Une reconversion assumée
Après quinze ans dans le secteur social, Olivier Fréchard décide à 35 ans de se lancer dans la photographie de mariage. Un virage professionnel soutenu par son épouse, qui lui a permis de prendre les risques nécessaires pour monter son entreprise. Il raconte comment une transition négociée avec son ancien employeur lui a offert une année pour structurer son projet et booker sa première saison. Cette période lui a permis de tester la viabilité de son activité et de signer 25 mariages dès la première année. Il évoque aussi ses débuts, notamment sa participation à un concours d’autoportrait organisé par Sébastien Roignant, une première reconnaissance qui a contribué à bâtir sa confiance.
Pour lui, les concours comme « Fearless Photographer » ou « TOP 100 Wedding photographers in the World » sont avant tout un moyen d’obtenir la reconnaissance de ses pairs, un élément essentiel pour se sentir légitime dans sa pratique.
Maîtriser la lumière
Olivier Fréchard ne se définit pas comme un photographe de lumière naturelle, mais comme un photographe qui joue avec la lumière, qu’elle soit ambiante ou artificielle. Il explique avoir commencé la photo et le strobisme presque simultanément, considérant le flash comme un outil créatif indispensable pour obtenir l’image qu’il a en tête. Il travaille très souvent avec un assistant pour gérer ses éclairages déportés, ce qui lui offre une grande réactivité, même en plein reportage. Son équipement a évolué, passant de flashs d’entrée de gamme à du matériel Profoto, non pas pour une différence de qualité visible par le client, mais pour le confort d’utilisation et la fiabilité.
Le soir, il installe jusqu’à quatre flashs pour créer sa propre ambiance lumineuse, indépendamment de celle du DJ, afin de garantir des images colorées et dynamiques, loin du rendu « mariés blancs sur fond noir ».
Bâtir une entreprise solide
Dès le départ, Olivier Fréchard a fait le choix d’une structure d’entreprise ambitieuse en créant une SASU. Il explique les raisons de cette décision : la volonté de vendre des produits imprimés sans être pénalisé sur son chiffre d’affaires, l’absence de plafond de revenus et le souhait d’une sécurité sociale assimilée à celle d’un salarié. Cette structure implique un objectif de chiffre d’affaires plus élevé, qu’il estime nécessaire pour vivre sereinement de son activité. Il insiste sur l’importance d’avoir un comptable rigoureux et de bien comprendre les avantages et les contraintes d’un tel statut, notamment en ce qui concerne les frais professionnels et les avantages en nature.
« Si tu n’as pas l’argent nécessaire pour vivre sereinement, tu ne vas penser qu’à l’argent. Quand tu as assez d’argent pour être serein, tu n’y penses plus et tu te concentres sur l’artistique. »
La stratégie du positionnement
L’évolution de ses tarifs est au cœur de sa stratégie. Après une première année à des prix très accessibles, il a tenté de se positionner sur un segment intermédiaire, une expérience qu’il qualifie d’erreur. Cette période a été la plus difficile pour signer des contrats, car il n’attirait ni la clientèle cherchant un prix, ni celle privilégiant la qualité sans regarder le coût. Il a alors pris une décision radicale : augmenter significativement ses prix pour sortir de cette concurrence et assumer un positionnement haut de gamme. Ce changement, accompagné de nouvelles conditions comme l’arrêt de la livraison des fichiers en haute définition, a été un tournant.
Paradoxalement, c’est depuis qu’il est plus cher qu’il signe le plus facilement. Ses clients ne viennent plus pour un tarif, mais pour une vision et une qualité de service, et la question du prix devient secondaire dans la discussion.
Une relation client basée sur le sens
Olivier Fréchard a mis en place un processus de vente qui filtre les demandes en amont. Un premier entretien téléphonique lui permet de valider que les futurs mariés sont en phase avec sa démarche artistique et son approche tarifaire. Le rendez-vous physique ne sert plus qu’à confirmer le feeling humain. Il insiste sur l’importance de ne pas vendre de fichiers numériques sans support imprimé. Pour lui, un livre ou des tirages d’art sont l’aboutissement de son travail. Cette démarche, clairement expliquée dès le premier contact, lui assure de travailler avec des clients qui partagent sa vision de la photographie comme un objet patrimonial.
Cette approche lui permet de se concentrer sur l’aventure humaine et le projet, plutôt que sur une simple transaction commerciale, et de construire une relation de confiance durable avec ses clients.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Franck Boutonnet, photographe
- David Breno, formateur
- Victor Lacks, photographe
- Samuel, photographe
- Pascal Delay, photographe
- Joël Verbrug, juriste
- Concours photo : TOP 100 Wedding photographers in the World, Inspirational Wedding Photographer, Fearless photographer
- Marques : Profoto, Godox, Nikon, Sony, Sigma, GraphiStudio
Au fil de l’épisode
- L’exercice de l’elevator pitch.
- Ses débuts en photographie et sa participation à un concours d’autoportrait.
- L’importance des concours pour la légitimité et la reconnaissance par les pairs.
- Sa vision de la lumière : naturelle, ambiante et artificielle.
- L’utilisation du strobisme (flash déporté) en mariage.
- Travailler avec un assistant pour gérer la lumière.
- La différence de relation client lorsqu’on travaille seul ou à deux.
- Son évolution matérielle, des flashs d’entrée de gamme à la marque Profoto.
- Comment il gère l’éclairage de la soirée de mariage avec plusieurs flashs.
- Sa gestion de la montée en ISO dans des conditions de faible luminosité.
- Son parcours professionnel avant la photo : 15 ans dans le secteur social.
- La décision de se reconvertir à 35 ans et le soutien de son épouse.
- La transition négociée avec son ancien employeur pour lancer son activité en sécurité.
- Sa première saison de mariage avec 25 contrats signés.
- Pourquoi il a choisi de créer une SASU dès le début.
- Ses débuts en marketing et l’importance du bouche-à-oreille numérique.
- L’erreur de se positionner sur des tarifs intermédiaires.
- La décision d’augmenter ses prix pour assumer un positionnement haut de gamme.
- Comment des tarifs plus élevés ont facilité la signature de contrats.
- Son processus de vente : pré-qualification téléphonique avant le rendez-vous.
- Sa politique de ne pas livrer les photos en haute définition.
- L’importance du support papier (livres, tirages) dans sa démarche.
- L’impact de la crise du coronavirus sur son activité et la gestion des reports.
- L’importance d’une bonne trésorerie pour affronter les imprévus.
- L’analogie avec le poker pour expliquer la gestion d’entreprise.
- Les stratégies pour relancer l’activité après le confinement.
- Son objectif photo favori : le 35 mm.
- Le moment le plus marquant de sa carrière de photographe.
- Le conseil qu’il donnerait à lui-même à ses débuts : avoir confiance et assumer ses prix.
FAQ
Qui est Olivier Fréchard ?
Olivier Fréchard est un photographe professionnel basé à Strasbourg, spécialisé dans le mariage, le boudoir et la photo de famille. Ancien travailleur dans le secteur social, il s’est reconverti à l’âge de 35 ans. Il est reconnu pour son approche narrative et sa maîtrise technique de la lumière, notamment au flash. Il s’est distingué en remportant plusieurs prix dans des concours internationaux de photographie de mariage.
Pourquoi Olivier Fréchard a-t-il choisi le statut de SASU ?
Il a opté pour la SASU dès la création de son entreprise pour plusieurs raisons stratégiques. Ce statut lui permet de vendre des produits imprimés (livres, tirages) sans que le coût de la matière première ne soit taxé sur son chiffre d’affaires. Il n’est pas non plus limité par un plafond de revenus, ce qui correspond à ses ambitions de croissance. Enfin, il souhaitait bénéficier d’une protection sociale équivalente à celle d’un salarié.
Comment Olivier Fréchard utilise-t-il le flash en mariage ?
Olivier Fréchard considère le flash comme un outil créatif essentiel pour sculpter la lumière et réaliser la vision qu’il a en tête. Il l’utilise à différents moments de la journée, souvent avec un assistant pour plus de flexibilité. Le soir, il déploie plusieurs flashs déportés pour créer une ambiance lumineuse maîtrisée et dynamique, indépendante de l’éclairage du DJ, ce qui est une de ses signatures visuelles.
Quelle est la stratégie tarifaire d’Olivier Fréchard ?
Sa stratégie a beaucoup évolué. Après avoir débuté avec des tarifs bas, il a réalisé que se situer dans une gamme de prix intermédiaire était une erreur qui attirait des prospects très regardants sur le prix. Il a alors décidé d’augmenter significativement ses tarifs pour assumer un positionnement haut de gamme. Cette décision lui a permis d’attirer une clientèle qui valorise la qualité et l’expérience, rendant la discussion sur le prix moins centrale.
Pourquoi Olivier Fréchard ne livre-t-il pas les photos en haute définition ?
Cette décision fait partie intégrante de sa démarche qualitative. Il estime que son travail de photographe s’achève avec la livraison d’un objet physique de qualité (livre, tirage d’art). En ne fournissant pas les fichiers HD, il garde la maîtrise de la qualité d’impression et s’assure que le rendu final de ses images est conforme à ses standards. C’est un choix clairement expliqué à ses clients dès le premier contact.

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