
Nadège Abadie, photographe, vidéaste et autrice formée à Louis-Lumière, est l'invitée du deuxième hors-série de Focale consacré aux invités de la Maison de l'Architecture des Pays-de-la-Loire. Elle raconte six mois passés au Lude, dans la Sarthe, pour filmer le paysage avec ses habitants, jusqu'à la projection dans une laiterie fermée depuis dix ans, puis son parcours entre photographie de presse, livres et cinéma documentaire.
Six mois au Lude, de la laiterie au Loir
Dans ce deuxième hors-série de Focale réalisé avec la Maison de l’Architecture des Pays-de-la-Loire, l’animateur Simon reçoit Nadège Abadie, photographe, vidéaste et autrice, première photographe invitée du podcast. Elle raconte sa résidence de paysage au Lude, dans la Sarthe, menée en 2023 avec une paysagiste et artiste plasticienne qui l’avait contactée en mars de cette année-là : l’appel à projets commun de la ville et de la Maison de l’Architecture réclamait une résidence « à quatre mains », une paysagiste et une cinéaste. Installées dans la Maison des projets, un ancien salon de coiffure vitré sur la place de l’église, les deux femmes ont habité la commune de mai à octobre 2023, bien au-delà des six semaines prévues. Elles devaient rendre un court-métrage d’une trentaine de minutes, une fresque géante réalisée avec les habitants et des ateliers pour environ 120 élèves de trois écoles. Pour se faire connaître, elles ont tenu des permanences au marché et rencontré producteurs de fromage, bénévoles de la Croix-Rouge, enseignants, associations, agents des espaces verts et clients du kebab d’en face, où elles mangeaient tous les jours. Nadège Abadie, qui ne photographie et ne filme que des personnes, a dû se demander ce qu’est un paysage : les champs et les bocages, mais aussi les cicatrices des industries textiles, laitières et des tanneries, le bitume et les fleurs qui poussent entre les parpaings. Le film s’est construit sur trois axes : le lait, avec la laiterie centenaire fermée depuis dix ans et devenue friche ; le Loir, qui traverse la commune ; et le Lude de demain, raconté par deux enfants.
Elle revendique une démarche inspirée de Georges Perec et de son « infra-ordinaire » : redonner à voir ce que les habitants ne regardent plus. Le 14 octobre, plus de 450 personnes, pour une commune de 4 000 habitants, sont entrées dans l’ancienne laiterie rouverte pour la projection et la levée de la fresque.
Entre photographie de presse et cinéma
Née à Paris en 1988, passée par les classes préparatoires littéraires, une licence de philosophie à Panthéon-Sorbonne et des cours d’histoire de la photographie à l’École du Louvre, Nadège Abadie est diplômée de la section photographie de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, où elle intervient depuis une dizaine d’années. Son film de fin d’études, « 32 boulevard de Magenta », portrait d’une coiffeuse du 10e arrondissement de Paris mêlant photographie et vidéo, a été sélectionné et primé dans une cinquantaine de festivals. Représentée par l’agence Signatures, elle travaille pour la presse française et internationale, en portrait et en reportage. Elle aime ces rencontres mais vit le temps court de la commande et la solitude du métier comme une frustration, tout comme le silence de l’image : « la photographie, pour moi, est muette ». Le documentaire lui a apporté un temps plus long et le travail d’équipe. Elle a publié « Tout ce que je leur dois » chez Flammarion en mai 2022, « Silence d’exil » avec l’autrice Marina Skalova aux éditions d’en bas en 2020, et a participé à la mission photographique « La France vue d’ici » de Mediapart et ImageSingulières. Parmi ses inspirations, elle cite Weegee, exposé à la Fondation Henri Cartier-Bresson, Agnès Varda et « La Pointe courte », le portraitiste Denis Dailleux, qui a vécu trente ans en Égypte, et Jean-Pierre Melville.
Ses projets en cours : un court-métrage documentaire sur un Kurde d’Irak bloqué à Genève qui attend depuis dix ans de faire venir sa famille, une fiction inspirée de « Lettre à D. » d’André Gorz, et l’adaptation en fiction de son livre, écrite en résidence au Moulin d’Andé.
Les références de l’épisode
- Maison de l’Architecture des Pays-de-la-Loire : structure nantaise partenaire de la résidence et du hors-série.
- « 32 boulevard de Magenta » : court-métrage documentaire de fin d’études de Nadège Abadie.
- « Tout ce que je leur dois » : livre de Nadège Abadie paru chez Flammarion en 2022.
- « Silence d’exil » : livre de Marina Skalova avec des photographies de Nadège Abadie, éditions d’en bas, 2020.
- « La France vue d’ici » : mission photographique et ouvrage collectif de Mediapart et ImageSingulières.
- Agence Signatures : agence qui représente Nadège Abadie.
- Georges Perec : écrivain dont la notion d’« infra-ordinaire » guide sa démarche.
- Weegee : photographe new-yorkais des faits divers, exposé à la Fondation Henri Cartier-Bresson.
- Agnès Varda : photographe et cinéaste, autrice de « La Pointe courte ».
- Denis Dailleux : portraitiste qui a travaillé trente ans en Égypte.
- Jean-Pierre Melville : cinéaste cité parmi ses inspirations.
- « Lettre à D. » : texte d’André Gorz à l’origine d’un projet de court-métrage de fiction.
- Moulin d’Andé : résidence d’écriture pour jeunes cinéastes francophones.
Au fil de l’épisode
- 00:00:09 : présentation du hors-série avec la Maison de l’Architecture des Pays-de-la-Loire
- 00:01:21 : le parcours de Nadège Abadie, de la philosophie à Louis-Lumière
- 00:03:20 : la genèse de la résidence de paysage au Lude
- 00:05:30 : s’installer dans la Maison des projets et habiter la commune
- 00:06:42 : ateliers avec les écoles et fresque collective
- 00:07:49 : aller à la rencontre des Ludois et des Ludoises
- 00:10:36 : se demander ce qu’est un paysage quand on ne photographie que des personnes
- 00:12:16 : les trois axes du film : le lait, le Loir et le Lude de demain
- 00:15:52 : une démarche inspirée de Georges Perec et de l’infra-ordinaire
- 00:18:18 : la restitution dans l’ancienne laiterie devant plus de 450 personnes
- 00:21:36 : photographe de formation, réalisatrice par envie
- 00:22:40 : la photographie de presse, ses rencontres et ses frustrations
- 00:25:29 : livres et mission « La France vue d’ici »
- 00:26:35 : le travail photographique au cinéma
- 00:27:39 : inspirations : Weegee, Agnès Varda, Denis Dailleux, Jean-Pierre Melville
- 00:32:33 : une enfance éveillée au cinéma et le goût des autres
- 00:35:17 : faire se rencontrer dans un film des gens qui ne se seraient jamais croisés
- 00:37:21 : une citadine face à la ville, au paysage et à la ruralité
- 00:41:58 : projets en cours, entre documentaire et fiction
FAQ
Qui est Nadège Abadie ?
Nadège Abadie est une photographe, vidéaste et autrice née à Paris en 1988, diplômée de l’École nationale supérieure Louis-Lumière. Représentée par l’agence Signatures, elle réalise des portraits et des reportages pour la presse, publie des livres et réalise des films documentaires, en préparant aussi des fictions.
Qu’est-ce que la résidence de paysage du Lude ?
C’est une résidence lancée par la ville du Lude, dans la Sarthe, et la Maison de l’Architecture des Pays-de-la-Loire, confiée à une paysagiste et une cinéaste. Nadège Abadie et sa binôme y ont vécu de mai à octobre 2023 pour réaliser un court-métrage, une fresque avec les habitants et des ateliers scolaires.
Pourquoi le film du Lude parle-t-il de la laiterie ?
La laiterie centenaire, au centre de la commune, a fermé une dizaine d’années plus tôt. Selon Nadège Abadie, elle reste dans le cœur de tous les habitants et constitue une cicatrice encore vive, tout en posant la question de l’avenir de la friche. Le film a d’ailleurs été projeté dans l’ancienne laiterie rouverte pour l’occasion.
Pourquoi Nadège Abadie est-elle passée de la photographie au cinéma ?
Elle explique avoir toujours hésité entre image fixe et image animée. La photographie de presse, faite de commandes rapides et souvent solitaires, l’a frustrée, d’autant qu’elle juge la photographie muette. Le documentaire lui offre un temps plus long, la parole des personnes filmées et le travail en équipe.
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