Portrait de Christophe Flers, photographe auteur du livre Vivre de la photo de mariage

“Le Marketing sauve le statut de Photographe” – Christophe Flers

La photo, mais pas de mariage

Avant de devenir une figure de la photographie de mariage, Christophe Flers a fait ses armes dans un tout autre univers : la photo de concert, et plus précisément la scène punk underground. Armé de son appareil argentique, il captait l’énergie brute des petites salles et des squats, en noir et blanc et au grand-angle. C’est une demande de sa cousine qui va tout changer. Alors qu’elle lui demande de couvrir son mariage, il refuse d’abord, rebuté par l’imagerie traditionnelle qu’il associe à l’événement : les poses dans le parc, les photos de groupe figées. La réponse de sa cousine est un véritable déclic : « Je ne veux pas que tu me fasses des photos de mariage. Je veux que tu fasses tes photos à mon mariage. »

Libéré de toute contrainte, il aborde ce premier mariage comme un reportage, en appliquant les mêmes principes qu’en concert : chercher le mouvement, l’émotion, les relations entre les gens. Sans le savoir, il pratique alors ce qu’on appellera plus tard le « photojournalisme de mariage ».

Le déclic de Las Vegas

Après cette première expérience, le chemin n’est pas tout tracé. Christophe Flers travaille dans une boutique photo, fait des mariages plus conventionnels pour se faire la main, et lance même son entreprise en 2006 en cumulant plusieurs activités, dont le développement web. Il gagne peu et n’a pas encore l’esprit d’un entrepreneur. La rencontre avec le photographe Samuel Malarik est déterminante. Ce dernier l’incite à l’accompagner à la WPPI, la grande conférence sur la photo sociale à Las Vegas. Pour Christophe, c’est une révélation. Il y découvre des photographes qui gagnent très bien leur vie en réalisant des images qui leur ressemblent, sans compromis.

Marqué par une conférence du photographe australien Marcus Bell, il comprend que la clé est de faire ce qu’on aime avec conviction. « En fait, il suffit de faire ce qu’on a envie de faire », réalise-t-il. Le voyage du retour suffit à sceller sa décision : il va se consacrer exclusivement à la photo de mariage, mais à sa manière.

Construire sa marque, casser les codes

De retour en France, Christophe Flers met tout à plat. Il ferme son studio, abandonne ses autres activités et refond entièrement son site web en sélectionnant drastiquement ses photos pour ne montrer que ce qu’il veut attirer : des reportages centrés sur l’émotion et les relations humaines. Il multiplie ses tarifs par deux, en se disant « ça passe ou ça casse ». Et ça passe. Une première mariée, étudiante en médecine, le recommande à ses amies, créant un effet boule de neige qui installe sa clientèle. Son succès ne repose pas uniquement sur ses images, mais sur une stratégie marketing bien pensée, inspirée par des auteurs comme Seth Godin.

Sa véritable force devient le service. Il se positionne comme un conseiller, un expert qui aide les mariés à s’affranchir des traditions. Il les pousse à questionner les automatismes, comme les interminables photos de groupe, pour qu’ils organisent une journée qui leur ressemble vraiment. En devenant un allié plutôt qu’un simple prestataire, il crée une relation de confiance qui génère un bouche-à-oreille puissant.

La philosophie du service absolu

Pour Christophe Flers, le marketing passe avant tout par une expérience client irréprochable, qui va bien au-delà de la livraison des photos. Il raconte avoir toujours dans son sac de quoi parer aux imprévus : du fil et une aiguille pour une robe qui craque, des épingles à nourrice, des boutons de manchette de rechange, et même des paquets de cigarettes dans son coffre pour dépanner un invité. Ces détails, qui ne coûtent rien, font toute la différence. Il se souvient d’un mariage où, voyant deux grands-mères assoiffées ignorées par les serveurs, il est allé lui-même leur chercher des verres d’eau. « Quand la mamie va aller voir la mariée, ton photographe, il est super, il m’a servi un verre d’eau », explique-t-il.

Cette obsession du service est le fruit d’un travail sur lui-même, notamment sur son rapport à l’argent, débloqué par la lecture de livres comme « L’Esprit Millionnaire ». Il a investi dans son image de marque, avec un logo et des cartes de visite hexagonales conçues par une graphiste, pour se démarquer. Une approche globale qui vise à créer une valeur perçue bien supérieure à celle d’un simple photographe.

Transmettre une vision

Cette expertise, Christophe Flers a décidé de la partager, d’abord lors de workshops, puis dans un livre. C’est l’éditrice Hélène, de la maison Eyrolles, qui le contacte après l’avoir entendu dans le podcast « Déclencheur » de Benoît Marchal. Le projet du livre « Vivre de la photo de mariage » est né. L’écriture s’étalera sur trois ans, un processus qu’il mène principalement lors de ses trajets en train vers les mariages. L’ouvrage devient rapidement une référence, car il est l’un des premiers en France à aborder la photographie de mariage sous un angle résolument marketing et entrepreneurial.

Dans cet entretien, il revient aussi sur le concept de « talent », un mot qui l’énerve. Pour lui, tout est une question de travail, de motivation et de capacité à se remettre en question. Il confie avoir longtemps souffert du syndrome de l’imposteur, et que l’enseignement et la reconnaissance par ses pairs, via les concours, l’ont aidé à légitimer sa place. Une transmission sincère, pour aider les autres à trouver leur propre voie.

Les références de l’épisode

  • Livre : « Vivre de la photo de mariage » par Christophe Flers, éditions Eyrolles
  • Livre : « L’Esprit Millionnaire » (Secrets of the Millionaire Mind) de T. Harv Eker
  • Livre : « La Vache Pourpre » (Purple Cow) de Seth Godin
  • Personnes : Sebastien Roignant, Markus Bell, Samuel Malarik, Benoît Marchal, André Amiot, Hélène (éditrice Eyrolles), Bruno Maillor, Franck Boutonnet, Bruno Cohen
  • Organisations et marques : Eyrolles, Fox (boutique photo), WPPI (Wedding & Portrait Photographers International), GNPP, Azuka Book, Queensberry (albums photo)
  • Médias : Chaîne YouTube F1.4, Podcast Déclencheur

Au fil de l’épisode

  • Le parcours de Christophe Flers, de photographe de concert à référence de la photo de mariage.
  • Pourquoi il a quitté le monde de la photo de mariage après dix ans de carrière.
  • L’importance du self-branding, un réflexe qui ne se perd pas.
  • Ses débuts dans la photo de concert sur la scène punk underground.
  • Le mariage de sa cousine : comment une phrase a changé sa vision de la photographie de mariage.
  • La difficulté de photographier ses proches et la question de la pudeur.
  • Sa technique de la « bulle » pour aider les couples à se détendre et à exprimer leurs émotions.
  • Son expérience de salarié dans une boutique photo et les mariages « non choisis ».
  • La rencontre avec Samuel Malarik et le voyage initiatique à la conférence WPPI de Las Vegas.
  • L’influence du photographe Markus Bell et le déclic entrepreneurial.
  • La refonte de son activité : arrêt du studio, nouveau site, et augmentation des tarifs.
  • Comment une seule cliente, étudiante en médecine, a lancé sa carrière par le bouche-à-oreille.
  • Sa stratégie marketing : un service client absolu pour dépasser les attentes.
  • Son rôle de conseiller pour aider les mariés à casser les codes et les traditions.
  • La gestion des photos de groupe : une bonne excuse pour créer des moments intimes.
  • Les petits détails qui font un service exceptionnel : kit de couture, boutons de manchette, et même des cigarettes.
  • Les lectures qui ont forgé son esprit d’entreprise : « L’Esprit Millionnaire » et Seth Godin.
  • La création de son livre « Vivre de la photo de mariage » avec les éditions Eyrolles.
  • Pourquoi le mot « talent » l’énerve et sa conviction que tout est une question de travail.
  • La lutte contre le syndrome de l’imposteur et l’importance de la reconnaissance par ses pairs.
  • Les raisons de son départ : envie de changer, évolution du marché et sentiment d’avoir fait le tour du sujet.
  • Son regard nostalgique mais sans regret sur sa carrière de photographe.
  • Son objectif fétiche : le 24mm f/1.4.
  • L’un de ses souvenirs de mariage les plus marquants avec la grand-mère d’une mariée.
  • Son activité actuelle à la Chambre de Métiers, où il accompagne des artisans et entrepreneurs.

FAQ

Qui est Christophe Flers ?

Christophe Flers est un photographe et auteur français, principalement connu pour son travail dans la photographie de mariage et son livre de référence « Vivre de la photo de mariage ». Ancien photographe de concert, il a su imposer un style reportage et une approche très marketing du métier. Il est reconnu comme l’un des pionniers en France à avoir mis l’accent sur le self-branding et l’expérience client pour se démarquer. Il a depuis changé de carrière.

Pourquoi le marketing est-il si important pour un photographe selon lui ?

Selon Christophe Flers, de belles photos ne suffisent pas pour réussir. Le marketing est essentiel pour construire une marque forte, attirer la bonne clientèle et pouvoir vendre ses prestations au juste prix. Cela passe par une identité visuelle soignée, un discours clair, mais surtout par un service client exceptionnel qui dépasse les attentes. Pour lui, c’est cette approche globale qui crée de la valeur et génère le plus puissant des outils : le bouche-à-oreille.

Comment Christophe Flers a-t-il “cassé les codes” de la photo de mariage ?

Il a cassé les codes en refusant l’approche traditionnelle et posée de la photo de mariage. Inspiré par son expérience en photo de concert, il a privilégié un style reportage, capturant les émotions et les moments authentiques. Il a également agi en tant que conseiller auprès de ses clients, les encourageant à questionner les traditions (comme les photos de groupe) pour créer un mariage qui leur ressemble vraiment, plutôt que de suivre un modèle imposé.

Quel a été le déclic dans sa carrière de photographe ?

Le principal déclic a été un voyage à Las Vegas pour assister à la WPPI, une grande conférence pour photographes. Il y a découvert des professionnels qui réussissaient financièrement en affirmant un style très personnel, sans faire de compromis. Cette expérience, et notamment une conférence de Markus Bell, lui a donné la confiance nécessaire pour arrêter les activités qui ne lui plaisaient pas et se consacrer à 100 % à sa propre vision de la photo de mariage.

De quoi parle son livre « Vivre de la photo de mariage » ?

Publié aux éditions Eyrolles en 2013, son livre est un guide pratique et stratégique pour les photographes souhaitant développer leur activité. Plutôt qu’un simple livre technique, il se concentre sur les aspects business et marketing du métier : comment définir sa cible, construire son image de marque (self-branding), fixer ses tarifs, et surtout, comment offrir une expérience client mémorable. C’est une synthèse de la philosophie qui a fait son succès.

Pourquoi a-t-il arrêté la photographie de mariage ?

Après dix ans d’activité, Christophe Flers a ressenti le besoin de changer de vie, une décision influencée par des changements personnels comme un divorce. Il sentait également que le marché évoluait et qu’il arrivait à la fin d’un cycle. Ne souhaitant pas simplement s’adapter aux nouvelles modes mais préférant partir au sommet de sa carrière, il a choisi de se lancer dans un nouveau projet et de conserver un souvenir positif de ses années dans le mariage.


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