Du loisir au professionnel : une frontière mince
Carine Schweitzer, photographe et co-fondatrice de la société Drone Sessions en Alsace, partage son parcours qui l’a menée de la photographie à la spécialisation dans la prise de vue aérienne. Attirée par la perspective inédite qu’offre le drone, elle souligne l’effet de surprise et la dimension créative qu’il apporte, permettant de découvrir des paysages sous un angle nouveau. Elle met cependant en garde contre la perception du drone comme un simple jouet. La discussion établit une distinction fondamentale : l’usage loisir est strictement personnel, tandis que toute diffusion d’images, même gratuite sur les réseaux sociaux, fait basculer l’activité dans le cadre professionnel, soumis à une réglementation stricte calquée sur celle de l’aviation civile.
Cette réglementation implique des obligations et des contrôles de plus en plus fréquents, que ce soit sur le terrain par la gendarmerie ou a posteriori, suite à la diffusion de contenus en ligne. « Toutes les actions du drone sont enregistrées directement dedans et sont consultables par les autorités », prévient-elle.
Le parcours pour devenir télépilote
Pour opérer un drone dans un cadre professionnel, un long parcours administratif et formatif est indispensable. Carine Schweitzer détaille les étapes clés : obtenir le certificat d’aptitude théorique de télépilote (CATT) auprès de la DGAC, un examen dense qui couvre de nombreux aspects de l’aéronautique. Si le passage en candidat libre est possible, elle recommande une formation complète qui prépare non seulement à l’examen, mais aussi à la réalité du métier, notamment la gestion des déclarations de vol et des situations d’urgence. Une formation pratique est également obligatoire pour valider les compétences de pilotage dans différents scénarios.
À cela s’ajoutent la déclaration d’activité auprès de la DGAC, la rédaction d’un Manuel d’Activités Particulières (MAP) et la souscription à une assurance en responsabilité civile aviation. Un investissement en temps et en argent conséquent, mais essentiel pour opérer en toute légalité et sécurité.
Le drone sur un mariage : mode d’emploi
Utiliser un drone lors d’un mariage impose des contraintes spécifiques, principalement liées à la sécurité. L’opération se déroule généralement en « scénario S3 », c’est-à-dire en agglomération ou à proximité d’un rassemblement de personnes. La règle est claire : le survol des invités est interdit. Le télépilote doit définir une zone de sécurité au sol, matérialisée et inaccessible au public, et maintenir une distance minimale de 10 mètres avec les personnes. « Il vaut mieux trop que pas assez », insiste Carine Schweitzer, surtout en présence d’enfants attirés par l’appareil.
Une exception existe pour les personnes directement impliquées dans la prise de vue, comme les mariés, qui peuvent être survolées après avoir signé une attestation d’information sur les risques. Toute créativité doit donc s’exercer dans ce cadre strict, en adaptant les plans à l’environnement et aux contraintes. Le non-respect de ces règles expose à des sanctions sévères, pouvant aller jusqu’à 75 000 euros d’amende et un an de prison.
Pour aller plus loin
- Le site photographe de Carine Schweitzer
- Drone Sessions, le site de sa société spécialisée dans le drone
Les références de l’épisode
- Livre : « Checklist prise de vue aérienne », de Carine Schweitzer et Joël Verbrugge
- Personne : Joël Verbrugge
- Organismes : DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile), Gendarmerie de l’Air
- Marques : DJI (Mavic, Phantom), Futaba
- Plateformes et outils : Alpha Tango, Fox Alpha Tango, Géoportail, Helicomicro, Drone Exam
- Lieux : Alsace, Montpellier
- Concepts : Scénarios de vol (S1, S2, S3), CATT (Certificat d’aptitude théorique télépilote), MAP (Manuel d’activités particulières)
Au fil de l’épisode
- Introduction sur la pertinence et la légalité de l’usage du drone en mariage.
- Présentation de Carine Schweitzer, photographe, télépilote et formatrice.
- La genèse de son livre « Checklist prise de vue aérienne », co-écrit avec Joël Verbrugge.
- La différence fondamentale entre l’usage loisir et l’usage professionnel d’un drone.
- Le critère de la diffusion : toute image partagée rend l’activité professionnelle.
- Les contrôles des autorités (gendarmerie, DGAC) sur le terrain et en ligne.
- L’enregistrement de tous les paramètres de vol dans les logs internes du drone.
- Les obligations pour un usage en loisir : formation en ligne pour les drones de plus de 800 grammes.
- L’utilisation de la carte Géoportail pour connaître les zones de vol autorisées.
- Le marché de la prestation drone est-il saturé ?
- L’intérêt d’ajouter la compétence drone à un métier de l’image existant.
- La réglementation en constante évolution et l’importance de se tenir à jour.
- Les démarches pour devenir télépilote professionnel.
- Le certificat d’aptitude théorique (CATT) : contenu, préparation et examen.
- La formation pratique obligatoire pour apprendre à piloter en sécurité.
- Le coût et la durée d’une formation complète (théorique et pratique).
- Les assurances obligatoires, notamment la responsabilité civile aviation.
- Les documents administratifs à gérer : Manuel d’Activités Particulières (MAP), déclarations annuelles.
- L’enregistrement de son drone sur la plateforme Alpha Tango.
- Le cas d’un mariage : opérer en scénario S3 (proximité d’un rassemblement de personnes).
- L’interdiction de survoler les invités et la nécessité de mettre en place une zone de sécurité.
- L’exception du survol des personnes impliquées (les mariés), sous conditions.
- L’illégalité des clauses de consentement au survol en masse (ex: marathon).
- Les sanctions pénales en cas de non-respect de la réglementation.
- L’importance de s’entraîner régulièrement pour maintenir ses réflexes de pilotage.
- Les futures évolutions avec la réglementation européenne.
- Les risques liés à la faune : l’exemple des oiseaux qui attaquent les drones.
FAQ
Qui est Carine Schweitzer ?
Carine Schweitzer est photographe, télépilote professionnelle et formatrice. Co-fondatrice de la société Drone Sessions, basée en Alsace, elle est spécialisée dans la prise de vue aérienne et la formation au pilotage de drone. Elle est également co-autrice, avec le juriste Joël Verbrugge, du livre « Checklist prise de vue aérienne », un guide sur la réglementation en vigueur pour les prises de vues par drone.
Quelle est la différence entre un usage loisir et professionnel du drone ?
La différence ne réside pas dans le modèle du drone mais dans son utilisation. Un usage est considéré comme « loisir » si les images produites restent dans un cadre strictement personnel et familial. Dès qu’une photo ou une vidéo est diffusée publiquement, y compris gratuitement sur les réseaux sociaux ou un site web, l’activité est qualifiée de « particulière » et est assimilée à un usage professionnel. Elle doit alors respecter une réglementation beaucoup plus stricte.
Quelles sont les étapes pour devenir télépilote de drone professionnel ?
Pour opérer un drone professionnellement, il faut d’abord obtenir un certificat d’aptitude théorique (CATT) délivré par la DGAC. Il est également obligatoire de suivre une formation pratique dans un centre agréé. Ensuite, il faut se déclarer comme exploitant sur le portail Alpha Tango, rédiger un Manuel d’Activités Particulières (MAP) et souscrire une assurance en responsabilité civile aviation. Enfin, chaque drone de plus de 800g doit être enregistré.
Peut-on survoler les invités lors d’un mariage avec un drone ?
Non, il est formellement interdit de survoler un rassemblement de personnes qui ne sont pas directement liées à la mission. Les invités d’un mariage sont considérés comme des tiers et ne peuvent donc pas être survolés. Le pilote doit maintenir une zone de sécurité au sol et une distance horizontale minimale. Seules les personnes indispensables à la prise de vue, comme les mariés, peuvent être survolées après avoir signé une attestation d’information sur les risques.
Quels sont les risques si on utilise un drone sans autorisation ?
Utiliser un drone dans un cadre professionnel sans respecter la réglementation expose à de lourdes sanctions. Voler sans les autorisations requises, notamment sur un mariage qui implique un rassemblement de personnes, est un délit. Les peines peuvent aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Les autorités peuvent également confisquer le matériel.

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