Portrait de la photographe Chloé Lapeyssonnie, invitée du podcast Le Guide du Photographe de Mariage

De la photo qui raconte avec Chloé Lapeyssonnie

Une photographie ancrée dans son temps

Invitée à réagir à un précédent épisode sur les modes dans la photographie de mariage, Chloé Lapeyssonnie estime qu’il est impossible d’y échapper complètement. Un mariage, par les tenues, les coiffures ou la décoration, est forcément ancré dans son époque. Selon elle, ce n’est pas le médium photographique qui marque le temps, mais le contexte même de l’événement. Elle confie d’ailleurs avec humour regretter certains de ses post-traitements du début des années 2010, qu’elle juge aujourd’hui trop marqués. « J’ai envie d’envoyer un message d’excuse aux mariés en disant, je suis désolé, c’est pas ce que j’aurais dû vous envoyer. »

Cette expérience a forgé son style actuel, qu’elle oriente vers plus de simplicité et de plausibilité. Sans être neutre, son traitement vise désormais à conserver des couleurs fidèles, notamment pour les teintes de peau, dans un souci de vérité qui correspond à son approche globale du reportage.

Le reportage au service du témoignage

Chloé Lapeyssonnie qualifie son travail de « reportage » et d’« immersion ». Pour elle, la beauté du métier réside dans le fait de lâcher prise pour documenter ce qui se déroule sous ses yeux. Elle ne se voit pas comme une créatrice d’images, mais comme un témoin qui constitue le socle visuel d’une famille pour les générations à venir. Son intervention se limite à de discrètes suggestions, comme orienter une mariée face à la lumière, mais elle ne fait jamais rejouer une action. La séance de couple est d’ailleurs réduite à une quinzaine de minutes, juste assez pour immortaliser les mariés dans leurs tenues et l’aura particulière de ce jour J.

Ce qui la motive, c’est de penser à la finalité de ses images. « Au moment où je la prends, je pense aux petits-enfants », explique-t-elle. Cette projection lui donne un but et nourrit sa quête d’émotion, la poussant à privilégier les moments de vie spontanés — un enfant qui s’ennuie, des amis qui éclatent de rire — plutôt que les détails matériels comme la décoration.

L’art de capturer l’invisible

Pour saisir ces instants fugaces, Chloé Lapeyssonnie a développé une méthode de travail singulière. Durant le cocktail, par exemple, elle « marche à l’oreille », à l’affût d’un rire ou d’un toast improvisé. Elle garde souvent les deux yeux ouverts en photographiant, une technique qui lui permet de rester consciente de ce qui se passe hors du cadre, même si cela lui cause parfois des maux de tête. Sa plus grande hantise est de rater un moment important, une insatisfaction chronique qui, selon elle, la pousse à rester vigilante et à toujours chercher à faire mieux.

Cette implication totale est aussi une source d’épuisement. Elle raconte être « émotionnellement drainée » après une journée de mariage, incapable de la moindre interaction sociale le lendemain. C’est le prix à payer pour une approche qui fait la part belle aux liens humains et à l’intensité du moment présent.

Un parcours d’indépendante

Chloé Lapeyssonnie évoque également son parcours d’entrepreneure. Après avoir atteint jusqu’à 25 mariages par an et frôlé le burn-out, elle a choisi de réduire son activité à huit ou neuf prestations par saison pour préserver sa créativité et son énergie. Très peu à l’aise avec la communication et les réseaux sociaux, elle a bâti sa clientèle presque exclusivement grâce au bouche-à-oreille, en misant sur une expérience client irréprochable. Pour elle, la clé est de créer une véritable connexion avec les futurs mariés, qu’elle s’assure de rencontrer en visio avant tout engagement.

Ce besoin de choisir des projets qui la nourrissent humainement est essentiel pour continuer à donner le meilleur d’elle-même. Elle raconte aussi comment le prix du meilleur reportage de mariage européen, reçu en 2018, a été une étape importante, non pas pour les clients, mais pour obtenir la reconnaissance de ses pairs, une gratification qui lui a donné un nouvel élan.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : le Turc, Jérémy de The Quirky, Bea et Jérémy (The Quirkie), Mickaël Ferrir, Edward Hopper (peintre), Johannes Vermeer (peintre), Stanley Kubrick (cinéaste), Mike Horn (explorateur).
  • Marques et entreprises : Nikon, Instagram, iTunes.
  • Œuvres : Peaky Blinders (série), Hands My Tail (série), Terminator (film), Latitude Zéro (livre).
  • Projets et événements : Real Girls (projet photo de Chloé Lapeyssonnie), Cousu Paris (marque de mouchoirs), Get Together (conférence), The Grain (conférence).

Au fil de l’épisode

  • La réaction de Chloé Lapeyssonnie sur les modes en photographie de mariage : une part inévitable de l’époque.
  • L’évolution de son post-traitement, de photos très marquées à un style plus simple et plausible.
  • Sa définition de son travail : l’immersion et le reportage pour documenter un événement.
  • Pourquoi elle pense systématiquement aux petits-enfants des mariés lorsqu’elle déclenche.
  • Sa vision de la séance couple : 15 minutes pour un témoignage, pas une performance.
  • La primauté des moments humains sur les photos de décoration.
  • Sa technique pour travailler durant le cocktail : « marcher à l’oreille » pour capter les ambiances.
  • Shooter avec les deux yeux ouverts pour ne rien rater de l’action hors-champ.
  • Son sentiment d’insatisfaction chronique, moteur de sa vigilance et de son exigence.
  • L’épuisement émotionnel après une journée de mariage intense.
  • Son parcours d’entrepreneure : du burn-out à un rythme choisi de 8-9 mariages par an.
  • Sa stratégie commerciale basée sur le bouche-à-oreille plutôt que sur les réseaux sociaux.
  • L’importance de l’appel en visio pour s’assurer d’une bonne connexion avec les futurs mariés.
  • La signification du prix Way Up North qu’elle a remporté : une reconnaissance par ses pairs.
  • Sa vision sur la copie dans le milieu de la photo : l’importance de se nourrir d’inspirations diverses pour trouver son propre style.
  • Le projet « Real Girls », des séances photo pour aider les femmes à se réapproprier leur image.
  • Ses inspirations artistiques majeures : les peintres Hopper et Vermeer.

FAQ

Qui est Chloé Lapeyssonnie ?

Chloé Lapeyssonnie est une photographe française spécialisée dans le mariage. Reconnue pour son approche narrative, elle a remporté le prix du meilleur reportage de mariage européen en 2018. Dans cet épisode, elle partage sa vision d’une photographie authentique et centrée sur l’humain, où chaque image est pensée comme un témoignage destiné aux générations futures. Elle est également créatrice de la marque de mouchoirs brodés Cousu Paris.

Quelle est l’approche de Chloé Lapeyssonnie en photographie de mariage ?

Son approche est celle du reportage et de l’immersion. Elle cherche à documenter le déroulement de la journée de la manière la plus fidèle et spontanée possible, en intervenant très peu. Son objectif est de capturer des moments vrais et des émotions sincères, en se concentrant sur les interactions humaines plutôt que sur les détails matériels. Elle voit son rôle comme celui d’un témoin qui crée un héritage visuel pour la famille.

Pourquoi Chloé Lapeyssonnie pense-t-elle aux petits-enfants en prenant une photo ?

Penser aux futurs petits-enfants des mariés est au cœur de sa démarche. Cela lui donne un but précis : créer des images qui traverseront le temps et raconteront une histoire familiale authentique. Cette perspective l’aide à se concentrer sur l’essentiel, à savoir les émotions et les liens entre les personnes, plutôt que sur des tendances esthétiques qui pourraient se démoder. C’est sa manière de s’assurer que ses photos auront une signification durable.

Comment Chloé Lapeyssonnie a-t-elle fait évoluer son style ?

Au début de sa carrière, elle utilisait des post-traitements très marqués, typiques de l’époque, qu’elle regrette aujourd’hui. Avec l’expérience, son style a évolué vers plus de simplicité et de naturel. Elle recherche désormais une « plausibilité » dans ses images, avec des couleurs fidèles et une attention particulière portée aux teintes de peau, afin que ses photos restent un témoignage juste et intemporel de la journée.

Quel est le projet personnel de Chloé Lapeyssonnie ?

En parallèle de son activité de mariage, Chloé Lapeyssonnie a lancé un projet personnel intitulé « Real Girls ». Il s’agit de séances de portraits de femmes, conçues pour leur permettre de se réapproprier leur image et d’explorer différentes facettes de leur personnalité. À travers un travail de stylisme et de mise en scène, elle cherche à offrir un espace de jeu et de bienveillance, loin des standards de la mode, pour que chaque femme puisse se voir sous un nouveau jour.


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