire et le temps. Elle prend l’empreinte d’arbres, de fenêtres ou d’objets au ruban adhésif et retravaille des photographies, souvent sur les lieux où elle est invitée en résidence ou en exposition.
Qu’est-ce que la technique des résurgences d’Anna L’Hospital ?
Elle pose des bandes de ruban adhésif coloré sur une photographie imprimée, qui servent de filtre, puis fait réapparaître au feutre certains motifs, détails et textures. Ses séries de portraits de proches, les dormeurs et les regardeurs, sont nées ainsi : une manière, dit-elle, de rejouer l’acte photographique et de montrer ce qu’elle voit dans l’image.
Comment Anna L’Hospital fait-elle l’empreinte d’un arbre ?
Elle entoure le tronc de ruban adhésif de peintre, puis frotte la surface au pastel contre l’écorce. Il n’en reste qu’une empreinte, qu’elle compare à une pellicule photographique ou à un négatif. Elle a ainsi fait l’empreinte du chêne de son grand-père et d’une vingtaine d’arbres touchés par un incendie dans le Var.
Pourquoi Anna L’Hospital photographie-t-elle ses proches au téléphone ?
Elle veut rester discrète et ne pas interrompre la scène : avec un appareil photo et son déclic, explique-t-elle, tout le monde se retourne et pose. Le téléphone s’efface et lui permet de capter des moments d’absence dans des moments de présence. L’appareil numérique sert au paysage et à l’architecture.
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